S’attaquer aux racines du djihadisme

TOPSHOT - An aerial view taken on October 27, 2019 shows the site that was hit by helicopter gunfire which reportedly killed nine people near the northwestern Syrian village of Barisha in the Idlib province along the border with Turkey, where "groups linked to the Islamic State (IS) group" were present, according to a Britain-based war monitor with sources inside Syria. The helicopters targeted a home and a car on the outskirts of Barisha, the Syrian Observatory for Human Rights said, after US media said IS leader Abu Bakr al-Baghdadi was believed to be dead following a US military raid in the same province. Observatory chief Rami Abdel Rahman said the helicopters likely belonged to the US-led military coalition that has been fighting the extremist group in Syria. / AFP / Omar HAJ KADOUR

Editorial. La bataille contre le djihadisme reste un combat de longue haleine, autant politique et culturel que militaire.

Editorial du « Monde ». La mort d’Abou Bakr Al-Baghdadi, chef de l’organisation Etat islamique (EI), tué dimanche 27 octobre dans la région d’Idlib, en Syrie, lors d’un raid des forces spéciales américaines, est, comme celle en 2011 d’Oussama Ben Laden, le dirigeant d’Al-Qaida, à Abbottabad, au Pakistan, un jalon important dans la lutte antidjihadiste. Dans la guerre contre des mouvements entretenant le culte du chef, il ne faut pas sous-estimer l’impact psychologique et organisationnel de cette mort, mais elle ne sera pas suffisante pour venir à bout de l’hydre terroriste.

Au départ, Abou Bakr Al-Baghdadi a embrassé la lutte armée dans une logique de guerre classique, pour résister à l’invasion et à l’occupation de son pays par l’armée américaine et ses alliés. La naissance de l’EI restera le symbole que le monde, et particulièrement le Moyen-Orient, n’a pas fini de payer le prix de la réponse désastreuse apportée par l’administration Bush aux attaques du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis. Au lieu de laisser les services secrets se concentrer sur la lutte clandestine contre Al-Qaida, la militarisation d’une guerre tous azimuts a fortement contribué au développement du mouvement djihadiste.

La mort d’Al-Baghdadi, un succès qui ne dissipe pas les interrogations sur la stratégie américaine

Al-Baghdadi est devenu le chef d’une organisation qui a basculé dans le terrorisme en deux temps. Premièrement, avec des attaques contre les civils irakiens, pour la plupart musulmans, davantage ciblés que les forces d’occupation. Ce schéma sanglant sera répliqué en Syrie. Le sommet de cette folie meurtrière sera atteint avec la tentative d’extermination génocidaire des yézidis. Deuxièmement, à partir de l’intervention militaire occidentale, en 2014, avec une internationalisation du combat de l’EI, la plus spectaculaire attaque ayant été l’infiltration en Occident du commando qui a frappé Paris en novembre 2015.

Dans l’ivresse de ses victoires et soucieux d’aller plus loin que Ben Laden, Al-Baghdadi s’est autoproclamé « calife Ibrahim ». Même si les théologiens du monde du djihad n’ont jamais vraiment pris au sérieux l’imam de Samarra, la création du « califat » fut une caisse de résonance qui a attiré des dizaines de milliers de jeunes islamistes vers la « guerre sainte ».

La question posée aujourd’hui consiste à savoir si l’élimination d’Al-Baghdadi et de son numéro deux lors du même assaut sonne le glas du mouvement djihadiste. L’EI irako-syrien est certes redevenu une organisation clandestine, à la suite de la perte des territoires du « califat », mais sa capacité de nuisance demeure. Son internationalisation est même en essor, avec l’apparition de nouvelles bases et la perpétration d’attentats partout dans le monde. Pire, les raisons de ses succès initiaux sont toujours là, à commencer, au-delà de politiques étrangères occidentales contestables, par l’existence de régimes sectaires et corrompus dans la région, et d’un régime outrageusement criminel à Damas.

La lutte contre le djihadisme ne se réglera pas par la mort d’un homme. Non seulement Al-Qaida ou l’organisation Etat islamique survivent à la disparition de leur chef, mais le djihadisme continue d’attirer des partisans. Cette guerre est autant politique, culturelle que militaire. S’il est important de remporter une bataille symbolique, il ne faut jamais perdre de vue qu’il s’agit d’un combat de longue haleine, qui sera peut-être l’affaire de plusieurs générations. Or, depuis la déclaration de guerre initiale de Ben Laden, la lutte a davantage tendance à s’intensifier qu’à s’atténuer. S’il est légitime de tuer les guerriers du djihad, il n’est pas interdit, au-delà de la mort d’Al-Baghdadi, de réfléchir au fait qu’il faudra bien un jour établir un plan de bataille contre les racines du djihadisme.

Mort d’Al-Baghdadi : l’EI a toujours su par le passé survivre à la disparition de ses dirigeants

Le Monde

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