Affaire des 52 attestations : Le Saes-Cesti rétablit « la vérité des faits »

Le Syndicat Autonome de l’Enseignement Supérieur section Cesti (Saes-Cesti) ne compte pas abdiquer dans l’affaire des 52 attestations de formation remises à des professionnels béninois. Dans un mémorandum, intitulé « La vérité des faits face au poison de la désinformation », Le Saes-Cesti a donné toutes les informations qui « motivent leur combat depuis le mois de juillet 2019 ».

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De la genèse de l’affaire, en passant par le « non-respect des textes du Cesti», jusqu’à la « désinformation », les camarades de Moumini Camara ont rétabli la vérité des faits.

Nous vous proposons l’intégralité du mémorandum

Ce mémorandum a simplement pour but de donner aux camarades du SAES, aux collègues des universités, aux médias, et à l’opinion publique nationale, toutes les informations qui motivent le combat que mène depuis juillet 2019 la Section SAES-CESTI. Les éléments dont il est question ici ne sont fondés que sur des faits. Et les faits sont… têtus.

La genèse de l’affaire

En dehors de la formation initiale en journalisme, le CESTI remplit une mission de service public professionnel. Dans le cadre de ses activités, il prend en charge la formation continue des journalistes professionnels sur recommandation du ministère sénégalais de la Communication, dans le cadre du Fonds d’aide à la presse sénégalaise.

C’est pour cette raison qu’en septembre 2014, le ministère de l’Économie numérique et de la Communication du Bénin avait confié au CESTI la mission de former 120 professionnels des médias. Cette mission n’avait aucun caractère diplomatique. Les Béninois n’avaient manifesté aucune exigence, d’où l’absence de termes de référence.

C’est le 17 avril 2015 qu’a commencé la mise en œuvre de ce projet de formation. Le mardi 31 mars 2015, un comité pédagogique s’était tenu au CESTI aux fins de valider le référentiel de la formation (qui a été accepté par le ministère de l’Économie numérique et de la Communication du Bénin), de faire des propositions relatives à la rémunération des membres de l’équipe de coordination et des collègues devant participer à cette mission de formation. Au cours de ce comité pédagogique auquel avait pris part Madame Cousson Traoré, à l’époque directrice des études du CESTI, il a été bien rappelé que chaque enseignement devait faire l’objet d’une évaluation et les notes remises à l’équipe de coordination. Les décisions arrêtées lors du comité pédagogique du 31 mars 2015 ont été sanctionnées par l’arrêté rectoral n° 1323 DRH/PER/AND/tk/ac du 26 mai 2015.

Dans le cadre de ce projet, il était prévu 18 modules de formation :

  1. Journalisme et culture générale : Techniques d’expression, anglais des médias, techniques d’enquête, droit des médias, éthique et déontologie, sociologie du journalisme, recherche documentaire sur internet, droit à l’image et droit d’auteur.
  2. Journalisme et pratiques professionnelles : Écriture d’agence de presse, pratique de la presse écrite, photojournalisme, pratique du secrétariat de rédaction, connaissance des nouveaux médias, journalisme web, pratique de la radio, pratique de la télévision, infographie et multimédia, retouche et création de base avec Photoshop.

La première phase de la formation s’est déroulée du 11 avril 2015 – avec la première mission constituée de MM. Mamadou Koumé, Djib Diédhiou et Sellé Seck – au 20 novembre 2015 avec la dernière mission comprenant MM. Souleymane Gomis, Érick Gnimadi et Birahim Mar.

Au cours de cette première phase de la formation, une mission d’évaluation à mi-parcours, composée du directeur du CESTI de l’époque, Monsieur Ibrahima Sarr, et du chef du projet, Monsieur Mamadou Koumé, avait séjourné à Cotonou du 28 juillet au 1er août 2015. Dans un compte-rendu fait au comité pédagogique, Monsieur Ibrahima Sarr avait informé les collègues que le problème du diplôme à délivrer à la fin de la formation avait fait l’objet d’un échange entre la mission du CESTI et les stagiaires béninois. Mais la mission avait averti les stagiaires que la décision à prendre était du ressort du comité pédagogique du CESTI.

Le non-respect des textes du CESTI

Le contentieux qui oppose la Section SAES-CESTI à Madame Cousson Traoré, élue directrice du CESTI en juin 2017, découle de la décision unilatérale de cette dernière de délivrer des attestations du CESTI aux stagiaires béninois sans en avertir le comité pédagogique. En effet, le mercredi 24 juillet 2019, Madame Cousson Traoré avait organisé à la Salle de conférence de l’ONIP, à Cotonou, une cérémonie de remise de cinquante-deux (52) attestations de formation à ces stagiaires béninois, en violation flagrante des textes qui régissent le CESTI.

Lors du comité pédagogique du 10 mai 2019, Madame Cousson Traoré nous avait fait part de sa décision de parachever la formation conformément au souhait formulé par les autorités béninoises. Il restait, selon elle, quatre modules à dispenser pour boucler la formation. Mais, en aucun moment, Madame Cousson Traoré n’a abordé la question de l’organisation d’une cérémonie de remise des attestations à Cotonou. Ces attestations sont délivrées de façon illégale pour les raisons suivantes :

  1. Pour la proclamation des résultats, il n’y a pas eu de délibérations, même si, pour sa défense, Madame Cousson Traoré avait avancé comme argument la tenue d’un comité ad hoc le lundi 22 et le mardi 23 juillet 2019 à Cotonou. Les textes régissant le CESTI ne prévoient aucunement la tenue d’un comité ad hoc pour se substituer aux prérogatives reconnues aux départements et au comité pédagogique, a fortiori que ce comité puisse se tenir en dehors du territoire national, car même si on dénote la présence d’un élément d’extranéité, cette formation n’est pas considérée comme diplomatique ; ce que confirme d’ailleurs les procès-verbaux des réunions du comité pédagogique le 31 mars 2015 et le 02 mai 2017.

Par ailleurs, les réunions du soi-disant du comité ad hoc du lundi 22 juillet 2019 et du mardi 23 juillet 2019 ne sont sanctionnées ni par des procès-verbaux, ni par l’établissement de listes de présence ; que les critères retenus pour la délivrance des attestations de réussite ont été définis après que celles-ci ont été établies à Dakar le 17 juillet 2019 et acheminées à Cotonou le 21 juillet 2019, au moment où Madame Cousson Traoré n’avait pas encore fini de dispenser son module « Anglais des médias ».

  1. Madame Cousson Traoré était à Cotonou avec Monsieur Mamadou Koumé (ancien chef du projet de formation du Bénin) et le directeur des études, Monsieur Mamadou Ndiaye. Mais ils ne sont pas tous les trois représentatifs du comité pédagogique.
  2. La directrice Cousson Traoré a refusé de dévoiler les critères ayant conduit à l’admission des cinquante-deux (52) stagiaires béninois. Elle soutient avoir en sa possession toutes les notes des 52 récipiendaires.
  3. Il ressort de nos investigations que tous les auditeurs béninois qui ont fait 12 évaluations sur les 18 prévues ont été déclarés admis. De plus, certains n’ont pas obtenu la moyenne générale de 10/20. Or, pour qu’un stagiaire puisse être reçu, il doit obtenir une moyenne générale ? à 10/20. Celle-ci est calculée en additionnant la moyenne de l’enseignement général et celle de l’enseignement professionnel ; le total est divisée par 2, conformément à la pratique dans le cadre de la formation continue du Fonds d’aide de la presse destinée aux journalistes professionnels sénégalais.
  4. En proclamant les résultats de façon unilatérale, par ordre alphabétique et non par ordre de mérite, la directrice Cousson Traoré a préféré ignorer les dispositions des articles 9, 28 et 29 du décret 2010-706 du 10 juin 2010 portant organisation et fonctionnement du CESTI.
  • L’article 9 dispose que « le comité pédagogique est consulté sur toutes les questions pédagogiques et scientifiques du CESTI, sur le double plan de l’enseignement et de la recherche » ;
  • L’article 28 dispose que « le Centre organise aussi des stages de perfectionnement et de recyclage des diverses catégories d’agents de communication. Ces stages sont sanctionnés par une attestation » ; c’est le cas de la formation dispensée aux Béninois qui, il faut le préciser, ne relève aucunement des relations diplomatiques, mais d’un accord entre l’État du Bénin et le CESTI ;
  • L’article 29 dispose que « les résultats obtenus par les élèves sont soumis aux assemblées de départements restreintes aux seuls enseignants (dont la composition et le fonctionnement sont organisés par les articles 19-20-et 21 du décret 2010-706) qui proposent au comité pédagogique l’une des mesures suivantes : redoublement ; admission ».
  1. Une formation similaire à celle du Bénin est organisée chaque année au CESTI, à l’intention des journalistes sénégalais, dans le cadre du Fonds d’aide à la presse. Toutes les décisions, à l’occasion de cette formation, sont prises par le comité pédagogique. Celui-ci délibère avant la proclamation des résultats. Des stagiaires sont parfois recalés pour manque d’assiduité ou insuffisance de résultats.
  2. La directrice Cousson Traoré a signé les attestations alors qu’elle n’est pas habilitée à le faire. Elle a permis à une autorité étrangère, en l’occurrence la ministre de l’Économie numérique et de la communication du Bénin, de contresigner les attestations du CESTI.

Compte tenu de l’expérience de six années qu’elle a capitalisée à la direction des études du CESTI avant d’être élue directrice du centre, Madame Cousson Traoré ne peut valablement arguer d’une méconnaissance des textes du CESTI et de l’UCAD.

De l’art de désinformer et de se victimiser…

Depuis l’éclatement de cette affaire, Madame Cousson Traoré a adopté différentes postures afin de n’avoir pas à se prononcer sur le fond de l’affaire : les critères qui ont conduit à l’admission des 52 stagiaires béninois.

  1. Premier argument de désinformation de Madame Cousson Traoré : la formation a commencé antérieurement à sa prise fonction et avait été interrompue en novembre 2015 à la suite d’un désaccord entre l’ancienne direction du CESTI et l’État béninois. Après son élection en juin 2017, c’est elle qui a entrepris, avec le chef du projet et le « coordonnateur local », des démarches qui ont permis d’acter le principe d’une reprise de la formation. Mais les faits sont têtus. L’arrêt de la formation était simplement dû à l’alternance politique survenue au Bénin avec l’élection de Patrice Talon le 20 mars 2016. C’est l’ancienne direction qui a noué les liens avec le régime en place. À cet effet, deux missions du directeur de l’époque et du chef de projet, MM. Ibrahima Sarr et Mamadou Koumé, ont été menées, du 07 au 14 juin 2016 et du 24 mars au 1er avril 2017, auprès de la ministre de l’Économie numérique et de la Communication du Bénin, Madame Rafiatou Monrou, afin d’étudier les conditions de reprise de la formation. C’est à cette occasion que le directeur de l’époque, Monsieur Ibrahima Sarr, avait chargé Monsieur Philippe Hado du suivi du dossier du CESTI au Bénin. Lors du comité pédagogique du 02 mai 2017, Monsieur Ibrahima Sarr, qui revenait d’une mission de Cotonou avec Monsieur Mamadou Koumé, avait fait un compte-rendu de sa seconde et dernière rencontre avec la ministre de l’Économie numérique et de la Communication du Bénin.
  2. Deuxième argument de désinformation : le sérieux de la formation dont Madame Cousson Traoré veut s’arroger en insistant pour sa défense sur les 18 modules d’enseignement dispensés représentant 1280 heures de formation dont 980 consacrées aux matières professionnelles. Ici, la désinformation consiste à dissimuler un fait important. Madame Cousson Traoré n’a assuré que 3 modules sur les 18 prévus dans le cadre de cette formation. Elle s’est même permise d’ajouter un module qui n’était pas prévu dans le référentiel de la formation.

Les missionnaires effectuées sous l’ancienne direction :

Ndiaya Diop : Radio

Michel Diouf : Radio

Abdoulaye Ndiaye : Télévision

Yves Jacques Sow : Télévision

Djib Diédhiou : Presse écrite

Mamadou Koumé : Presse écrite

Cheikh Tidiane Ndiaye : Écriture d’agence de presse

Kader Diop : Écriture d’agence de presse

Sellé Seck : Droit des médias, éthique et déontologie

Nogaye Ndour : Droit à l’image et droit d’auteur

Moustapha Guèye : Sociologie du journalisme

Ibrahima Sarr : Sémiotique de l’image et des médias

Souleymane Gomis : Techniques d’enquête

Mountaga Cissé : infographie et multimédia

Érick Gnimadi : Montage audionumérique

Birahim Mar : Montage audionumérique

Mamadou Ndiaye : Recherche documentaire sur internet, connaissance des nouveaux médias, journalisme web

Les missions effectuées sous l’actuelle direction :

Sidy Diagne : Secrétariat de rédaction

Philippe Hado : Techniques d’expression

Intervenant béninois dont l’identité n’a pas été communiquée : Journalisme en ligne

Cousson Traoré : Anglais des médias

Les professionnels béninois qui ont assisté les formateurs du CESTI lors de la première phase de la formation : d’avril 2015 à novembre 2015

Léon Brathier : Presse écrite

Philippe Hado : Presse écrite

François Adounvo : Télévision

Issiaka Soulé : Radio

Houndji Amegnihoue : Écriture d’agence de presse

Armand Adjagbo : Écriture d’agence de presse

Jérôme Toze : Connaissance des nouveaux médias

Guy Constant Ehoumi : Déontologie

Érick Abraham : Montage audionumérique

  1. Troisième argument de désinformation : c’est l’affirmation selon laquelle, il y a « une volonté manifeste de la part de la Section SAES-CESTI de tromper l’opinion et de déstabiliser une dame dont la seule faute semble être de ne pas préserver les prébendes dont certains bénéficiaient antérieurement à sa prise de fonction ». Alléluia ! La Section SAES-CESTI rappelle que sur les 154 720 000 francs CFA, ni l’ancien directeur, Monsieur Ibrahima Sarr, ni le chef du projet, Monsieur Mamadou Koumé, n’ont pris un centime de quote-part. Alors qu’avec l’application de l’arrêté ministériel sur la fonction de service dans les universités, ils auraient pu empocher quelque 15 000 000 CFA.
  2. Quatrième argument de désinformation : à chaque fois qu’elle est interpellée sur l’aspect pédagogique du dossier, Madame Cousson Traoré évoque l’audit des comptes du CESTI qu’elle a demandé, avec parfois des insinuations visant à entacher la crédibilité de certains collègues. Le coût total de ce projet de formation est de 154 720 000 FCFA. En mars 2015, le CESTI a reçu un premier virement d’un montant de 56 400 000 FCFA, sous la direction de Monsieur Ibrahima Sarr, qui a quitté la tête de l’établissement en juin 2017. Deux autres virements ont suivi, en janvier 2018, sous la direction de Madame Cousson Traoré, d’un montant de 19 976 005 FCFA pour l’un et de 19 908 886 pour l’autre. Au total, le CESTI aura perçu sous les deux directions, 96 284 891 FCFA. Le Bénin reste donc lui devoir 58 435 109 FCFA. Or, dans un courrier en date du 06 mai 2019 adressé à la directrice du CESTI, le ministère de l’Économie numérique et de la Communication du Bénin soutient ne devoir au CESTI qu’un montant de 26 541 000 FCFA. On enregistre ainsi, entre 2018 et 2019, un gap de 31 894 109 FCFA sur la somme totale à recouvrer par le CESTI.

La Section SAES-CESTI n’accuse personne de détournement. Mais elle demande solennellement à Monsieur le Recteur de publier les informations financières recueillies auprès des banques et des autorités béninoises : les montants de tous les virements reçus depuis le début du projet en 2015, les dates des virements, les comptes bancaires (à notre connaissance, il n’existe qu’un seul pour ce projet) dans lesquels les montants ont été virés ainsi que les bénéficiaires (il n’en existe qu’un, à notre connaissance, et c’est le CESTI). Cela aura le mérite d’éclairer la lanterne de l’opinion publique nationale et de la communauté universitaire sur les délires de sycophantes aux abois qui imaginent l’existence de soi-disant bénéficiaires indus.

  1. L’argument de victimisation passe par la mise en avant du genre et d’un handicap physique pour essayer de disqualifier un combat fondé sur des principes. La Section SAES-CESTI rappelle que de 2005 à 2011, le CESTI était dirigé par une professionnelle des médias reconnue, qui a obtenu des résultats appréciables. Le plus important pour la Section SAES-CESTI, ce n’est ni le sexe encore moins l’aptitude physique de la personne aux commandes de l’établissement, mais ses capacités de management et son respect des normes organisationnelles.