Torture, mauvais traitements, viols…, l’ONU dénonce la répression des manifestations au Chili

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a rendu vendredi un rapport condamnant la responsabilité de la police chilienne « dans la commission de violations des droits humains


Des exemples de torture, de mauvais traitements, de viols perpétrés par des carabiniers contre des détenus, dont beaucoup auraient été emprisonnés de manière arbitraire. Le Haut-Commissariat de l’Organisation des Nations unies (ONU) aux droits de l’homme a rendu vendredi 13 décembre un rapport accablant contre la répression des manifestations au Chili, dénonçant de « multiples violations des droits humains » par la police.

Ce rapport a été élaboré par des experts du Haut-Commissariat, qui se sont rendus au Chili du 30 octobre au 22 novembre, alors que le pays est secoué depuis le 18 octobre par un mouvement de contestation sociale, le plus important depuis le retour de la démocratie en 1990.

« La gestion des manifestations par les policiers s’est déroulée d’une manière fondamentalement répressive », a déclaré la chef de la mission, Imma Guerras-Delgado, lors de la présentation à Genève du rapport. Celui-ci explique que, sur la base des informations recueillies auprès d’une grande variété de sources, « les policiers n’ont, à plusieurs reprises, fait aucune distinction entre manifestants pacifiques et manifestants violents ».


Torture et violences sexuelles
Pendant sa mission, l’équipe du Haut-Commissariat a pu documenter 113 cas de torture et mauvais traitements, et 24 cas de violences sexuelles sur des femmes, des hommes et des jeunes filles, commis par des membres de la police et des militaires. « La police a une responsabilité dans la commission de violations des droits humains. En ce qui concerne les responsabilités individuelles au sein de la police, nous ne pouvons pas faire de conclusion. Elles devront être établies au niveau national », a relevé Mme Guerras-Delgado.

Les experts des Nations unies dénoncent aussi le « nombre alarmant de personnes » – environ 350 – souffrant de blessures aux yeux ou au visage, la majorité étant liées à des tirs de plomb. « Les fusils antiémeutes ont été utilisés de manière indiscriminée et inappropriés, et c’est pour cela qu’il y a autant de blessés », a expliqué Mme Guerras-Delgado, soulignant que les policiers ont tiré en étant trop près des manifestants.

Selon les informations officielles citées dans le rapport, plus de 28 000 personnes ont par ailleurs été détenues entre le 18 octobre et le 6 décembre, et la plupart d’entre elles ont été libérées. Mme Guerras-Delgado a précisé qu’environ 1 600 personnes étaient encore détenues, selon les autorités.
Le Haut-Commissariat a par ailleurs pu vérifier les informations concernant 11 des 26 décès sur lesquels les autorités chiliennes enquêtent. Quatre de ces cas constituent « une privation arbitraire de la vie et des décès illégaux impliquant des agents de l’Etat ». Le rapport signale que les autorités ont eu connaissance de la gravité des blessures dès le 22 octobre, mais n’ont pas pris de mesures efficaces pour mettre fin à l’usage des armes antiémeutes.

Dans un communiqué, la haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme – qui n’est autre que la socialiste Michelle Bachelet, présidente du Chili de 2006 à 2010 et de 2014 à 2018 – a appelé à « regarder l’avenir de manière constructive », demandant l’établissement d’un « mécanisme de suivi », en coopération avec son bureau pour l’Amérique du Sud, chargé d’évaluer la situation dans trois mois.

Une hausse du prix du ticket de métro à Santiago a été le détonateur de cette fronde sociale inédite dans ce pays de 18 millions d’habitants réputé pour sa stabilité. Malgré la suspension de la mesure, le mouvement s’est amplifié, nourri par le ressentiment face aux inégalités sociales. L’état d’urgence, imposé le 19 octobre, a été levé le 28 octobre.