ONU: accusé d’abus de pouvoir, le chargé des réfugiés palestiniens démissionne

Coup de théâtre aux Nations unies : le chef de l’agence de l’ONU, Pierre Krahenbuhl, a démissionné ce mercredi 6 novembre quelques heures après sa mise à pied « administrative ». Il est accusé depuis plusieurs mois d’abus de pouvoir. Mais cette soudaine chute en surprend d’autres.

Le secrétaire général des Nations unies n’aura pas attendu la fin de l’enquête interne pour mettre à pied de façon administrative Pierre Krahenbuhl, le chef de l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens, l’UNRWA. Et le Suisse, qui avait nié jusqu’ici les exactions qui lui étaient reprochées, a préféré démissionner immédiatement.

Pour l’instant, l’enquête ne retient que des problèmes de gestion, et aucunement des détournements de fonds ou de la fraude, comme cela avait été suggéré dans le rapport qui a fuité cet été.

L’ONU n’a pas non plus confirmé si ces soucis de gestion englobaient les accusations « d’agissements à caractère sexuel inappropriés et de népotisme ». Le commissaire général de l’UNRWA aurait noué une relation amoureuse avec sa conseillère principale, qui aurait aussi voyagé avec lui en classe affaires lors de ses déplacements. D’autres hauts responsables étaient également visés, ils sont encore en mise à pied provisoire.

C’est une nouvelle difficulté qui met à mal la crédibilité de l’UNRWA alors que l’agence est déjà ébranlée par des difficultés de liquidités, depuis que les États-Unis, pro-israéliens, ont décidé de stopper leur dotation en décembre dernier.

Et ce scandale sera un argument de plus dont vont se servir les opposants à l’agence pour les réfugiés palestiniens, alors que son mandat – qui doit être renouvelé en juin prochain , sera discuté dans quelques jours à l’Assemblée générale de l’ONU.

Victime d’un coup bas?

Les réactions sont pour le moins mitigées aux Nations unies. Si les diplomates et les acteurs de l’industrie humanitaire sont soulagés de dégager l’UNRWA de l’affaire qui compromet un groupe de ses hauts responsables depuis cet été, nombreux sont ceux qui restent prudents, surpris par les allégations qui ont conduit Pierre Krahenbuhl à quitter son poste. Ils craignent qu’il n’ait fait l’objet d’une attaque ciblant l’agence – l’UNRWA étant à lui-même un « acteur » incontournable du conflit israélo-palestinien.

À la Croix-Rouge, où il a été le directeur des opérations pendant 12 ans avant de rejoindre l’ONU, c’est le choc: on ne comprend pas les accusations portées contre l’homme à la réputation intègre, et qui fait l’unanimité au CICR. Pierre Krahenbuhl affirme que l’enquête interne de l’ONU le blanchit d’accusations de détournements de fonds et d’avoir eu des relations intimes avec une collaboratrice, et a aussi laissé entendre hier soir à la Télévision suisse romande qu’il avait pu être visé.

Ce n’est un secret pour personne : l’UNRWA, l’agence onusienne qui prend en charge 5,5 millions de Palestiniens, est dans le collimateur d’Israël, et de son allié américain. Ceux-ci réclament la fin du statut spécial des descendants de réfugiés, qui héritent eux-mêmes du titre directement à leur naissance, et ce, depuis 1948 – ils ont même stoppé leur financement depuis décembre dernier.

Pour pallier le manque des 350 millions de dollars américains, Pierre Krahenbuhl avait levé 450 millions en quelques mois, après une campagne de financement très active auprès des pays du Moyen-Orient.

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