Senegal: Le désordre démocratique

Lettre ouverte à Macky SALL

Prenez le temps de lire ce mot parce qu’au delà de ma personne il exprime le calvaire de nombreux citoyens sénégalais ne sachant plus quoi faire face à la politisation de la justice et de l’économie voire de notre démocratie, toutes devenues des épaves dans le désordre généralisé qui prévaut dans notre cher Sénégal.
Je vous rassure, d’emblée, je ne suis ni dans le trafic de drogue ou de faux billets ni mêlé à quelque affaire louche ou de mœurs, condamnable, et vous-même savez que, dans une vie antérieure, je vous ai pris par la main pour vous introduire dans le marché des contrats pétroliers en décrochant pour mon pays des centaines de milliers de barils de pétrole…
Je vous écris parce qu’il y a de quoi être ulcéré et prendre à témoin notre peuple.
Trop, c’est trop, ai-je envie de vous dire en rédigeant cette lettre ouverte, sur des questions me touchant personnellement et en vous la destinant, à vous, Monsieur Macky SALL. C’est vous et nul autre que je tiens pour responsable de cette impasse nationale, forçant de simples citoyens, comme moi, à emprunter une voie, une voix, aussi fracassante pour espérer se faire entendre.
De quoi s’agit-il, Monsieur SALL?

Terre attractive

En décidant, ce jour, d’annuler, à la dernière minute un déplacement que je comptais faire pour 36 heures sur le Sénégal afin d’y accompagner des partenaires, j’ai eu du mal au coeur. Dans un contexte de rareté de l’activité économique légitime, n’était-ce beau de trouver des structures crédibles et solides à tous points de vue et prêtes à investir et déployer leur expertise, comparable à ce qu’il y a de mieux au monde, en matière d’énergie et, en particulier, de développement du gaz de ville? Qui dit mieux dans ce pays où l’impératif de sécuriser les maisons sénégalaises en éliminant les risques d’explosions des bonbonnes de gaz, comme celle enregistrée cette semaine, suffit à en souligner la pertinence
Hélas, notre pays n’est plus, Monsieur SALL, une terre attractive ni accueillante pour les acteurs transparents. Il leur fait peur. Il est repoussant. Il me retient éloigné parce qu’hostile à la méthode non-criminelle que je conçois dans la promotion des investissements…
Il y a de quoi se garder de prendre le risque Sénégal.
Et d’ailleurs, deux à trois proches m’ont dissuadé de faire ce voyage pour y venir parce que, disent-ils, le Sénégal est gouverné par des gens qui s’en fichent de ce que pense le monde en matière de respect des droits de l’homme; des individus ayant en tête de torturer même celui qui leur cause des tourments; et en plus de l’exécutif politique, d’être entre les mains d’un corps judiciaire avec certains magistrats capables de s’en prendre à un individu les ayant égratignés par la plume ou le verbe.
Voyez-vous, bien que nanti d’un accord avec deux grands groupes spécialisés en énergie, aptes à investir des centaines de millions de dollars immédiatement au Sénégal, en ayant la volonté et le désir, je suis contraint de geler ce voyage. Simplement parce que, comme le craignent mes proches, un pouvoir aveugle et aux abois, toute paranoïa mise à part, est en mesure, dans un instinct de survie ou dans un moment de folie, de commettre une autre bourde en me privant de ma liberté, oxygène de ma vie.

Canossa

Que dire à mes partenaires? Les laisser être détournés par des opportunistes surfant sur les querelles consubstantielles à la démocratie? Croiser les bras pendant que des individus se réclamant de votre pouvoir me coupent deux simplement parce que je refuse de transiger sur mes valeurs? Ou les courber pour faire comme ceux déjà à Canossa au nom d’un réalisme qui ne signifie rien d’autre qu’une abdication-compromission?
Monsieur SALL voilà le dilemme que vous nous contraignez à subir!
C’est immoral. Injuste. Indigne de la mémoire de notre pays.
Ce ne devait pas être le cas dans un contexte où la démocratie suppose d’abord la liberté d’aller et de venir, de s’exprimer et de commencer par les idées, le matériel et l’interaction avec les êtres

Lèse-majesté

Un climat de peur plane sur le pays. Le peuple naguère bon enfant en est transi d’inquiétude au point de ne plus oser bouger le plus petit doigt dès lors que ça risque d’être perçu comme un crime de…lèse-majesté.
C’est une situation tellement délétère que même quiconque assume une posture légitimement critique envers ceux autour de vous, aspirant aux charges suprêmes, court le risque, m’a-t-on dit, de voir son capital sympathie s’éroder pour leur avoir répliquer en des termes de débat qu’ils ont initiés.
J’en sais quelque chose pour avoir ferraillé ici avec ceux des vôtres , y compris des ministres, directeurs de sociétés, conseillers, journalistes et autres hommes d’affaires, ayant été les premiers à me diffamer sur ma vie privée mais incapables de faire face au retour de chaleur. Vos vaches sacrées sont vues comme folles: elles sont en mesure de déclencher une machine illégale de répression d’un individu et actionner des milices, mode tontons macoutes privés de triste mémoire, contre quiconque est un empêcheur d’atteindre en rond leurs objectifs.
Monsieur SALL, dois-je priver mon pays de ces précieux contacts et investissements parce que vous avez laissé prospérer sous votre complaisance aisselle des forces de disruption de l’action citoyenne, démocratique, de la liberté de commerce, par le biais ici de cette loi de contenu local que vous clamez?
Dites-moi, est-ce de la jalousie, de la méchanceté ou d’une dictature désorientée ?
Que dois-je dire à ces autres partenaires Russes m’ayant contacté hier par le canal d’un officiel de leur pays mais à qui je ne sus quoi dire tant le help d’incertitudes, obstacle majeur à tout business, que vous avez créé est une source de découragement de l’initiative privée?

Silence de cimetière

Je me demande d’ailleurs ce qu’en pense le très accommodant Docteur Abdourakhmane Diouf du club des investisseurs inféodes du Sénégal, lui qui en sait un bout sur les pre-requis du commerce international et des investisseurs.
J’ai longtemps hésité à évoquer des affaires me touchant au premier degré ici et la plupart de mes écrits concernent des sujets d’intérêts plus communs que privés.
Seulement, ce matin, le désordre démocratique sénégalais m’apparaît plus visible à partir de la lorgnette du droit d’aller dans mon pays et d’y mener mes activités sans qu’un irresponsable, s’appuyant illégitimement et illégalement sur les leviers de coercition de l’Etat, ne me fasse encore perdre et mon temps, ma liberté et ne détruise des relations d’affaires bâties à la force du poignet et à la sueur du front.
Macky SALL, dites-moi, couvrez-vous les forces illégales, liberticides, promptes à tuer ou torturer afin d’imposer dans notre pays un silence de cimetière?
Avons-nous eu tort de miser sur notre prisme démocratique?
La démocratie est-elle devenue un danger pour les sénégalais attachés à leurs droits? Serait-ce le poison que nous ne pouvions imaginer émerger des promesses qu’elle semblait nous offrir?

Dis, Macky, dois-je en être réduit à faire une lettre ouverte pour savoir si je peux venir ou non dans mon pays?

Ce matin, j’ai mal à mon pays. Il est devenu méconnaissable. Êtes-vous capable de vous ressaisir ?

Je vous écoute. Mon agence de voyage est sur le point d’annuler mon billet d’avion et je ne sais plus quoi dire à mes partenaires pourtant dignes d’être accueillis à bras ouverts dans un pays plongé dans une profonde crise…de sérieux investissements.
Juma Mubarak !

Adama Gaye, Le 29 Novembre 2019

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