Afghanistan : 63 morts dans un attentat à Kaboul, le plus meurtrier depuis le début de l’année

Workers of a wedding hall inspect after a blast in Kabul, Afghanistan August 18, 2019. REUTERS/Mohammad Ismail

L’attentat, qui a visé samedi un mariage de la communauté chiite, a été revendiqué par la branche afghane de l’organisation Etat islamique.

Un attentat lors d’une fête de mariage a fait au moins 63 morts et 182 blessés samedi 17 août au soir dans l’ouest de Kaboul, dont de nombreuses femmes et des enfants, ont annoncé les autorités et les hôpitaux. Il s’agit de l’attentat le plus meurtrier perpétré en Afghanistan depuis le début de l’année.

Les talibans ont rapidement nié l’implication du groupe insurgé. « Commettre de tels assassinats délibérés et brutaux et prendre pour cible des femmes et des enfants n’ont aucune justification », ont tweeté deux porte-parole des talibans. « Les talibans ne peuvent s’exonérer de tout blâme car ils servent de plate-forme aux terroristes », a réagi de son côté le président Ashraf Ghani, qualifiant l’attentat de « barbare ».

Une revendication de la branche afghane de l’EI

Dimanche 18 août, l’attentat a été revendiqué par la branche afghane de l’organisation Etat islamique (EI) dans un communiqué. Selon cette déclaration, un kamikaze pakistanais aurait d’abord ciblé un grand rassemblement chiite à Kaboul, et une voiture piégée aurait ensuite explosé. L’EI, des islamistes radicaux sunnites, a pris à plusieurs reprises pour cible la communauté chiite d’Afghanistan, dont les familles des mariés faisaient partie.

« Le frère kamikaze Abou Assem Al-Pakistani (…) a réussi hier à atteindre un grand rassemblement (…) d’apostats » à Kaboul et a « fait détoner sa ceinture une fois au milieu de la foule », précise le communiqué publié sur Telegram par l’organisation ultraradicale. « Après l’arrivée de membres de la sécurité, des moudjahidine ont fait exploser une voiture piégée », selon la même source.

Mais ce communiqué a été mis en doute par une source de sécurité afghane jointe par Le Monde. Celle-ci affirme que la « deuxième explosion à la voiture piégée n’a pas eu lieu ». Elle se montre également prudente sur la responsabilité de l’EI dans cette attaque.

« Les terroristes ne peuvent pas voir les Afghans exprimer leur bonheur »

« Parmi les victimes il y a des femmes et des enfants », a précisé le porte-parole du ministère de l’intérieur, Nasrat Rahimi. Des images partagées par le ministère montrent plusieurs corps allongés au sol. Nasrat Rahimi, a expliqué qu’« à 22 h 40 une explosion est survenue dans la salle de mariage Shar Dubai dans l’ouest de Kaboul ».

« J’étais dans la partie réservée aux femmes quand j’ai entendu une énorme explosion dans la partie réservée aux hommes », a témoigné auprès de l’Agence France-Presse un participant au mariage, Mohammad Farhag. « Tout le monde est sorti en courant, en criant et en pleurant. La salle était pleine de fumée. Presque tous ceux dans la partie réservée aux hommes sont morts ou blessés. Deux heures après l’explosion, ils sortent toujours des corps », a dit ce témoin, joint par téléphone.

« Cette explosion est un signe clair que les terroristes ne peuvent pas voir les Afghans exprimer leur bonheur. Vous ne pourrez pas les forcer à s’incliner en les tuant », a tweeté un porte-parole du gouvernement, Feroz Bashari.

Une cible facile

Les mariages afghans, pour lesquels se rassemblent plusieurs centaines d’invités, sont une cible aisée pour des actes terroristes.

Le 12 juillet, au moins six personnes ont été tuées et quatorze blessées lorsqu’un kamikaze s’est fait exploser lors d’une cérémonie dans la province de Nangarhar, dans l’est de l’Afghanistan. L’attaque a été revendiquée par l’organisation djihadiste Etat islamique, dont la présence va croissante dans la région.

L’attentat de samedi est survenu alors que la population afghane, exaspérée par la violence aveugle, espère la conclusion d’un accord entre les Etats-Unis et les talibans qui ouvrirait la voie à des négociations de paix entre le gouvernement afghan et le groupe insurgé.

Plusieurs sources américaines laissaient entendre ces derniers jours qu’un accord pourrait être imminent, mais certains points restaient à régler. Lire aussi L’ONU dénonce le rythme « inacceptable » auquel les civils meurent en Afghanistan

« Un accord… si possible ! », tweete Trump

Vendredi, le président américain, Donald Trump, s’était, lui, félicité de la « très bonne réunion » sur l’Afghanistan qu’il a tenue vendredi avec ses plus proches conseillers et ministres. « Beaucoup dans le camp opposé de cette guerre vieille de dix-neuf ans, et nous-mêmes, envisagent de conclure un accord – si possible ! », a tweeté M. Trump.

L’envoyé spécial Zalmay Khalilzad, à la tête de l’équipe de négociation américaine, pourrait à nouveau se rendre dans la région dans les prochains jours afin de poursuivre, voire finaliser, les négociations.

Dans le cadre de l’accord envisagé, les Etats-Unis commenceraient à retirer d’Afghanistan les quelque 14 000 militaires américains qui y sont déployés. M. Trump dit depuis le début de sa présidence qu’il souhaite le départ des troupes américaines du pays, où Washington a dépensé depuis 2001 plus de 1 000 milliards de dollars pour les opérations militaires et la reconstruction.

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En contrepartie du retrait américain, les talibans prendraient plusieurs engagements relatifs à la sécurité, en particulier celui que les miliciens islamistes, qui ont longtemps hébergé Al-Qaida, ne permettraient pas que l’Afghanistan redevienne un abri pour les djihadistes.

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