De 2700 milliards à 9114 milliards, la dette du Sénégal aura plus que tripler en 8 ans

Une douche froide. La dette du Sénégal, qui s’établissait à 2700 milliards F Cfa quand Macky Sall accédait au pouvoir en 2012, a atteint les 9114 milliards aujourd’hui. C’est dire que cette dette aura plus que tripler le 3 avril prochain, coïncidant avec le huitième anniversaire de la formation du premier gouvernement issu de l’alternance du 25 mars 2012. Pis, dans sa livraison de ce vendredi, le quotidien L’Observateur nous apprend que le plafond d’endettement au cours de l’année budgétaire est fixé par le Fmi à 9 563 milliards F Cfa. En langage décodé, le Sénégal ne devra pas contracter une dette de plus de 449 milliards F Cfa d’ici à décembre 2020, selon un document officiel du Fmi consulté par le journal.

Pas plus tard que le 30 avril dernier, Papa Ndiaye, chef de la division des études régionales au Département Afrique du FMI, en présence du ministre des Finances et du Budget, Abdoulaye Daouda Diallo, alertait sur l’alourdissement de la dette que masque cette tendance haussière de la croissance, non sans recommander à l’Etat de créer un meilleur environnement des affaires favorable à l’investissement privé ainsi appelé à prendre le relais.

« Pour les pays pauvres en ressources naturelles comme le Sénégal, qui ont bénéficié d’une croissance très forte ces dernières années, il faudra passer les rênes de la croissance au secteur privé. Cette croissance est venue sur le dos d’une augmentation de la dette parce qu’elle était supportée par l’investissement public financé par la dette. Il est temps de passer les rênes de la croissance au secteur privé. C’est-à-dire mettre en place des mesures pour faciliter l’accès au crédit pour les petites et moyennes entreprises. Améliorer l’environnement des affaires pour faciliter l’investissement privé », exhorte le chef de division, dans un langage on ne peut plus diplomatique. Déjà, en septembre 2017 déjà, le FMI avertissait le gouvernement sénégalais sur la hausse de la dette à la suite d’une mission de revue dirigée par M.Ali Mansoor.« Le service de la dette qui était de 24% des recettes en 2014, pourrait atteindre 30% en 2017 », rappelait l’institution de Bretton Woods.

Malgré tous ces avertissements, le président Macky Sall a continué à nier, cette orientation à la hausse du volume de la dette publique.

« Le Sénégal a un risque de surendettement faible » (Macky Sall)

Interpellé le lundi 4 décembre 2017 par Baïdy Agne sur le remboursement de la manne financière alors due au secteur privé national, le chef de l’Etat rejetait ce prisme. « Il faut qu’on arrête de parler comme ça de la dette à tort et à travers. Si l’on considère les critères et les normes de viabilité retenus pour la dette publique au plan international, l’un des deux critères fondamentaux reste le service de la dette sur les recettes budgétaires. Il faut qu’on soit capable de rembourser la dette. Si vous prenez ce ratio nous sommes à 10,9 % et la norme est de 30 %. Où est le débat ? », s’interrogeait Macky Sall, qui présidait le Conseil présidentiel sur la politique économique et sociale.

Pour l’autre critère, juge le président de la République : « le service de la dette extérieure sur les exportations des biens et services est à 20 % alors que nous sommes à 9,1% ».

« On ne peut pas passer notre temps à spéculer », dixit Macky Sall, qui précise à l’endroit de l’assistance : « Je ne parle pas de vous. Je parle des gens qui parlent de la dette, des risques de surendettement…Le Sénégal a un risque de surendettement faible. Nous ne nous endettons pas pour faire du fonctionnement, pour payer des salaires ou pour entretenir un Etat dispendieux. Nous nous endettons pour construire le développement économique et social. Comment voulez-vous construire un développement sans dette ? », se demandait le chef de l’Etat.

En définitive, avec ces rebondissements portés par le Fonds monétaire international, c’est tout l’édifice de communication du gouvernement sur la question qui pourrait s’effondrer. Reste à savoir comment le Sénégal va-t-il endiguer la crise que charrie cette perspective, à l’heure où l’on parle de tensions de trésorerie.