Stress post-traumatique, confusion et colère : les effets psychologiques du confinement

La mise en quarantaine d’une population peut avoir des effets négatifs sur la santé mentale, révèle une méta-analyse du King’s College de Londres, au Royaume-Uni, publiée en mars. Pour éviter ces méfaits, elle livre également une liste de recommandations.

Syndromes de stress post-traumatique, confusion ou encore colère. La mise en quarantaine d’une population est souvent associée à un effet psychologique négatif, révèle une méta-analyse du King’s College de Londres, au Royaume-Uni. Ce rapport, publié en mars dans la revue médicale The Lancet, a un écho tout particulier au vue de la période de confinement qui touche les Français, ainsi que de nombreux Européens, mais aussi les habitants de Wuhan en Chine, épicentre de l’épidémie de coronavirus.

“La quarantaine est généralement une expérience désagréable pour ceux qui la subissent”, indique le groupe de chercheurs du département de médecine psychologique qui a basé son travail sur plusieurs études menées dans dix pays, sur des personnes atteintes du Sras (onze études), d’Ebola (cinq), de la pandémie de grippe H1N1 de 2009 et 2010 (trois), du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (deux) et de la grippe équine (un). “La séparation d’avec les êtres chers, la perte de liberté, l’incertitude quant à l’état de la maladie et l’ennui peuvent, à l’occasion, créer des effets dramatiques.”

Risque de dépendance sur le long terme

Des personnes mises en quarantaine en raison de leur proximité avec des individus potentiellement souffrant du Sras ont fait état de peur (plus de 20 %), de nervosité (18 %) et aussi de tristesse (18 %). Chez d’autres personnes, des symptômes de stress post-traumatique ont été constatés : leur nombre était significativement plus élevé dès lors que la durée de la quarantaine est supérieure à dix jours.

Ces effets psychologiques peuvent perdurer sur le long terme. Ils peuvent se manifester sous forme de dépendance, tels que l’abus d’alcool, comme ce fut le cas pour certaines personnes trois ans après l’épidémie de Sras.

Ils peuvent aussi être amplifiés par des facteurs de stress tels que le manque d’accès aux soins ou aux biens de premières nécessité, mais pas uniquement. “Les fake news et les médias peuvent aussi alimenter l’anxiété en ayant recours à des opinions d’experts contradictoires, commente le professeur Neil Greenberg de l’Institut de psychiatrie, psychologie et neurosciences du King’s College, l’un des auteurs de l’étude, interrogé par France 24. Cela peut accroître la difficulté des gens à faire face à leur confinement, mais aussi à la pandémie”. Enfin, le manque de revenus peut aussi jouer : “De graves difficultés financières peuvent entraîner des problèmes de santé mentale”, précise le professeur.

“L’information est essentielle”

“Que faire pour atténuer les conséquences de la quarantaine ?”, s’est demandé l’équipe de chercheurs qui a émis une liste de recommandations pour atténuer ces différents symptômes. “L’information est essentielle”, souligne le rapport. “Communiquer régulièrement en apportant des faits pour justifier la quarantaine et expliquer ce qui se passe permet de mieux vivre [cette] période”, assure Neil Greenberg.

La plupart de ces signaux sont dus à la restriction des libertés de façon imposée. “Les responsables de la santé publique devraient mettre l’accent sur le fait que la quarantaine contribue à assurer la sécurité des autres, en particulier les plus vulnérables (telles que les personnes très jeunes, âgées ou souffrant de graves problèmes de santé préexistants), et que les autorités sanitaires leur sont sincèrement reconnaissantes”, préconise l’étude. Ainsi, “motivé par l’altruisme”, le confinement peut être plus facile à accepter.

Éviter l’ennui

Outre le fait qu’il est primordial que les personnes aient accès à des fournitures de base telles que la nourriture, les médicaments et les produits sanitaires, il aussi important de réduire au mieux l’ennui et l’isolement, qui sont également à l’origine de l’anxiété et de la détresse sur le long terme. “Il faut permettre aux gens de rester en contact avec leurs amis et leur famille mais aussi avec leurs collègues de travail par e-mail, les médias sociaux, la vidéoconférence, etc”, estime Neil Greenberg. La capacité de communiquer est essentielle, et tout particulièrement avec “les personnes isolées”.

Les Italiens et les Espagnols l’ont bien compris en se donnant rendez vous sur les balcons via les réseaux sociaux pour chanter ou faire du sport.

Sur ce point, le rapport soulève la question de la censure dans certains pays. Ceux “qui imposent des censeurs sur les médias sociaux et les applications de messagerie pourraient générer des difficultés pour les personnes mises en quarantaine”.

“Respecter la durée de la quarantaine”

Les chercheurs suggèrent également une ligne d’assistance téléphonique spécialement mise en place pour les personnes en quarantaine. Le personnel de santé pourrait ainsi fournir des instructions sur ce qu’il faut faire en cas de symptômes de maladie. “Ce service rassurerait les gens sur le fait qu’ils seront soignés s’ils tombent malades et ne se sentiraient pas oubliés”, ajoute le rapport. Aucune étude n’a pour l’heure était fait sur cet aspect, mais ils estiment “que le réconfort pourrait par la suite diminuer les sentiments tels que la peur, l’inquiétude et la colère”.

Les gens doivent profiter de cette occasion pour “adopter un rythme de vie sain”, poursuit le chercheur. “C’est le moment de bien dormir, de manger sainement, de faire de l’exercice autant que possible et d’éviter des habitudes malsaines telles que la consommation excessive d’alcool, de cigarettes ou de jeux de hasard”.

Enfin, la durée de la période de confinement est un élément déterminant sur la santé mentale. “Les autorités doivent respecter la durée de la quarantaine annoncée et ne pas la prolonger. Le contraire serait particulièrement préjudiciable à la santé mentale”, indique Neil Greenberg. Et la rapport de relever : “Imposer un cordon indéfiniment à des villes entières sans limite de temps claire (comme cela a été vu à Wuhan, en Chine) peut être plus préjudiciable que les procédures de quarantaine limitées à la période d’incubation”.

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