Dossier Tariq Ramadan : Le cas Mounia Rabbouj révèle le pot aux roses

C’est sous le statut de « témoin assisté » que Tariq Ramadan est placé pour la plainte de Mounia Rabbouj. Celle-ci a été déposée le 25 mars 2018, soit cinq mois après celle de Henda Ayari et alors que Tariq Ramadan est en prison. Annoncée avant l’heure par Jean-Claude Elfassi via les réseaux sociaux, cette plainte tardive est on ne peut plus surprenante puisque l’intellectuel et cette femme de 46 ans se sont vus plusieurs fois sur une durée de treize mois et ce, dans différents lieux où la jeune femme s’est rendue d’elle-même. Leur correspondance atteste non seulement qu’il n’y a jamais eu viol mais surtout du piège dans lequel est tombé le professeur Tariq Ramadan.

L’ancienne escorte a eu de nombreux démêlés avec la justice. Elle a été impliquée dans l’ « affaire DSK » et a écrit, à la suite du procès de ce dernier, qu’elle « attendait son chèque » confirmant que c’est l’appât du gain qui avait motivé sa démarche. En 2014 déjà sa propre sœur, Soumia Rabbouj, avait alerté l’intellectuel en lui révélant que Mounia voulait le piéger, prendre des photos compromettantes et vendre son histoire à un tabloïd du type de Closer. Dans « l’affaire Ramadan », elle a avoué, par écrit, avoir reçu la promesse d’une grosse somme pour témoigner contre l’intellectuel.

Elle a fait plusieurs fois volte-face et a fini par accuser le paparazzi Jean-Claude Elfassi et l’avocat qui lui a été présenté par son intermédiaire, Me Francis Szpiner, de l’avoir manipulée en la poussant à porter plainte pour viol contre Tariq Ramadan. « Moi, je voulais dénoncer des faits, lui, il voulait détruire un homme. Ce n’était pas ma démarche », dénonce-t-elle notamment dans les colonnes du journal GQ. « Dès ma première audition chez la juge, je me suis sentie mal à l’aise, ce n’était pas mes mots », ajoute-t-elle encore. Elle tweete le 6 novembre 2018 : « En effet, je confirme ils veulent sa mort, n’est-ce pas Mr Szpiner, ce sont vos propres mots d’ailleurs, le garder le max possible en prison pour le diminuer le plus possible ».

C’est aussi ce qui ressort des écoutes téléphoniques de la jeune femme, entre août et septembre 2018. On l’entend notamment parler à son interlocuteur de son désir de retirer sa plainte, de la manipulation exercée sur elle par certains contacts et les autres plaignantes et d’une avance d’argent qu’elle aurait reçue pour porter plainte. Elle répète clairement qu’elle n’a jamais voulu porter plainte pour viol. C’est aussi ce qu’elle révèle à un soutien du Professeur, en Novembre 2018, à qui elle écrit : « Faut que ces salauds payent pour leur mensonges et complot.» Elle s’est exprimée de nombreuses fois sur les réseaux sociaux concernant les pressions qu’elle subit.

Argent, collusion et manipulation

Le frère de Mounia Rabbouj, Mohammed Rabbouj, avait témoigné dès le début de l’enquête en expliquant que sa sœur mentait et qu’elle lui avait avoué avoir agi pour de l’argent : on lui aurait promis une somme à six chiffres, lui a-t-elle confié dans un SMS qu’il a déposé chez son avocat. Lors des écoutes téléphoniques, elle parle d’une somme de 500 euros, que son avocat, Me Francis Szpiner, lui aurait avancée. Il lui aurait expliqué que cette somme provenait d’un donateur inconnu. Dans un échange que la quadragénaire a mis en ligne (entre elle et son avocat), on peut lire Me Francis Szpiner expliquer à sa cliente que « le traçage de l’argent était impossible ». La réaction violente de Mounia Rabbouj porte à croire qu’elle n’a jamais reçu la grosse somme promise.

Lors de sa rupture de contrat avec Me Szpiner, elle lui écrit dans un texto qu’elle a rendu publique : « Je tiens à vous préciser que j’ai tous les échanges prouvant et précisant que mes frais étaient pris en charges ainsi que les votre. Je vais de suite saisir le bâtonnier et remettre à qui de droit tout échanges (…) je vous garantit que cela fera l’effet d’une bombe surtout les échanges que j’ai eu avec Leclerc ainsi que les échanges entre Ayari et Elfassi ah oui parce que votre ami Elfassi me les avait envoyés. ». De plus d’après une source proche du dossier, Jean-Claude Elfassi était présent lors de plusieurs rendez-vous entre Mounia Rabbouj et son avocat et serait allé jusqu’à prendre des photos de pièces à conviction qu’il a ensuite posté sur son blog. C’est notamment le cas de la robe noire de Mounia Rabbouj qui était censée avoir de l’ADN du professeur Tariq Ramadan. Les expertises n’ont pas confirmé ces allégations.

La quadragénaire, mère de deux enfants, qui vivrait entre la drogue, la prostitution et une grande précarité, devait donc recevoir de l’argent avec de cette plainte. Une source proche du dossier confirme les propos publics de Mounia Rabbouj : elle aurait été manipulée par le paparazzi Elfassi, déjà sous le poids de plusieurs plaintes dans l’affaire JeremStars. En lien avec plusieurs protagonistes de l’affaire, c’est lui qui lui présente Francis Szpiner. C’est aussi lui qui la met en lien avec la presse avant même que la plainte soit officiellement déposée sur le bureau des procureurs. Il aurait aussi demandé à Mounia Rabbouj, comme elle le dénonce sur Twitter, de modifier des textos et des messages afin de rendre la plainte plus crédible.

L’ancienne escorte quadragénaire a aussi révélé via les réseaux sociaux que son ancien avocat, Francis Szpiner, lui aurait remis un livre sur le syndrome post-traumatique lié au viol, en lui conseillant fortement de le lire : « Victimes et auteurs de violences sexuelles ». Ce livre est co-écrit par un des ’experts’ avec qui elle allait passer son expertise psychiatrique quelques temps plus tard dans le cadre de l’affaire! Curieuse coïncidence en effet que le choix d’un livre, qui devait convaincre sa cliente qu’elle devait porter plainte, et qui est écrit par le même expert désigné par les juges pour confirmer que les accusations de la plaignante étaient crédibles ! Elle a dénoncé la manipulation sur son compte Twitter. Francis Szpiner s’est depuis justifié dans les colonnes de GQ Magazine : « Mounia Rabbouj parlait de violences et moi, je lui expliquais que c’était un viol. C’est pour ça qu’elle a signé la plainte. On lui a offert le livre du psychiatre Roland Coutanceau sur l’emprise, pour qu’elle réalise. » Il confirmait ainsi qu’il lui a bel et bien remis le livre de l’expert chargé plus tard de l’expertise psychiatrique..

Des écoutes téléphoniques qui en disent long

Dans les écoutes téléphoniques de Mounia Rabbouj, la jeune femme dit clairement qu’elle va retirer sa plainte. Elle parle aussi d’une petite somme qu’elle aurait reçue et de sa peur de certains protagonistes qui agissent dans l’ombre contre le professeur Tariq Ramadan. Mounia Rabbouj écrit notamment à son interlocuteur qu’elle veut « quitter cette affaire » et le 8 septembre 2018, elle dénonce : « Je ne partais pas à la base pour plainte pour viol, et lui l’a transformée en viol », parlant de son ancien avocat, Francis Szpiner, qui défend toujours Henda Ayari.

Depuis, sa plainte n’a jamais été retirée malgré ses nombreuses déclarations qui dénoncent la manipulation qu’elle a subie. Mounia Rabbouj a été violemment attaquée par Henda Ayari qui la traitait de « menteuse et de prostituée » sur les réseaux sociaux. Ce à quoi Mounia Rabbouj lui a répondu dans un tweet daté du 9 octobre 2018 : « Je suis d’accord sur ce point, le dossier est une grosse merde avec toutes les magouilles des avocats et de la mytho surtout… quand je vois qu’elle écrit au juge chaque semaine pour se plaindre c’est que ça ne tourne pas rond chez elle » et « Et oui je le redis ce n’est pas moi qui sais plus où et quand on m’a enlevé ma culotte ! Ce n’est pas moi qui raconte des versions à n’en plus finir ! Ce n’est pas moi qui fais des cagnottes pour se payer des seins et j’en passe ! » Les trois plaignantes n’ont jamais cessé de s’insulter les unes les autres et de changer de versions à de multiples reprises.

Cette troisième plainte, qui devait porter le coup fatal au professeur Tariq Ramadan, a en fait mis en lumière que les plaignantes n’agissent pas seules ni dans un espace clos. En effet, cette plainte, qui n’a pas pu être retenue par les juges d’instruction tant les accusations étaient invraisemblable, révèle que cette escorte de 46 ans a menti et a été poussée par d’autres à le faire. D’autres acteurs jouent un rôle dans cette affaire et ne sont toujours pas entendus par les juges en charge de l’instruction. Les éléments en possession de la justice prouvent qu’il n’y a eu ni viol, ni pression, ni emprise. Ce sont les avocats (Me Szpiner et Me Leclerc) qui, au vu des échanges rendus publique par Mounia Rabbouj, conseillent à Mounia Rabbouj d’insister sur l’emprise pour paraître plus crédible. Une capture d’écran d’un e-mail que Mounia Rabbouj a mis en ligne d’une conversation entre elle et son avocat Leclerc daté du 7 mars 2018 montre celui-ci disant explicitement à Mounia ce qu’il faut répondre: « Expliquer que Madame Ayari a lancé le mouvement et que aujourd’hui des années après votre rencontre vous avez enfin trouvé le courage d’affronter ce passé douloureux. Mais dire que vous avez encore peur de lui, de vos souvenirs avec lui, de son emprise de laquelle il était très difficile de vous libérer. Vous pouvez dire aussi qu’il est indispensable que vous soyez reconnue comme victime pour pouvoir tourner la page et avancer dans vos projets de vie. Que sa détention provisoire a compté dans votre décisions de porter plainte.»

Mounia Rabouj a avoué avoir agi pour de raisons financières et avoir été invitée à déposer une plainte en échange de dédommagements substantiels. Cela éclaire les deux autres plaintes d’un jour nouveau puisque la preuve est faite que ces femmes n’agissent pas seules. Comment expliquer que, jusqu’à ce jour, les juges n’aient mené aucune enquête approfondie sur les plaignantes et leur entourage ?

L.D

Mediapart.fr