Incendies : l’Amazonie paie la politique de Bolsonaro

A tract of Amazon jungle is seen burning as it is being cleared by loggers and farmers in Iranduba, Amazonas state, Brazil August 20, 2019. REUTERS/Bruno Kelly

Près de 74 000 foyers ont été recensés depuis janvier au Brésil, en hausse de 84 % par rapport à 2018.

Depuis le matin de ce lundi 19 août, le ciel avait pris une teinte jaunâtre inhabituelle à Sao Paulo. Il était à peine un peu plus de 15 heures lorsque la plus grande ville du Brésil et ses environs ont basculé dans l’obscurité. « Un 19 août aux airs de 11 septembre », s’alarmait sur Twitter Mauro Paulino, le directeur de l’institut de sondage Datafolha. « Mais je délire sûrement ! », ironisait-il encore, face à l’indifférence des médias. Ce jour-là, même la garoa, le crachin caractéristique de la ville, n’était plus la même : l’eau de pluie était de couleur noire. L’analyse d’échantillons a conclu à la présence de particules typiques de la combustion de matières végétales.

Alors que tous les regards se tournent vers l’Amazonie en flammes, Ricardo Salles, le ministre de l’environnement de Jair Bolsonaro (extrême droite), crie au « sensationnalisme ». Les satellites de la NASA sont pourtant formels. Une couche de fumée venue de la forêt amazonienne, ainsi que de pays voisins comme la Bolivie – où 470 000 hectares sont partis en fumée en quelques jours dans la Chiquitania, une zone du département de Santa Cruz de la Sierra –, s’est bien posée sur les Etats de Sao Paulo, mais aussi du Mato Grosso do Sul et du Parana (sud), à la faveur du passage d’un front d’air froid, décrypte Joselia Pegorim, météorologiste au Climatempo, un service météo privé.

Même l’Institut national de météorologie, lié au ministère de l’agriculture, a fini par reconnaître l’impact des queimadas, les incendies de forêt, sur les conditions atmosphériques de la mégapole brésilienne. « Le gouvernement a cependant essayé d’imputer l’essentiel du phénomène aux incendies en Bolivie et au Paraguay, observe Pedro Côrtes, professeur à l’institut d’énergie et d’environnement de l’université de Sao Paulo. Or, l’observation par satellite montre que les feux en Amazonie et dans le cerrado, la savane limitrophe de la forêt,sont en nombre beaucoup plus élevé. » Le ciel et les pluies chargés de suie qui ont médusé Sao Paulo sont le lot quotidien de ce Brésil « invisible ». Il aura fallu qu’il fasse quasiment nuit en plein jour dans la capitale économique

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