Crise en Haïti: dans les prisons, des détenus en danger faute de nourriture

La crise politique perdure et aucune issue ne semble se profiler après plus de deux mois de manifestations populaires contre le président. L’impact est immense dans de nombreux secteurs, notamment dans les prisons, où la situation a des effets alarmants sur les conditions carcérales.

Sans concessions du côté du pouvoir, la tension reste forte dans le pays ce qui paralyse toujours les activités et empêche la libre circulation dans les villes et entre les départements. Le secteur économique est très affecté. Les écoles n’ont ouvert qu’une poignée de jours depuis le début de l’année scolaire. Et dans les prisons aussi, la situation est grave. Les vies des détenus sont en danger faute de nourriture.

« Il y a des risques que des prisonniers meurent de faim », alerte le réseau national de défense des droits humains RNDDH qui le dit. Certains établissements pénitentiaires n’ont plus de stocks de nourriture. Les plus affectés sont les prisons qui se trouvent en province. Le RNDDH est notamment particulièrement préoccupé par les conditions des détenus à Jérémie et à Mirebalais.

Ravitaillements difficiles

Pour l’eau, l’organisme public Dinepa et plusieurs organisations internationales assurent les ravitaillements non sans mal, mais faire circuler des camions de vivres entre les départements et même dans les villes est toujours largement impossible.

La communauté humanitaire est totalement au courant de la situation mais, pour ces mêmes difficultés sécuritaires, nombre d’acteurs ne peuvent intervenir. Si aucune réponse à cette urgence n’a encore été fournie par les Nations unies ou les ONG c’est aussi qu’approvisionner en nourriture les prisons en cas de crise ne relève pas strictement de leurs mandats.

Le comité international de la Croix rouge serait l’organisation la plus appropriée pour intervenir. Le problème est que le CICR n’est plus présent en Haïti depuis deux ans.

Conditions sanitaires inhumaines

Aujourd’hui les prisons manquent également de médicaments et de produits de nettoyage. En temps normal, les conditions sanitaires étaient déjà qualifiées d’inhumaines, mais la situation actuelle est insupportable pour les détenus.

Les organisations de défense des droits humains ne mâchent plus leur mot : « c’est de la torture », assure le RNDDH en avançant foule de détails sinistres. À cause de la tension ambiante dans le pays, les directeurs de prison en Haïti limitent désormais au maximum le temps de sortie des détenus à l’air libre. Chaque jour, ils n’ont que quelques minutes hors des cellules pour tout faire : se laver, laver leurs vêtements, aller aux toilettes et se dégourdir les jambes.

Les prisons haïtiennes sont les plus surpeuplées au monde. Le taux moyen d’occupation dépasse les 400%. Cela fait que les détenus ne peuvent pas marcher dans leurs cellules où ils s’entassent par dizaines, en position assise. Pour « des raisons de sécurité », les directeurs ont aussi suspendu toutes les visites.

Paralysie de l’appareil judiciaire

La crise a aussi poussé les principales associations de magistrats à conseiller aux juges de rester chez eux. Cette fermeture de facto des tribunaux ne fait qu’aggraver la lenteur de la justice.

Ces semaines sans aucune avancée des procédures judiciaires sont autant de semaines en plus de détention préventive pour les personnes qui sont aujourd’hui incarcérées et en attente d’un jugement. Et en Haïti, cela concerna la large majorité de détenus. Trois quarts des prisonniers adultes n’ont pas encore eu de procès, certains attendent derrière les barreaux depuis des années.

Pour les mineurs, seuls 21% d’entre eux ont été effectivement condamnés par un tribunal. Car ces conditions inhumaines d’enfermement – sans assez sinon même donc sans aucune nourriture et en violation totale de leurs droits à la santé et à la dignité – sont vécues aujourd’hui par plus de 200 adolescents en Haïti.

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