Le confinement en France: pour combien de temps et comment en sortir?

Combien de temps va durer le confinement ? Va-t-il falloir passer par un dépistage massif, en France, pour lever ce confinement ? Le professeur Fontanet donne des éléments de réponse.

Le professeur Arnaud Fontanet est chef de l’unité d’épidémiologie des maladies émergentes à l’Institut Pasteur et professeur au Conservatoire national des arts et métiers. Il est membre du Conseil scientifique dans la gestion de la situation sanitaire liée au coronavirus, installé le 11 mars par le ministre français de la Santé, Olivier Véran, à la demande du président de la République.

RFI : Combien de temps va durer le confinement en France ?

Pr Arnaud Fontanet : Le confinement et la sortie du confinement vont dépendre des situations pour lesquelles cette stratégie du confinement a été décidée. Si on prend la situation de la France, le confinement a été décidé autour du 15 mars, parce que l’on voyait un afflux massif de patients vers les services de réanimation, dans les régions les plus touchées par l’épidémie : le Grand Est, l’Île-de-France, les Hauts-de-France… Il fallait bloquer cet afflux en anticipation d’une possible saturation, deux à trois semaines plus tard. Pour bloquer l’afflux, nous avons décidé en France de mettre en place ce confinement. Nous espérons en voir les résultats dans le courant de cette semaine. Cela devrait nous permettre de voir le nombre d’admissions dans les lits de réanimation diminuer dans les régions les plus touchées. Cela dépend aussi du respect du confinement.

D’autres pays n’ont pas encore d’épidémie, mais ils ont décidé de mettre en place le confinement de façon préventive, après avoir vu ce qu’il se passait en Italie, en Espagne ou en France… Ils ont donc mis en place un confinement pour limiter d’emblée la circulation du virus sur le territoire. C’est une mesure qui va permettre de ralentir et peut-être de se préparer un peu mieux. Le confinement apporte une solution sur le court terme, mais ce n’est pas une solution de long terme. Le jour où vous retirez le confinement, le virus se remet à circuler puisque personne n’a été infecté. Vous vous retrouvez un peu dans la situation dans laquelle vous étiez avant le confinement. Dans ces pays qui ont mis en place un confinement, alors qu’ils n’avaient pas de situation urgente par rapport à leurs lits de réanimation, c’est du temps gagné pour se préparer. Cela peut permettre de faire monter en puissance la capacité à faire des tests diagnostics, préparer les équipes de logistique pour aller identifier les cas et leurs contacts, pour les placer en isolement, préparer des lits d’hospitalisation (et éventuellement les lits de réanimation…). Ils lèveront progressivement le confinement lorsqu’ils seront capables de faire face à une augmentation du nombre de cas.

Ce sont deux situations différentes et leurs critères de levée de confinement sont différents.

Va-t-il falloir passer par un dépistage massif, en France, pour lever le confinement ?

Il y a deux types de tests qui peuvent être pratiqués. Les tests qui vous disent si vous avez une infection aiguë : c’est le test que l’on pratique avec un prélèvement dans le nez et-ou dans la gorge (test PCR). Le résultat permet de savoir si l’on est malade et dans ce cas, de s’isoler.

Il y aura d’autres tests qui vont être disponibles assez rapidement (fin avril, NDLR). Ces tests permettront de savoir si vous avez été infecté ou pas. Ces tests reposent sur le dépistage des anticorps dans le sang. Le corps produit ces anticorps, quand il a été infecté. On peut imaginer, sur le court terme, que des personnes ayant des anticorps seront protégées pour ce coronavirus, comme ils le sont pour d’autres coronavirus. Nous n’avons pas encore de données solides à ce sujet, mais c’est le scénario le plus probable.

On peut espérer qu’avec ces différents tests, on pourra réfléchir à nos stratégies de sortie de confinement. Je ne dirai pas que le test massif serait une solution, car le test PCR, que l’on utilise aujourd’hui, donne une réponse à un instant donné, mais n’indique en revanche absolument pas si vous serez infecté trois jours plus tard. On ne peut pas répéter les dépistages massifs en permanence. Quand on lèvera le confinement, le virus circulera beaucoup moins dans la population française, mais des foyers réapparaîtront à partir de cas passés inaperçus, ou de l’importation de cas étrangers… On ira sur place, on testera immédiatement, on isolera, on regardera les cas contacts.

Et les personnes fragiles n’ayant pas été contaminées ne voudront pas s’exposer en ressortant du jour au lendemain…

Quand on parle de levée de confinement, on parle d’une levée très progressive. Les personnes vulnérables (personnes de plus de 65 ans, celles ayant des comorbidités, etc.) auront probablement des modalités de sortie de confinement beaucoup plus prudentes que les autres. De toutes façons, ce sera quelque chose de progressif, gradué et épaulé en parallèle par la disponibilité de tests pour surveiller l’apparition de nouveaux foyers.