Le corps d’un général napoléonien retrouvé en Russie deux siècles après sa mort

Archaeologists work on July 7, 2019 at a site of the supposed burial place of French General Charles Etienne Gudin de la Sablonniere in Smolensk. - A mystery of more than 200 years may be about to be solved: a team of Franco-Russian archaeologists believe they have found the remains of a French general who died in 1812 during Napoleon's Russian campaign. (Photo by Denis Maximov / AFP)

La campagne de Russie n’a pas encore livré tous ses secrets. À Smolensk, là même où a eu lieu la bataille de Valoutina Gora, le corps du général Charles Étienne Gudin a été identifié. Le test ADN a permis de confirmer la découverte faite en juillet par une équipe d’archéologues franco-russe, comme le rapporte Le Point .


Le corps de l’officier de l’armée française avait été retrouvé entre les débris d’un cercueil en bois. Les chercheurs avaient reconnu le général Gudin, mort en 1812 à Smolensk, en raison de la jambe manquante du cadavre. Celle de l’officier avait dû être amputée après avoir été fauchée par un boulet de canon ennemi. Il est mort trois jours plus tard de la gangrène, à 44 ans.


Afin de confirmer cette découverte, des prélèvements ont été réalisés sur les restes des membres de sa famille. Les tests menés sur son frère, sa mère et son fils se sont avérés positifs. Ce dernier, nommé Charles Gabriel César, avait accompagné Napoléon le soir de Waterloo. C’est à lui que l’empereur aurait remis la lunette dans laquelle il venait de voir la garde s’effondrer, entraînant l’Empire avec elle, avant de lui ordonner de fuir le champ de bataille.

L’exhumation a eu lieu le 16 octobre au caveau familial, dans le petit cimetière de Saint-Maurice d’Aveyron (Loiret). «Ça ne m’enchantait pas, mais c’était la seule solution pour être sûr que c’était bien lui, affirme Albéric d’Orléans, l’un de ses descendants, au Point. Je tenais, par respect, à ce que cela se fasse de façon privée.» Les prélèvements ont été effectués par l’équipe de Michel Signoli, anthropologue de l’université d’Aix-Marseille, en présence du maire et du sous-préfet.

«Un intérêt historique indéniable»
À l’origine de ce projet se trouve la Fondation pour le développement des initiatives historiques franco-russes, créée par le Français Pierre Malinowski, réputé proche de Vladimir Poutine. C’est lui qui avait rendu possibles les fouilles du 7 juillet dernier, qui avaient mis au jour les restes du général d’Empire.

«Les fouilles auront des conséquences sur la bataille de Valoutina Gora et celle – à laquelle elle est liée – de Smolensk. Elles ont un intérêt historique indéniable», se félicitait l’historien David Chanteranne, conservateur du Musée Napoléon de Brienne-le-Château.


En août 1812, les troupes françaises et les armées du Tsar s’affrontent aux confins de la grande Russie. Sous le commandement du maréchal Ney, le général Gudin dirige 10.000 hommes et une quinzaine de canons. «Il était un des officiers les plus distingués de l’armée ; il était recommandable par ses qualités morales autant que par sa bravoure et son intrépidité», écrivait Bonaparte au lendemain de la mort de son soldat. On dit qu’Étienne Gudin est mort dans les bras de Napoléon, en larmes. Le souverain portait une attention particulière à ce général courageux, l’un des 1 500 qui le servirent au cours de ses campagnes.


Né à Montargis en 1768, Charles Étienne Gudin étudie à l’école de Brienne et côtoie, jeune, Napoléon. Passé lieutenant en 1791, il connaît ses premiers faits d’armes dans l’armée du Rhin en 1795 et devient général de division en 1800. Six ans plus tard, son dévouement et son intelligence tactique le font briller à la bataille d’Auerstaedt ; Napoléon le fait défiler en tête des troupes. En 1809, il est blessé à Wagram. L’officier se distingue une dernière fois pendant la campagne de Russie, lancée en juin 1812, avant d’y trouver la mort.

Seul élément conservé jusqu’à aujourd’hui, le cœur du militaire, depuis 1822 au Père-Lachaise. «Son corps a été inhumé dans la citadelle de Smolensk. Son cœur, rapporté en France par ordre de l’Empereur Napoléon Ier, repose ici…», peut-on lire sur la sépulture parisienne. Le nom de Charles Étienne Gudin est aussi gravé sur l’Arc de Triomphe de l’Étoile et son buste se trouve dans la galerie des batailles du château de Versailles.

Albéric d’Orléans, lui, espère voir la France rendre hommage à son aïeul retrouvé, comme il le confie au Point: «Je souhaite évidemment qu’il soit honoré lors d’une cérémonie aux Invalides.»

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