“Depuis notre arrivée en Sicile, on vit dans la rue”

InfoMigrants a reçu le témoignage de Salif, un migrant de 31 ans originaire d’Afrique de l’ouest. Arrivé sur l’île italienne de Lampedusa début avril, il a été transféré en Sicile un mois plus tard et affirme avoir été laissé à la rue avec neuf autres personnes.

“Je m’appelle Salif*, j’ai 31 ans et je viens d’Afrique de l’ouest. Je suis arrivé à Lampedusa début avril après avoir pris la mer depuis les côtes tunisiennes.

J’ai passé presque un mois confiné dans le centre de l’île italienne avant d’être transféré en Sicile début mai avec une centaine d’autres personnes.

Obligation de quitter le territoire
Nous sommes sortis par petits groupes du navire des garde-côtes italiens. On était tellement nombreux qu’il a fallu au moins deux heures pour que tout le monde sorte du bateau.

Quand est enfin arrivé mon tour – j’étais dans les derniers – les autorités m’ont fait signer un document en italien, ainsi qu’à neuf autres migrants dont quatre Africains subsahariens. On ne savait pas ce qui était écrit, on ne comprend pas la langue et aucun interprète n’était présent.

C’était en fait une obligation de quitter le territoire italien sous sept jours.

Les dix personnes qui ont dû signer ce document sont celles qui n’avaient pas demandé l’asile à Lampedusa. On était trop stressés, on venait d’arriver et on avait peur de faire des erreurs. On pensait pouvoir demander l’asile en Sicile.

Ceux qui avaient déposé leur demande à Lampedusa ont été hébergés dans un centre mais nous, nous n’avons pas eu le droit de nous y rendre.

“On se cache de peur d’être arrêtés par la police”
Nous sommes donc restés ensemble entre Africains. Il y a aussi une femme avec nous.

Depuis, nous dormons dans la rue, sans matelas et sans couverture. Pour manger, nous faisons la manche discrètement. On se cache, de peur d’être arrêtés par la police.

C’est très compliqué, surtout en ce moment avec la crise sanitaire. Nous n’avons rien pour nous protéger du coronavirus. On achète des bidons d’eau pour se laver les mains mais c’est tout ce que nous pouvons faire. On a peur mais on n’a pas le choix.

En plus, avec le coronavirus et la fermeture des frontières, on ne peut pas quitter la Sicile alors qu’on nous a donné sept jours pour le faire. Mais où peut-on aller ? On ne peut même pas changer de ville car il faut une autorisation.

Cette situation est-elle normale alors que la majorité d’entre nous peut prétendre à l’asile ? Où sont les droits humains ?”

*Le prénom a été modifié à la demande de l’intéressé. Salif ne souhaite pas non plus préciser son pays d’origine.

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