RÉVOLTE, RÉVOLUTION ET SYSTÈME. Par Massamba Ndiaye


Le Sénégal de 2019 est composé seulement d’artistes et de comédiens, les élites, quant à elles, ont démissionné. Invitez le Sénégalais aux jeux, amusements, à la lutte avec frappe et la danse, vous saurez qu’il a l’imagination fertile.

Ainsi, au pays des aveugles les borgnes sont rois, dit-on. Un peuple qui n’est pas sérieux ne se révolte pas, un peuple qui a peur ne se révolte pas, un peuple qui est triste ne se révolte pas, un peuple qui n’a pas compris ne se révolte pas, un peuple qui ne connaît pas la colère ne se révolte pas, un peuple qui accepte d’être corrompu ne se révolte pas, un peuple qui refuse de prendre du recul ne se révolte pas, un peuple qui a faim n’aura pas la force de la révolution. La révolte est le corollaire de la révolution.

« Les révolutions renversent les systèmes, si votre révolution n’est pas contre les systèmes qui vous tiennent dans l’ignorance, alors ce n’est pas une révolution mais plutôt une manipulation. », dixit le Grand Malcolm X. Au Sénégal, si nous n’avons pas une bonne compréhension des tenants et aboutissants du combat que nous menons concernant la bonne gouvernance voire l’indépendance vraie et véritable, nous n’irons pas loin.

Le système piétinera, kidnappera ou exécutera les plus radicaux et les moins endurants seront phagocytés. Pour preuve, nous avons tous assisté ou eu des échos de la liquidation de vaillants soldats de l’indépendance économique, Mamadou Dia en est l’exemple patant.

« Je venais d’annoncer un certain nombre de mesures de radicalisation sur le plan économique, de décider, avec l’approbation du parti, la mise en œuvre de la troisième phase de radicalisation de la Socialisation de l’Economie Agricole, en prenant en main tout le secteur… », dixit Mamadou Dia. Regardez comment l’œuvre de Cheikh Anta Diop a été tuée !

« Il n’y a qu’un seul salut, c’est la connaissance directe et aucune paresse ne pourra nous dispenser de cet effort. A formation égale, la vérité triomphe. Formez-vous, armez-vous de sciences jusqu’aux dents et arrachez votre patrimoine culturel. Ou alors traînez-moi dans la boue, si quand vous arrivez à cette connaissance directe vous découvrez que mes arguments sont inconsistants, c’est cela, mais il n’y a pas d’autre voie », dixit Cheikh Anta Diop.

Un autre dossier est en cours, c’est bien celui de Guy Marius Sagna, ce fervent défenseur de l’indépendance économique et monétaire du Sénégal, qui est sur le point d’être jugé pour fausse alerte au terrorisme. « La personne humaine est sacrée. Elle est inviolable. L’Etat a l’obligation de la respecter et de la protéger. Tout individu a droit à la vie, aÌ la liberté, aÌ la sécurité, au libre développement de sa personnalité, à l’intégrité corporelle… », Article 7 de la constitution.

On a arrêté Guy, ensuite on est parti chercher le motif de cette arrestation, c’est impressionnant !
Le Sénégal ne mérite pas encore son Guy. Pour illustration, un certain ex commissaire Cheikhna Keïta s’est permis de dire : « j’aurais arrêté Guy Marius Sagna » avant même de chercher à comprendre les tenants de cette affaire, quelle mauvaise foi ! Pourtant, en visite à Dakar, récemment, le ministre de l’Intérieur Français, Christophe Castaner, comme en terrain conquis, a déclaré que le « terrorisme était bel et bien présent au Sénégal » sans être inquiété.

Le cas d’arrestation le plus récent est celui du brillantissime journaliste Adama GAYE qui été cueilli par les limiers de la DIC pour des histoires de post sur Facebook. L’on sait également que, lorsque le scandale du Petrogazgate a ébruité pour la première fois, un grand journaliste était sur le viseur de l’état. Est-ce la vraie raison de cette arrestation ? L’avenir nous en dira plus.

Par ailleurs, d’éminents intellectuels se sont vus abandonner le combat pour la bonne gouvernance et rejoindre le système qui nous ronge depuis cinquante-neuf ans. Alors, il est aujourd’hui devenu impératif que nous repensions le combat et les méthodes pour arriver à nos fins. Puisque ce système ne s’est pas fait en un jour, nous devons tout planifier sur le moyen voire le long terme, mais nous ne pouvons pas récolter les fruits tout de suite.

C’est un travail de longue haleine. Et pour ce faire, il faut d’abord et avant tout miser sur l’enseignement voire l’instruction des peuples à la base car un peuple qui n’a rien compris ne saurait mener les combats à enjeux fondamentaux, ni participer aux débats où se scelle l’avenir du pays.
Le peuple sénégalais compte beaucoup d’analphabètes, il faut renverser la tendance car ce sont les incultes qui votent pour les dictateurs manipulateurs qui nous maintiennent dans les jougs du système et les élites se partagent les bénéfices.

« Le Sénégal n’a pas besoin de héros ni de messie mais d’une masse critique de citoyens conscients des enjeux de l’heure », dixit Ousmane Sonko. Une révolution se prépare suffisamment pour porter ses fruits. Il faut également dompter le lion rouge en repensant notre hymne national sans oublier de revisiter notre histoire.

Notre vraie histoire je veux dire et non celle racontée par les blancs. Une fois que le peuple, dans son intégralité, comprendra les véritables enjeux de notre pays et du monde dans sa globalité, une fois que chacun de nous aura des notions de la géopolitique et de la géostratégie, alors nous pourrons faire notre révolution dans l’union.

Par ailleurs, si nous ne commençons pas ce combat par le commencement, c’est à dire une révolution intellectuelle et culturelle voire une révolution des mentalités, nous continuerons de nous battre pour une gestion transparente de nos ressources naturelles, l’arrestation de nos compatriotes tels que Guy Marius SAGNA, Adama GAYE, les lobbies LGBTQI. Quand un ministère du genre est créé dans un pays croyant à presque cent pour cent, c’est parce que les élites se soucient peu des réalités socioculturelles et de la sauvegarde des valeurs.

Je crains pour mon peuple la malédiction de Sodome et Gomorrhe, qui furent détruites par le soufre et le feu, victimes de la colère divine. Mais tout cela n’est que la face visible de l’iceberg car la vraie racine du mal reste le système. Par conséquent, la révolution doit mener au déracinement du système.

Sinon, après Macky Sall, nous risquons d’avoir pire et le combat recommencera sans jamais éradiquer efficacement nos problèmes. Ce combat doit transcender les personnes pour atteindre le système. Le cas contraire, le système gouvernera pendant au moins soixante-quinze ans (cinquante-neuf plus seize ans).

Massamba Ndiaye

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