Le spectre du retour possible de Bozizé hante le pouvoir centrafricain

En Centrafrique, la rumeur enfle sur un prochain retour au pays de l’ex Président François Bozize, réfugié en Ouganda sous mandat international.

Intoxication ou information, dans les deux cas, la fébrilité du président Touadera et de son clan s’est accentuée avec la perspective d’un possible retour au pays de François Bozizé. Avec la perspective des élections législatives et présidentielle prévues fin 2020-début 2021, le spectre de l’ancien Président obsède l’actuel pouvoir centrafricain.

Triste anniversaire de l’indépendance

En Centrafrique, le 1er décembre, anniversaire de la création de la République centrafricaine en 1958, fait office de fête nationale, tandis que le 13 août commémore l’indépendance de 1960. Chaque année, outre les discours officiels, les hommages à Barthélémy Boganda et les réceptions convenues, le 13 août est marqué par des festivités populaires comme compétitions sportives, concerts et concours divers. En 2019, cet anniversaire est passé inaperçu à Bangui. Vu l’état de l’arrière-pays, il y est ignoré.

 Visiblement marqué par les événements récents du désastre écologique causé par les entreprises chinoises, le DDRR qui ne prend pas, les groupes armés qui poussent leurs avantages de l’Accord de Khartoum et surtout l’opposition désormais frontale du Kwa Na Kwa (KNK) parti de François Bozize, le Président Touadera paraît très préoccupé, d’autant que son ancien mentor est annoncé pour un retour qui risque fort d’être difficile à gérer. Ce 13 août, il s’est contenté de déposer une gerbe au monument de Barthélémy Boganda et fait un discours à la Nation, insipide en reprenant ses antiennes habituelles. Pour une grande majorité de Centrafricains, les mots de Paix, Justice, Sécurité, Réconciliation, Désarmement, et Démocratie n’ont plus beaucoup de valeur dans sa bouche. Les Centrafricains savent bien que sa réélection en 2020 est son principal objectif. Pour ce projet de remake du hold up électoral du tandem Bozize-Touadera de 2011, la corruption, les pots-de-vin et les détournement de deniers publics atteignent des sommets, rarement atteints depuis le 13 août 1960. Même la Haute autorité pour la bonne gouvernance, jusqu’à maintenant institution cosmétique, a stigmatisé la disparition de l’état de droit et les errances du pouvoir exécutif. Dans ce contexte, la réapparition de François Bozize pourrait bien déjouer les plans de Faustin-Archange Touadera, car il aura affaire à un orfèvre en coups d’état et en hold up électoral.

François Bozize très courtisé

 Actuellement exilé en Ouganda, l’ancien président ( 2003-2013) effectuent des voyages en dépit de leur interdiction. Dans ces escales, il y rencontre de nombreux partisans, des personnalités et d’anciens ministres de son pays. Bertin Béa qui assure la présidence par intérim du KNK multiplie les rencontres notamment à l’étranger, comme en France récemment. Avec le concours actif de son fils, Jean-Francis Bozize, qui était son ministre de la Défense très apprécié des officiers et sous-officiers, le congrès du KNK se tient du 12 au 16 août.  Il a déjà permis de rompre tout soutien au président Touadera, qui devait beaucoup au KNK pour son élection de 2016, mais surtout d’annoncer la prochaine candidature de François Bozize pour l’élection de 2020. Après son ouverture à Bangui,  le congrès se transportera ensuite à Bossangoa fief de Bozize et des Gbaya, ethnie majoritaire dans l’Ouest qui accepte mal la place faite aux ex Seleka dans l’Accord de Khartoum. La Seleka  avait renversé le président Bozize en 2013. 
Jean-Francis Bozize, qui a oublié son contrôle judiciaire, a annoncé le prochain retour de son père. En août 2016, n’avait-Il pas forcé la main à la Minusca qui l’avait arrêté à son retour d’exil et mobilisé le KNK pour sa libération immédiate?  Cet ancien du Régiment parachutiste d’infanterie de marine de Frejus ( France) a commencé la restructuration du KNK et lancé la campagne de nouvelles adhésions. Les anciens bozizistes reprennent du service au sein du parti qui était moribond. Jean-Francis Bozize reprend contact avec les militaires qu’il avait bien connus notamment d’anciens généraux qui ont été mis à la retraite par le président Touadera. 

Le président Touadera face au dilemme du retour de Bozize
François Bozize va-t-il braver les sanctions dont il fait l’objet ? Son fils a réussi à revenir en Centrafrique en évitant la case prison et la privation de ses biens. En sera-t-il de même pour l’ancien chef de l’État ? De nombreux Centrafricains évoquent ouvertement les « deux poids, deux mesures « . Les ex Seleka, auteurs du coup d’État contre Bozize, comme Nourredine Adam, Ali Darass, Abdoulaye Hissen ou al-Katim, également sous sanctions et interdiction de voyager ont signé l’Accord de Khartoum et sont désormais représentés dans le gouvernement, les services présidentiels et la haute fonction publique. Il est effectivement difficile d’évoquer l’équité avec le sort réservé à François Bozize. Une normalisation concernant les anciens chefs de l’État pourrait être sur la Table du président Touadera afin de conforter la réconciliation nationale.


Toutefois, une telle solution ne ferait pas disparaitre les tourments de Faustin-Archange Touadera. Une fois revenu à Bangui, François Bozize voudra certainement redevenir chef de l’État. Pourra-t-Il être candidat ? Il y a de fortes chances qu’il soit déclaré non éligible. Quelle serait alors la réaction des bozizistes et d’une grande partie de la population de l’Ouest centrafricain et de Bangui où il est resté malgré tout populaire ? En cas d’éligibilité, les deux auteurs du hold up électoral de 2011 devraient s’affronter….

Évidemment, le microcosme politique centrafricain, figé depuis plus de deux décennies ne pensent qu’à ce mirage de la démocratie que sont les élections centrafricaines. Pendant ce temps là, plus de la moitié de la population vit en insécurité alimentaire grave, plus du quart sont soit des déplacés ou des réfugiés, les indices de développement humain et de gouvernance sont les plus mauvais de la planète, l’espérance de vie passe sous les 45 ans et les trois quart du pays ne sont pas contrôlés par l’Etat. Le dernier quart vaut-il mieux que les trois autres ?

mondafrique.com-By Aza Boukhris