Le Drian (II), le meilleur allié de Driss Déby à Paris

Patron du Quai d’Orsay, Jean Yves Le Drian assume publiquement sa proximité avec le dictateur tchadien Idriss Déby qui règne sans partage depuis 29 années sur le Tchad. .

Le Drian (II), le meilleur allié de Driss Déby à Paris

Il faut reconnaître à Jean-Yves Le Drian, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, une grande qualité : il sait se mouiller la chemise pour ses amis, surtout les dictateurs africains.

« La France est intervenue au Tchad pour empêcher un coup d’Etat », a-t-il affirmé  sans se démonter face aux parlementaires français qui s’interrogeaient, après une bonne partie de la société civile, sur le bien-fondé de l’intervention militaire française des 5 et 6 février 2019 contre des rebelles tchadiens qui marchaient sur N’Djamena. En décembre 1990, cette même France, qui avait pourtant des soldats stationnés au Tchad dans le cadre de l’opération Epervier, n’était pas intervenue lorsque des éléments rebelles partis du Soudan avec à leur tête un certain Idriss Déby étaient venus prendre le pouvoir à N’Djamena. Déby avait alors chassé du pouvoir par les armes le chef de l’Etat de l’époque Hussein Habré, qui n’était plus en odeur de sainteté à Paris. Pour la France, ce n’était pas un coup d’Etat. Mais une affaire entre Tchadiens.

 Changeant son logiciel d’analyse, en février 2008 déjà, la France avait aidé Déby à rester au pouvoir alors que les rebelles avaient pris deux tiers de la capitale tchadienne. Bernard Kouchner, patron du Quai d’Orsay à cette époque, s’était abstenu d’assumer publiquement le rôle de la France. Autre ministre, autre époque : Le Drian estime que « l’ami Déby » vaut bien la peine qu’il monte au créneau pour défendre une intervention militaire discutable à bien des égards.

Un vieux compagnonnage

Le Drian (II), le meilleur allié de Driss Déby à Paris

Le compagnonnage entre Déby et Le Drian commence lorsque celui-ci était au ministère des armées sous le quinquennat de François Hollande. Arrivé avec la conviction de bousculer la Françafrique, Hollande choisit de tenir loin des ours de l’Elysée les chefs d’Etat africains qui s’accrochent depuis très longtemps au pouvoir. Parmi eux, le Tchadien  Idriss Déby qui totalisait 22 ans de pouvoir en 2012. Malgré d’incessantes démarches, Déby ne parvient pas à décrocher un tête-à-tête à l’Elysée avec son nouvel homologue français. Le chef de l’Etat tchadien finit par se fâcher. Et pour manifester ouvertement son agacement, il choisit de boycotter ostensiblement le XIV è Sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) qui se tient en novembre 2012 à Kinshasa.

A Paris, la crise larvée entre Hollande et Déby déconcerte Le Drian, ses généraux et les soutiens du président tchadien à la DGSE. Comment ressouder les liens entre Hollande et Déby ? Par quel bout prendre cette affaire pour convaincre le nouveau président que Déby, au pouvoir depuis si longtemps, abonné aux élections truquées et à la répression de l’opposition et de la société civile, doit rester, malgré tout, fréquentable pour a France ? Les uns et les autres se perdaient en conjecture lorsqu’en janvier 2013, la France se voit obligée d’intervenir au Mali pour stopper l’avancée des groupes djihadiste partis du Nord sur Bamako la capitale. Bien que mobilisés entièrement sur l’urgence malienne, Le Drian et ses généraux trouvent le temps de voir dans cette intervention au Mali une excellente opportunité pour remettre en selle Déby et convaincre le président Hollande qu’il n’a d’autre choix que de travailler avec son homologue tchadien.

Discrètement,  Le Drian convainc Déby de préparer un contingent qu’il enverrait au Mali combattre les djihadistes aux côtés de l’armée française. Pour donner de la forme à tout ça, le président malien Dioncounda Traoré est encouragé à adresser une demande d’intervention formelle au Tchad.

Le stratagème fonctionne à merveille : l’armée tchadienne intervient massivement au Mali. Elle illustre sa bravoure et son professionnalisme lors de la traque franco-tchadienne des djihadistes dans l’Adrar des Ifoghas. Déby gagne ainsi ses galons d’allié incontournable de la France dans la lutte contre le terrorisme.

Circulez, il n’y a rien à voir

Moins d’un an après le début de l’opération Serval au Mali, la Centrafrique s’embrase en décembre 2013. La France se trouve contrainte de lancer l’opération Sangaris dans son ex-colonie centrafricaine. En tant que ministre des armées, Le Drian est en première ligne : il décide de jouer à nouveau la carte Idriss Déby.

C’est via le chef de l’Etat tchadien que Paris passe pour communiquer avec les chefs de la Seleka, mouvement rebelle qui a chassé du pouvoir le président François Bozizé. C’est d’ailleurs de N’Djamena où a été convoqué que Michel Djotodia, chef de la Seleka, annonce en janvier 2014 sa démission de son poste de chef de l’Etat centrafricain et la mise en place d’une transition dirigée par Cathérine Samba Panza.

Sous la férule de Jean-Yves Le Drian,  Idriss Déby tient désormais la France qui ne trouve rien à redire à ses errements. En avril 2016, le président tchadien organise une élection truquée et se déclare vainqueur dès le premier tour en faisant tirer à l’arme lourde toute la nuit de la proclamation de sa victoire et en menaçant ses adversaires malheureux. Non seulement la France fait semblant de ne rien voir ni entendre, mais Le Drian interrompt ses vacances estivales  pour assister en aout à la prestation de serment de son ami Déby.

NicolasBeau-mondafrique

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