Israël : l’étau se resserre autour de Netanyahou

Alors que la formation du gouvernement est dans l’impasse, le Premier ministre israélien sortant est entendu par la justice dans trois affaires.

C’est bientôt l’heure de vérité pour Benyamin Netanyahou. Le Premier ministre sortant d’Israël comparaît à partir de ce mercredi devant le procureur général, Avichaï Mandelblit. Celui-ci a annoncé, en février, son intention de le mettre en examen dans trois affaires de corruption et d’abus de pouvoir, en raison de dons reçus de la part de milliardaires, d’échanges de bons procédés entre gouvernants et patrons et de tentatives de collusion avec la presse. L’échéance avait été reportée à plusieurs reprises en raison du calendrier électoral. Elle donne une dernière chance à ses avocats de le défendre, alors qu’il a été mandaté par le président Reuven Rivlin de former un nouveau gouvernement après les législatives du 17 septembre.

Pour Netanyahou, l’enjeu est sans doute le plus important de sa longue carrière – il est au pouvoir sans discontinuer depuis dix ans. Sa survie politique est suspendue à son sort judiciaire. De fait, toute la vie politique israélienne aussi. A chaque élection, “Bibi” ne cesse d’électriser et de polariser la société autour de sa personne, qui serait victime d’une prétendue “chasse aux sorcières” menée par des “élites” policières, médiatiques et judiciaires. 

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Jusqu’au bout, il a tenté de faire de ce rendez-vous une tribune en demandant, fait inédit, qu’il soit retransmis en direct à la télévision. Refus net du procureur. “Cette audition est destinée à convaincre les instances juridiques de l’innocence de votre client et non de convaincre le public, a-t-il répondu aux avocats de l’intéressé. Il s’agit d’une décision professionnelle qui doit rester indépendante de tout jugement extérieur ou pression politique.” Du coup, Netanyahou ne devrait pas se rendre au rendez-vous en personne : ses avocats le représenteront. Son implication dans trois dossiers, et non un seul, rend plus compliqué un classement sans suite. 

Un gouvernement dans l’impasse

Longtemps retardée, cette audition intervient alors que la formation du nouveau gouvernement est une nouvelle fois dans l’impasse : les deuxièmes élections législatives en cinq mois n’ont pas donné de majorité claire, ni au Likoud du Premier ministre sortant, ni au nouveau parti Bleu-Blanc de l’ancien chef d’état-major de l’armée, Benny Gantz. Le Likoud et ses alliés de l’ultra-droite et des partis religieux ont obtenu 55 sièges sur les 120 du Parlement. Bleu-blanc en a obtenu 54 en comptant ses soutiens au sein de la gauche et de deux partis arabes. 

Israël : l'étau se resserre autour de Netanyahou

Malgré les exhortations du président Rivlin à s’entendre, chaque camp essaie d’imposer son récit à une opinion publique lasse des combines politiciennes, en accusant l’autre de bloquer les pourparlers sur la formation d’un gouvernement d’union, dans lequel Netanyahou et Gantz seraient tour à tour Premier ministre. “Netanyahou cherche coûte que coûte à rester en position de force lors de ce processus judiciaire qui pourrait durer jusqu’à la fin de l’année, souligne David Khalfa, chercheur à l’Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE). Tout ce qui peut lui permettre de rester au pouvoir d’ici là est vital. La loi n’oblige pas un Premier ministre en exercice à démissionner en cas de mise en examen, ce qui explique son insistance pour être le premier à diriger un gouvernement d’union.” 

Vers un retour aux urnes ?

L’ancien général, lui, n’est pas hostile à une entente avec le Likoud, mais sans Netanyahou. Quant à l’ancien ministre de la Défense Avigdor Lieberman, opposé aux partis ultraorthodoxes et arabes, il refuse de choisir entre les deux rivaux. Netanyahou lui aurait pourtant également proposé une rotation au bout de deux ans. En vain. “Bibi” et “Benny” devaient se retrouver en début de soirée. Mais le parti de Gantz a annulé ce rendez-vous.  

Face à ce blocage inédit – entre 1984 et 1988, le travailliste Shimon Peres et Yitzhak Shamir du Likoud avaient accepté une telle rotation -, les analystes se perdent en conjectures. Si Netanyahou échoue à former un gouvernement dans un délai de 28 jours (auquel peuvent s’ajouter 14 autres), il devra redonner son mandat au président, lequel pourrait alors charger Benny Gantz de trouver une coalition. La situation étant inextricable, rien ne dit que le général y parviendrait davantage. A moins que Netanyahou soit mis en examen d’ici là et qu’une partie de ses soutiens, y compris au sein du Likoud, lui fassent défection. C’est, bien sûr, ce qu’espère son rival. Pour l’instant, le parti reste uni et fait bloc derrière son leader. Autre hypothèse : un retour aux urnes. Pour la troisième fois…

 lexpress.fr

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