Centrafrique, de nouveaux combats fratricides entre groupes armés

Dans le nord-est du pays, deux groupes armés, signataires de l’Accord de paix et de réconciliation du 6 février 2019, se livrent à des combats sanglants

Pour l’Unicef et de nombreuses Ong, la reprise des combats dans le nord-est de la Centrafrique est désastreuse pour la population. Que cache cette situation aussi dramatique qu’ubuesque ?

Le chef historique de la Séléka en mauvaise posture

Depuis début septembre 2019, dans la région des Trois-frontieres (Soudan,Tchad, RCA), les combats opposent le Mouvement des libérateurs centrafricains pour la justice (MLCJ) ayant pour chef, Gilbert Toumou Deya, ministre chargé des groupes armés dans l’actuel gouvernement de Firmin Ngrebada, au Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique ( FPRC), avec Nourredine Adam leur chef historique et ancien leader de l’ex-Seleka qui a renversé le régime du général Bozize et de son premier ministre Faustin-Archange Touadera. Cette fois-ci, il s’agit d’affrontements inter communautaires non dénués d’objectifs politiques.


Les affrontements opposent les Kara (MLCJ) au Rounga (FPRC). La montée en puissance du MLCJ, avec le recrutement de mercenaires soudanais et tchadiens et un armement moderne venant du Soudan, n’avait pu être stoppée par le FPRC, jusqu’alors hégémonique dans la région. La mise en déroute d’un important convoi d’armes venant du Darfour, à Am-Dafock, et les combats qui s’en suivirent, le 14 juillet 2019, ne permirent pas  au FPRC de prendre le dessus sur le MLCJ. Les nouveaux combats du 14 octobre 2019, autour de Am-Dafock, ont confirmé la suprématie du ML

De nombreuses interrogations

L’étincelle qui déclencha les combats de septembre fut l’assassinat, le 29 août 2019, par des éléments du FPRC (Rounga), du fils du sultan-maire de Birao ( Kara). La ville de Birao a été immédiatement le théâtre d’affrontements sanglants obligeant la population de cette ville et de ses alentours à fuir en brousse. Dans une indifférence générale et notamment des autorités de Bangui, ces dizaines de milliers de personnes sont actuellement dans le dénuement le plus total.Des interrogations sur cette guerre fraticide

Cette nouvelle vague de violences montre les limites de l’Accord de paix et de réconciliation du 6 fevrier 2019. Elle pose aussi des questions.
Très curieusement, le FPRC de Nourredine Adam, qui fut un acteur majeur dans les pourparlers de Khartoum, en liaison étroite avec les négociateurs russes, semble être en difficulté tandis que le MLCJ jouit d’une certaine mansuétude.
– le ministre Gilbert Toumou Deya , chef de guerre du MLCJ à Birao et membre du gouvernement à Bangui, bénéficie curieusement de ce double statut, pourtant incompatible avec l’Accord de Khartoum.
– la Minusca reste peu visible dans ces affrontements mais, en revanche, a arrêté quatorze membres du FPRC et a remis à la justice centrafricaine, sur mandat du Procureur général de Bangui,  huit de ces éléments, pour être jugés. Aucun membre du MLCJ n’a, à ce jour, été arrêté.
– le ministre Gilbert Toumou Deya, chargé des groupes armés, est en contact permanent avec la Minusca et les garants de l’Accord de Khartoum. En revanche, le chef militaire du FPRC, Abdoulaye Hissene, sous sanctions centrafricaines et internationales, est dans une situation délicate, dans la perspective de l’application de ces sanctions.
– le MLCJ réclame l’intervention des Forces armées centrafricaines et des Forces de sécurité intérieure afin de consolider son avantage sur ces territoires conquis au FPRC. 

Un nouveau contexte

L’extrême nord-est de Centrafrique a toujours été une région sous-administrée et sujette à des combats intercommunautaires. Déjà en 2002, l’assassinat du maire de Birao avait été le point de départ à une décennie de combats entre Rounga, Goula, Djandjawids darfouriens et tribus arabes tchadiennes.  Le nouvel embrasement de cette région vient après la signature de l’Accord de Khartoum qui connaît des retards d’application et après la visite du président Touadera, le 26 juin 2019, à Birao qui assurait le retour à la paix. Il vient aussi après la chute d’Omar Al-Bechir qui avait acceilli les plénipotentiaires centrafricains pour s’accorder sur un document qui leur avait été proposé. A Khartoum, la Russie est désormais moins influente et le Conseil souverain a décidé de fermer la frontière avec la République centrafricaine, coupant ainsi les rebelles centrafricains de leurs sanctuaires soudanais et compliquant les va-et-vient des Russes. Ce contexte qui a donc sensiblement évolué depuis le début 2019 n’est probablement pas étranger à la lutte armée entre un FPRC très fragilisé et un MLCJ qui semble s’installer durablement dans cette région. Nul doute que le prochain processus électoral pourrait bien être impacté par ces luttes armées et la campagne du président Touadera ne devrait pas être « un long fleuve tranquille »…

par Aza Boukhris-mondafrique;com

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