Irak: situation tendue à Kerbala, placée sous haute sécurité

Les manifestations antigouvernementales sont importantes à Kerbala. Chaque soir des altercations opposent contestataires et forces de l’ordre dans cette ville sainte chiite au sud de Bagdad.

La colère de la rue s’exprime vivement à Kerbala, ou du moins plus qu’ailleurs en Irak. La raison est simple : cette ville sainte abrite le clergé chiite irakien. Et c’est cette autorité religieuse qui donne le ton. Chaque vendredi le prêche de la grande prière conditionne les événements de la semaine qui suit. Il y a un mois, au début de ces manifestations, le clergé a donné raison au peuple, estimant ses revendications légitimes.


Et en cette veille de grande prière, la ville est donc sous tension. Des barrages filtrants installés aux portes de Kerbala. Seuls les résidents peuvent passer. Les autorités redoutent cette vague de manifestants qui convergent chaque jeudi vers la ville sainte pour grossir les cortèges du lendemain. Plusieurs véhicules en provenance de Bagdad, par exemple, ont dû rebrousser chemin sous nos yeux ce jeudi en fin de matinée.

La ville placée sous haute sécurité

Le dispositif sécuritaire est très important en ville. Comme à Bagdad, ici aussi, il y a une place Tahrir, occupée depuis plusieurs jours par des manifestants. Tahrir signifie en arabe « libération », une référence aux revendications des manifestants qui souhaitent se libérer d’un pouvoir jugé corrompu.

Chaque soir en tout cas il y a des affrontements entre forces de l’ordre et contestataires. La police antiémeute est déployée sur la principale avenue qui mène vers cette place Tahrir.

Les policiers que nous avons vus portent un casque et sont armés d’une simple matraque. Et hors de question de faire usage de la force, confiait un sous-officier. « Si nous le voulions, nous pourrions étouffer la contestation en quelques heures, mais nos ordres sont clairs : nous devons simplement contenir cette foule dont les revendications sont légitimes. »

Déjà au moins trois cents morts

Et pourtant depuis le début de ces événements près de 300 Irakiens ont été tués. Souvent dans des conditions assez floues. Une source au sein des forces de sécurité rencontrée à Bagdad a reconnu l’usage de la force pour repousser des casseurs qui tentaient par exemple de s’en prendre à des représentations diplomatiques étrangères.

Lorsqu’on évoque les violences avec les manifestants eux-mêmes, tous semblent catégoriques : leur mouvement est pacifique et le restera. Mais selon eux ce sont les autorités corrompues qui dirigent l’Irak qui sont à l’origine de ces troubles. On nous parle de tireurs embusqués qui ouvrent le feu sur la foule. Des mercenaires à la solde des partis politiques qui s’accrochent au pouvoir pour préserver leurs intérêts.

Ce sont ces mêmes « partis » qui missionneraient également des casseurs pour discréditer la contestation populaire.

Ce sont des problèmes sociaux économiques qui sont à l’origine de ce mouvement en Irak. De plus, ce n’est pas la première fois que le pays vit une telle situation de crise. Régulièrement depuis des années, les Irakiens manifestent pour exiger de meilleures conditions de vie : l’accès à l’eau, à l’électricité, aux soins à l’éducation, à l’emploi. Mais leur message n’a jamais été entendu.

Aujourd’hui la jeune génération laisse éclater sa colère contre une classe dirigeante accusée de corruption et accusée de ne défendre que ses propres intérêts et ceux de ses parrains étrangers.

Les manifestants en parlent sans complexe : notre pays n’est pas souverain. C’est comme s’il était sous mandant iranien. L’ombre de la République islamique plane sur tous les secteurs ici : la politique, l’économie, la religion, l’armée. Et ça, c’est inacceptable pour ces jeunes Irakiens qui promettent d’occuper l’espace public jusqu’à ce que leurs revendications soient entendues et que l’Irak retrouve sa souveraineté.

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