Cameroun, les Etats-Unis s’impliquent davantage

Le Grand Dialogue National prévu du 30 septembre au 4 Octobre 2019 se tient en présence de Herman Jay Cohen, représentant de leaders séparatistes anglophones. Ce qui n’était pas prévu par Paul Biya, le président camerounais.

Les Etats-Unis d’Amérique sont de plus en plus préoccupés par la situation qui prévaut au Cameroun, notamment dans les deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Le Département d’État et le Secrétaire d’État adjoint chargé de l’Afrique, Tibor Nagy, exercent une pression de plus en plus forte sur le président Paul Biya (86 ans et 37 ans de pouvoir) afin que celui-ci s’engage véritablement sur le chemin de la réconciliation nationale. L’objectif de Washington est de susciter une désescalade dans un conflit politique qui pourrait bien provoquer une déflagration en Afrique centrale.

Le Grand Dialogue National de Paul Biya apparaît à la diplomatie américaine comme un bon premier pas mais néanmoins beaucoup trop timoré pour être efficace. Le temps des avertissements est arrivé.

Herman Jay Cohen à la manoeuvre

Herman Jay Cohen (87 ans) est probablement l’un des diplomates qui connaît le mieux le continent africain. Son immense expérience dans la plupart des États africains qui comptent et sa grande culture universitaire sont complétées par une empathie envers ce continent qui, jusqu’à maintenant, ne faisait pas l’objet d’une attention particulière du Département d’État. Ce n’est plus le cas récemment, avec leurs actions au Soudan et la chute de Omar Al-Bechir, en RDC avec le retrait de Joseph Kabila et l’élection de Félix Tshisekedi.
 Durant ses 38 années de service de la diplomatie américaine et de plusieurs locataires de la Maison Blanche, cet ancien Secrétaire d’État adjoint chargé de l’Afrique (1989-1993) avait déjà souhaité que le Grand Dialogue National soit mené par une médiation internationale, évidemment de préférence américaine. Jouissant d’une grande confiance auprès des nombreux intellectuels camerounais désormais établis aux Etats-Unis et surtout au Canada et des leaders de la sécession anglophone, il n’est pas surprenant qu’il ait été choisi pour être leur représentant officiel au Grand Dialogue National qui s’est ouvert à Yaoundé, le 30 septembre 2019. Il leur sera également un porte-voix influent auprès des instances onusiennes. 

Un interlocuteur intransigeant

L’auteur des livres majeurs que sont  » The mind with african strongman : conversations with dictators, statesmen and father figures » et surtout   »  Intervening in Africa : superpower peacemaking in a troubled continent » a été influent dans la fin du conflit Ethiopie-Érythrée, dans la réconciliation des parties en guerre en Angola et Mozambique et plus récemment en RDC, dans le retrait de Joseph Kabila et dans l’élection de Félix Tshisekedi. Nul doute que Herman Jay Cohen sera particulièrement vigilant et peu malléable dans ce dialogue octroyé par le président Biya, sans que celui-ci n’y assiste personnellement. L’arrivée de cet ambassadeur hors norme de la cause anglophone au Cameroun sera peut-être paradoxalement le principal résultat de ce Grand Dialogue National.

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