Liban: casse-tête au sommet de l’État, la rue toujours mobilisée

Journée de mobilisation ce dimanche 3 novembre avec une manifestation de soutien au président Michel Aoun le matin et des rassemblements organisés par le mouvement de contestation dans de nombreuses villes le soir. Après trois jours d’accalmie, la fermeture des routes a repris dans tout le pays dans la nuit, alors qu’aucun successeur au Premier ministre démissionnaire Saad Hariri n’a encore été nommé.

Des consultations parlementaires doivent être menées par le président de la République Michel Aoun pour choisir un nouveau Premier ministre. Mais le chef de l’État n’a toujours pas fixé la date de ce processus constitutionnel, six jours après la démission de Saad Hariri.

Michel Aoun et ses alliés, notamment le Hezbollah, veulent s’entendre d’abord avec les autres forces politiques sur la forme du prochain gouvernement. Ils doivent prendre en compte les exigences des contestataires, d’un cabinet de personnalités indépendantes. Cette demande est jugée difficile à satisfaire, car même un tel gouvernement doit obtenir la confiance du Parlement, qui reste dominé par les grands partis politiques traditionnels.

Les négociations achoppent sur le nom du futur Premier ministre et Saad Hariri fait figure de favori. Mais il veut avoir les coudées franches pour former le gouvernement, en écartant des personnalités qui ne sont pas appréciées des contestataires, comme le ministre des Affaires étrangères et gendre du président, Gebran Bassil.

Toutefois, le camp présidentiel et le Hezbollah estiment que Hariri étant lui-même chef d’un parti politique, il n’y a aucune raison qu’il dirige un gouvernement d’où seraient exclues des personnalités qui ont un profil similaire.

Pour surmonter cet obstacle, l’idée d’un gouvernement de technocrates au sein duquel siègeraient quelques figures politiques fait son chemin. Reste à savoir si les contestataires accepteraient cette demi-mesure.

De Beyrouth à Tripoli, la rue mobilisée

Des contestataires qui sont de nouveau descendus dans les rues par milliers ce dimanche à Beyrouth et d’autres grandes villes, quelques heures après un vaste rassemblement des partisans du président Michel Aoun. La mobilisation ne désenfle pas depuis deux semaines.

Chaque soir à Tripoli, la place Al Nour résonne de slogans révolutionnaires sur fond de musique électro. Et la foule qui danse et chante est toujours au rendez-vous, constate notre envoyée spéciale Murielle Paradon. Comme Fadela, une jeune étudiante de 21 ans. « Tripoli, c’est bien connu est une des villes les plus pauvres du pays… C’est pour cela que les gens descendent massivement dans la rue pour s’exprimer ».

Ce qui frappe est la diversité de la population qui manifeste avec enthousiasme dans cette ville de Tripoli réputée conservatrice. Homeida porte le voile, c’est une mère de famille de 5 enfants. « On pensait qu’ici il n’y avait qu’une seule confession, musulmane, bien qu’il y ait des chrétiens aussi, mais en fait on est tous d’une seule confession, on est tous unis contre la corruption ».

La lutte contre la pauvreté ou la corruption, des demandes phares des manifestants. Yahya, un retraité, espère que le futur gouvernement pourra y répondre mais il n’est pas très optimiste. « Ça devrait être un gouvernement de technocrates mais je pense qu’il y aura encore des politiques, car ils voudront sauver leur peau ! Ce ne sera donc pas un gouvernement formé honnêtement. Il faudrait une supervision internationale pour contrôler ça. »

En attendant la nomination d’un nouveau gouvernement, Tripoli reste mobilisé et continue d’appeler à la révolution.

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