L’Italie bloque deux avions d’ONG repérant les bateaux de migrants en mer Méditerranée

Le Moonbird, avion de l’ONG allemande Sea-Watch et le Colibri, de l’ONG française Pilotes volontaires, sont désormais bloqués en Italie, suite à une décision de l’aviation civile italienne. Inquiètes, les ONG tentent de se défendre juridiquement et de trouver des solutions alternatives pour continuer à survoler la Méditerranée.

Après les bateaux humanitaires, les avions de repérage d’embarcation de migrants sont à leur tour visés par les autorités italiennes. Sur ordre de l’aviation civile nationale, le Moonbird de l’ONG allemande Sea-Watch et le Colibri de l’ONG française Pilotes volontaires sont actuellement immobilisés sur le sol italien.

Ces deux petits avions contrôlent, depuis 2017, les positions des bateaux de migrants en Méditerranée et préviennent les ONG humanitaires en cas de naufrage.

L’Italie a, en effet, interdit aux deux avions de pénétrer dans son espace aérien, l’aviation civile italienne exigeant qu’ils soient “seulement utilisés pour des activités non professionnelles ou de loisirs”.

“Les raisons sont politiques. Notre mission est en règle avec les normes nationales et italiennes”, a réagi Ruben Neugebauer, porte-parole de l’ONG Sea-Watch, dans le journal espagnol en ligne El Diario.

Le Colibri, est, lui, bloqué depuis le 30 juillet sur l’île italienne de Lampedusa, sur ordre de l’aviation civile italienne. “Celle-ci sous-entend, notamment, dans le courrier que nous avons reçu, que nous avons bricolé le réservoir pour pouvoir verser plus d’essence. C’est faux : notre avion a été conçu avec un deuxième réservoir, plus grand, conformément à la loi”, se défend José Benavente, cofondateur de Pilotes volontaires, contacté par InfoMigrants.

L’aviation civile italienne considère également la mission de patrouille du Colibri comme une “opération spéciale” incompatible avec le type d’avion utilisé par l’ONG. Pilotes volontaires s’est alors défendu, en rejetant cet argument, affirmant qu’aucun équipement particulier n’est installé à bord de l’avion.

Malgré cette décision de l’aviation civile italienne, Pilotes volontaires poursuit son activité. “En attendant de pouvoir utiliser le Colibri, nous louons un autre avion. La location prend fin dans deux jours donc nous sommes à la recherche d’un autre appareil”, précise José Benavente, qui prévoit, à terme, une levée de fond pour acheter un second avion.

En parallèle, l’ONG, soutenue par des avocats spécialistes de l’aviation, est actuellement en pleine discussion avec les autorités italiennes pour pouvoir annuler cette décision. Pour le moment, Pilotes volontaires ne connaît pas la durée d’immobilisation du Colibri, faute de réponse des autorités.

Le pilote, qui a acheté le Colibri avec Benoît Micolon, l’autre cofondateur, se dit plutôt étonné de la réaction des Italiens. “Pourquoi bloquent-ils aujourd’hui le Colibri alors qu’ils nous ont autorisé 82 vols depuis mai 2018 ?, se demande-t-il. Nous n’avons jamais opéré dans la clandestinité. À chaque fois que nous partons, nous avertissons l’aviation civile italienne et les gardes-côtes.”

Suite à cette première entrave de la part des Italiens, José Benavente s’interroge sur le lien avec le contexte politique italien. “Il n’est pas improbable que cette décision soit politique mais nous nous gardons de tirer des conclusions hâtives, commente-il. Nous considérons que sauver des personnes en mer n’est pas une question politique mais d’humanité.”

Un blocage probablement lié à la politique d’accueil italienne

Pourtant, le pilote se réjouit de l’éviction de Matteo Salvini du gouvernement italien. “Nous espérons que ce changement politique sera plus propice à l’organisation de secours en mer et à des décisions plus humaines et raisonnables”, affirme-t-il.

Depuis plus d’un an, l’ONG Pilotes volontaires affirme être venue en aide à 71 bateaux en détresse avec à leur bord près de 6 000 personnes.

Alors que les traversées de la Méditerranée se multiplient à cette période de l’année, l’immobilisation du Moonbird et du Colibri ajoute une difficulté supplémentaire aux bateaux humanitaires venant en aide aux embarcations de migrants. L’association de moyens aériens et maritimes, permet, en effet, de détecter plus facilement les bateaux, difficilement repérables par les navires humanitaires.