Terrorisme: Au Nigéria, il n’y a pas d’après-Boko Haram

Il y a encore quelques mois, ils étaient combattants de la secte islamiste. Aujourd’hui, ils tentent, difficilement, de reconstruire une nouvelle vie. Témoignages de repentis.

Mohammed Adamu porte au majeur une grosse bague en verre rouge. C’est tout ce qui reste de la petite bijouterie qu’il a essayé de monter. “Ça me rappelle que je dois faire plus d’efforts si je veux partir d’ici”, confie-t-il. Adamu, 30 ans, est un ancien combattant de Boko Haram, qui vit aujourd’hui dans un camp de réfugiés. Il affirme qu’il a été capturé par l’organisation en 2014, avec sa femme et ses quatre enfants.

“Au début, j’aimais leur idéologie, le fait que tout se fasse au nom de Dieu, poursuit-il. Mais j’ai vite compris qu’il ne s’agissait que de tuer des gens. Ils assassinaient sans raison. Alors j’ai décidé de m’enfuir.” En effet, au bout de leur première année de “captivité”, des combattants ont tué les membres de sa famille, raconte-t-il. En 2017, il est parvenu à prendre la fuite. Mais sa réintégration dans la société a été presque impossible.

D’anciens combattants devenus parias
Après avoir quitté l’organisation, les anciens combattants doivent participer à un programme de réinsertion organisé par les pouvoirs publics, qui dure jusqu’à un an. À la fin de ce programme, ils reçoivent 45 000 nairas (112 euros), une somme devant les aider à repartir du bon pied.

Quand Adamu est retourné à Gwoza, une ville d’environ 400 000 habitants, située dans le Nord-Est, à proximité de la frontière camerounaise, les anciens avaient décidé de ne pas accepter quiconque avait vécu avec Boko Haram. Adamu était devenu un paria. Il s’est installé dans un camp de réfugiés à Maiduguri, la capitale de l’État de Borno, dans le Nord-Est, où il a vécu avec des personnes déplacées, dont beaucoup avaient perdu des êtres chers dans des attaques de Boko Haram. Les anciens combattants n’étaient pas les bienvenus.

Une vie d’opprobre
“Si j’avais su que j’y serais si mal accueilli, je serais resté dans la brousse”, commente-t-il. Il a investi ce qui lui restait d’économies pour acheter des bijoux et les vendre en banlieue, mais cela ne lui rapportait pas grand-chose. Désormais, Adamu ne voit pas comment il pourrait quitter le camp de réfugiés.

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