A Dubaï, le triste sort réservé aux princesses rebelles

Elles vécurent heureuses et eurent beaucoup d’enfants… A Dubaï, le sort des princesses n’a rien d’un conte de fées. Haya, 45 ans, la sixième épouse de l’émir de Dubaï, partie se réfugier à Londres en juillet avec ses deux enfants et 34,5 millions d’euros, n’est pas la première princesse dubaïote à fuir Mohammed Ben Rached al-Maktoum, 70 ans. Cette semaine, devant la Haute cour de justice de Londres, la fille de l’ancien roi de Jordanie et diplômée d’Oxford, a demandé des mesures de protection ainsi que la garde de ses enfants, redoutant notamment que sa fille de 11 ans ne soit mariée de force. Sa plus grande crainte : devoir retourner à Dubaï… où le sort d’autres princesses n’est guère enviable.

C’est lors d’un voyage en Angleterre, à l’été 2000, que la princesse Shamsa, l’une des vingt-trois enfants de l’émir, avait tenté, la première, de quitter cette cité-Etat richissime des Emirats arabes unis. Deux mois plus tard, elle avait été interceptée en Angleterre et ramenée au bercail. Depuis, Shamsa n’a plus donné de nouvelles. Elle serait enfermée, selon sa sœur Latifa, qui confiait il y a quelques mois : « Elle est entourée d’infirmières et doit prendre des médicaments qui contrôlent ses pensées. »

Enfermement et tortures
Latifa Al-Maktoum , justement, a défrayé la chronique l’année dernière. En 2001, alors âgée de 16 ans, elle avait déjà essayé de s’enfuir du palais de l’émir, mais avait été rapidement interpellée à la frontière omanaise. Selon son propre témoignage vidéo, on l’avait alors jetée dans une cellule aveugle pendant plus de trois ans, où elle avait subi tortures et menaces de mort. En 2018, elle tente à nouveau sa chance. Elle parvient à rejoindre un yacht, duquel elle publie une vidéo, où elle explique les raisons de sa fuite et dénonce les traitements inhumains réservés par son père à sa sœur Shamsa et à elle-même.

Mais quelques jours plus tard, le navire est arraisonné au large des côtes indiennes : Latifa est ramenée de force à Dubaï, emprisonnée et torturée. Elle n’est depuis réapparue que le temps d’une photo avec l’ancienne présidente irlandaise Mary Robinson… Une « opération totalement orchestrée » que dénonce Radha Stirling, la présidente de l’organisation Detained in Dubai.

Pour la princesse Haya, qui a pour l’instant échappé au triste sort réservé aux deux filles de l’émir, les prochains mois seront décisifs. La Haute Cour de justice de Londres a annoncé la tenue d’un procès le 11 novembre, qui déterminera lequel des époux obtiendra la garde des deux enfants.