Le gouvernement pas si inquiet par la déroute du nouveau réacteur nucléaire français

La France souhaite établir de nouveaux standards en matière d’énergie nucléaire avec l’introduction du dernier réacteur à «eau pressurisée européen (EPR)». Le gouvernement français veut mettre en service six nouvelles centrales nucléaires de type EPR et persiste toujours dans cette ambition. Ce projet est, cependant, mis sur la glace en raison de nombreuses pannes en 2007. De nombreuses personnes issues des organisations luttant contre le nucléaire mais aussi des politiques critiquent le projet EPR.

L’EPR, qui devrait lancer une nouvelle étape dans la technologie nucléaire en France, est sur le point de devenir une catastrophe. Ce nouveau type de réacteur est de plus en plus considéré comme étant une bérézina nationale poussant le ministre français des Affaires économiques à intervenir. En juillet 2019, Bruno Le Maire a demandé la réalisation d’un audit sur le chantier de l’EPR d’EDF. Ce chantier de Flamanville accuse des déboires à répétition et le ministre de l’Economie a souhaité obtenir de la «transparence». «Je crois que ces incidents à répétition ne sont pas acceptables, ils ne sont pas compréhensibles. Ils ne sont pas acceptables de la part d’une filière nucléaire qui est un fleuron français» avait alors déclaré le ministre. A la livraison de l’audit Bruno Le Maire parle d’échec: «C’est un échec pour l’ensemble de l’industrie nucléaire française. Nous devons reconnaître cet échec, en tirer les leçons et en tirer toutes les conséquences nécessaires». Le rapport réalisé par  l’ex-PDG de PSA Peugeot Citroën, Jean-Martin Folz,  de 34 pages, qui a été aussi remis à la ministre de la Transition écologique,  montre l’existence de nombreux défauts et incidents qui vont des problèmes de béton aux défauts d’exécution des travaux.  «Le béton a été loupé et il a fallu quatre ans, en gros, pour le réussir» a déclaré Bernard Laponche, polytechnicien et physicien nucléaire, de l’association Global Chance. Des soudures non conformes à la sécurité ont été découvertes dans une zone d’installation importante mais inaccessible. Le chantier de Flamanville, qui devait être terminé en 2010, accuse un gros retard. Actuellement, la livraison du projet est remise à 2022.

L’échec de l’EPR se voit dans l’augmentation des coûts. «La construction du réacteur de Flamanville devrait coûter un peu plus de trois milliards d’euros et durer quatre ans et demi. Maintenant, il coûte quatre fois plus cher et sa construction prend 15 ans» dénonce les associations écologiques. Ce rapport sur l’industrie nucléaire française apporte la preuve que les compétences techniques en France accusent une baisse de qualité. La nouveauté est que ce rapport a été rendu public alors que cela n’était pas le cas avant.  Mycle Schneider, l’activiste anti-nucléaire et expert en politique énergétique, tout comme, par exemple, les activistes de «Sortir du nucléaire», évoquent un «fiasco» du modèle français: «Les mots très inhabituellement clairs et acerbes indiquent clairement qu’il s’agit d’un fiasco et que cela concerne toute la chaîne de responsabilité. En d’autres termes, il n’y a pas un seul phénomène, mais en gros, tout a échoué, des compétences des travailleurs de la construction à la direction générale».

Malgré les nombreuses failles dans le projet, Paris veut toujours mener ses plans ambitieux ce que confirme un article paru ce 6 novembre dans la revue Techniques de l’Ingénieur. On apprend que l’ambition du gouvernement reste ferme et qu’il souhaite continuer la construction de l’EPR. «Le rapport remis aux ministres de l’Economie, Bruno Le Maire, et de la Transition écologique, Elisabeth Borne, par Jean-Martin Folz dresse, certes, un constat accablant «d’échec» du projet de construction d’un premier EPR en France, à Flamanville. Néanmoins, une lecture attentive donne de sérieuses pistes pour une remise en marche de la filière nucléaire… Et à terme, de nouveaux réacteurs» écrit le journal spécialisé. La raison est qu’il existe deux EPR chinois et qu’ils, selon les autorités françaises, fonctionnent normalement. Le gouvernement français a pour «objectif d’améliorer la formation pour les soudures, de rationaliser et de simplifier l’organisation des ressources scientifiques et techniques dans les projets nucléaires» en comptant sur une profonde remise à niveau des capacités industrielles et des ressources humaines» souligne Techniques de l’Ingénieur .

Olivier Renault

source:http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1213

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