CHASSER BIYA PENDANT QUE LES OPPOSANTS FRANCOPHONES FONT DES RÊVES EN COULEURS

Le dictateur camerounais, Paul Biya a voulu rééditer avec 58 ans d’écart , l’imposture politique de son patron Ahamadou Ahidjo, face aux anglophones, John Ngu Foncha et Salomon  Tandeng Muna à la conférence de Foumban .

Seul le Dr Emmanuel Endeley, était clairement opposé à cette démarche . Mais démocrate , et prenant acte de ce que sa position au sein du groupe était minoritaire, il se plia à la volonté de la majorité , en prévenant cependant qu’un jour , l’histoire lui donnerait raison à un moment où il serait hélas trop tard pour son peuple .

Foncha et Muna , étaient arrivés à Foumban animés de bonne foi et des meilleures dispositions à l’endroit de leurs frères  francophones , dont ils avaient été séparés depuis 1916 , c’est-à-dire depuis la défaite de l’Allemagne lors de la première guerre mondiale . Une éternité .

Ahamadou Ahidjo , pour sa part, était venu à Foumban , entouré de ses conseillers français , avec un dossier bien ficelé qui ligotait complément la partie anglophone.

Foncha et Muna , qui croyaient naïvement au principe anglo-saxon du “ gentleman agreement “ , c’est- à- dire celui de l’inviolabilité de la parole donnée , ont presque accordé un blanc seing , pour ne pas dire un chèque en blanc à Ahamadou Ahidjo .

Pour les assister , il y avait deux ou trois Anglais , dont les seules préoccupations semblaient se limiter , aux futures questions du respect des droits de l’homme . Ce que les conseillers français d’Ahidjo , balayèrent d’un revers de main , en arguant qu’il s’agissait là , des questions relevant purement des aspects de la gouvernance interne .

Ce préambule historique posé , nous constatons que les dirigeants de l’ “ opposition “ camerounaise actuelle , ivres du soutien dont ils jouissent du peuple , qui est désespéré, sont tentés de succomber aux mêmes erreurs commises naguère , par leurs lointains prédécesseurs.

Sauf que , cette fois – ci , les rôles semblent inversés. Car , les leaders anglophones sécessionnistes , qui sont en réalité les vrais destinataires , de l’offre de la parodie de dialogue du dictateur, ont très bien perçu la manœuvre , et n’en veulent pas .

Pas bêtes , ils ont surtout bien intégré que le tyran , dont la doctrine jusque – là semblait consister à dire qu’on ne discutait avec les terroristes, avait face au rapport de force , qu’ils lui imposaient sur le terrain changé d’attitude .

Ce changement d’attitude , est aussi la conséquence directe du travail du lobby Ambazonien à l’international. Car , si le dictateur camerounais s’est sous la pression conjuguée , conjointe et répétée , du Quai d’Orsay et de l’Elysée , résolu en dernier ressort à faire cette allocution, c’était principalement pour échapper aux nombreuses sanctions diplomatiques , qui ouvriraient inévitablement la porte à un blocus économique, susceptible de paralyser entièrement le pays .

Les dirigeants de la supposée opposition , chez les francophones, ou ce qui en tient lieu , ont été ostensiblement ignorés , et traités avec condescendance pour ne pas dire avec un mépris royal , par le dictateur qui n’en a du reste pas allusion . Pourquoi ? La politique , la vraie j’entends pour le coup , étant considérée comme la continuation de la guerre par d’autres moyens , tout est donc , on ne le dira jamais assez , question de rapport de force !

Et quelle force , peut – bien opposer une pseudo – opposition, qui quémande et mendie presque l’autorisation à un dictateur , pour s’opposer à lui ?

“ Monsieur Paul Biya , voulez – vous bien octroyer l’autorisation de faire reconnaître par l’ensemble de la communauté internationale, le président que nous avons élu afin de nous affranchir de la tyrannie dans laquelle vous tenez le peuple depuis 37 ans ? “

Et lui répondrait : “ Mais je vous en prie ! Bien sûr que je vous l’autorise! Je vais publiquement dédire et désavouer , le président du Conseil constitutionnel devant lequel j’ai prêté serment pour ma ré-élection , et avouer que j’ai triché les élections . Je m’excuse par ailleurs , d’occuper indûment des fonctions pour lesquelles je n’ai pas été élu . “

Mais quelle naïveté , et surtout quelle ignorance ! Vous attendez , qu’ un dictateur vous réintroduise dans un jeu politique, auquel vous dénie la moindre légitimité, dans un dialogue qu’il convoque unilatéralement selon des critères fixés par lui seul !

Les anglophones, eux ont compris , et l’ont fait de la plus belle manière qui soit . Le seul langage que comprennent les dictateurs , dont l’essence du pouvoir repose sur l’arbitraire, est la force . Paul Biya méprise tous ceux , qui n’ont pas les moyens de lui imposer la force . Parler de légalisme , de légitimité à un dictateur dont les fondements du pouvoir , reposent sur un acte fondateur de non – droit , c’est véritablement parler de Dieu à Satan !

Continuez à rêver en couleurs , en attendant que le tyran passe vos aspirations par pertes et profits . Mais les camerounais ont compris , car il va du peuple , seule source de souveraineté, comme des électeurs . Le peuple n’appartient à personne , et ne peut donc suivre aveuglément des gens qui ne savent eux mêmes pas , là où ils vont , ou qui ne se donnent pas les moyens de leurs politiques .

Le pouvoir est comme une femme . Il ne se partage pas , il ne se prête pas davantage , mais s’arrache . Ne vous attendez – donc pas à ce qu ‘on vous l’offre sur un plateau , ou que le despote vous y nomme ! Le peuple est comme une femme impatiente , et balaie impitoyablement tout leader qui ne sait pas où il va .

Jean-Pierre Dupont