Crise au Soudan: les forces armées et l’opposition s’accordent sur une déclaration constitutionnelle

Le conseil militaire au pouvoir au Soudan et la principale coalition d’opposition ont adopté une déclaration constitutionnelle qui ouvrira la voie à une nouvelle période de gouvernement de transition.

Le médiateur de l’Union africaine, Mohamed Hassan Lebatt, a fait cette annonce samedi matin, sans donner de détails.

Le Soudan est dans la tourmente depuis que l’armée a renversé le président Omar al-Bashir en avril.

Des discussions prolongées sur la déclaration se sont déroulées dans un climat de violence.

L’accord de déclaration tant attendu a déclenché des célébrations au Soudan, plongées dans des mois de crise.

Les deux parties ont signé un accord de partage du pouvoir en juillet , mais les manifestants attendent depuis lors plus de détails sur cet accord.

Manifestants au Soudan, juillet 2019

Les premières manifestations ont eu lieu en décembre après que le gouvernement de M. Bashir eut imposé des mesures d’austérité d’urgence. Il a ensuite été renversé par l’armée en avril après de longues manifestations devant le ministère de la Défense à Khartoum.

Les manifestants ont depuis demandé que l’autorité soit transférée à une administration civile.

Que dit la déclaration?

Le document décrit les termes d’une période de transition de trois ans convenue le mois dernier entre le conseil militaire et les dirigeants de l’opposition.

L’accord de partage du pouvoir prévoit un organe directeur composé de six civils et de cinq généraux.

“J’annonce à l’opinion publique soudanaise, africaine et internationale que les deux délégations sont pleinement d’accord sur la déclaration constitutionnelle”, a déclaré samedi à la presse M. Lebatt.

Il a précisé que d’autres réunions seraient organisées pour examiner les détails techniques de la cérémonie de signature, mais n’a fourni aucune information sur l’accord lui-même.

Crise au Soudan: les forces armées et l'opposition s'accordent sur une déclaration constitutionnelle

Un brouillon de cette déclaration, vu par l’agence de presse Reuters, indique que les forces de soutien rapides (RSF), qui sont accusées d’avoir tué des manifestants, relèveront désormais du commandement général des forces armées et que les services de renseignement seront co-supervisés par le conseil souverain et le cabinet.

L’accord sur la déclaration est intervenu après que le conseil militaire a annoncé que neuf soldats de RSF avaient été licenciés et détenus en lien avec l’assassinat de manifestants, dont quatre écoliers, cette semaine.

Les morts avaient provoqué des manifestations de masse à travers le pays et retardé les pourparlers.

Que savons-nous de la période de transition?

L’armée et les manifestants ont conclu plusieurs accords, chaque partie précisant de nouveaux détails alors qu’ils tentent de vaincre les soupçons et de nouer des relations de travail.

Jusqu’à présent, ils se sont mis d’accord sur les points suivants:

  • Le partage du pouvoir durera 39 mois
  • Un conseil souverain, un cabinet et un corps législatif seront formés
  • Le général dirigera le conseil pendant les 21 premiers mois, le civil les 18 autres.
  • Un Premier ministre, nommé par le mouvement pro-démocratie, dirigera le cabinet
  • Les ministres de la défense et de l’intérieur seront choisis par l’armée.

La longue période de transition est perçue comme une victoire du mouvement en faveur de la démocratie: les généraux avaient menacé de déclencher des élections anticipées après la répression du 3 juin.

Les manifestants soutiennent que le régime de M. Bashir est si profondément enraciné qu’il faudra du temps pour démanteler son réseau politique et ouvrir la voie à des élections libres et équitables.