Trente ans après la chute du Mur, « les élites populistes voient en l’UE un nouveau Moscou »

A woman takes pictures of the flowers placed at the Wall Memorial by guests during the central commemoration ceremony for the 30th anniversary of the fall of the Berlin Wall, on November 9, 2019 at the Berlin Wall Memorial at Bernauer Strasse in Berlin. Germany on Saturday celebrates 30 years since the fall of the Berlin Wall ushered in the end of communism and national reunification, as the Western alliance that secured those achievements is increasingly called into question. / AFP / Tobias SCHWARZ

Le mur de Berlin est tombé le 9 novembre 1989. Le sociologue franco-polonais Georges Mink explique comment, à l’Est, certains exploitent les « jeux  de mémoire » au risque de fracturer l’Europe de nouveau.

Le sociologue franco-polonais Georges Mink est directeur de recherche émérite à l’Institut des sciences sociales du politique (CNRS-université Paris-Ouest), président de l’International Council for Central and East European Studies, et enseigne au Collège d’Europe Natolin-Varsovie. Il décrypte, dans cet entretien, l’héritage de 1989 dans les pays d’Europe centrale et orientale.

Trente ans après la chute du mur de Berlin, l’héritage de la réunification continue de fragmenter l’identité allemande

Par Thomas Wieder

La revendication d’une identité distincte de celle de l’Ouest est de plus en plus présente à l’Est où une majorité d’Allemands se considèrent comme des citoyens de seconde zone.

C’est un mur de 3 mètres de haut et 100 mètres de long, bordé d’un côté par un ruisseau et de l’autre par une petite route de campagne. A l’endroit du cours d’eau, un écriteau indique que celui-ci servait jadis de tracé à la frontière séparant la République fédérale d’Allemagne (RFA) et la République démocratique allemande (RDA). Sur la route, on pouvait encore voir, il y a quelques jours, une série d’affiches électorales accrochées aux lampadaires ou posées à même le sol. Toutes étaient à l’effigie du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), en campagne pour les élections régionales du 27 octobre en Thuringe.

Toutes évoquaient la « révolution pacifique » de 1989, dont l’Allemagne, cet automne, célèbre le trentième anniversaire. L’occasion pour l’AfD de se présenter comme le porte-parole des Allemands de l’Est en colère, de dénoncer les engagements non tenus de la réunification et de promettre d’« achever le tournant » amorcé en 1989. L’un des slogans du parti d’extrême droite : « Aujourd’hui comme hier : la liberté plutôt que le socialisme ».

Klaus Grünzner et Marcel Zapf ne s’en ­cachent pas : ils sont atterrés par la façon dont le parti d’extrême droite instrumentalise l’histoire de l’Allemagne à des fins électoralistes. Les deux hommes ont grandi de part et d’autre de ce mur de béton qui, de 1966 à 1989, coupait en deux Mödlareuth, village de 40 habitants surnommé le « petit Berlin » au temps de la guerre froide et où s’est rendu le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo jeudi 7 novembre, deux jours avant de participer aux cérémonies du 30anniversaire de la chute du Mur dans la capitale allemande.

Les deux Allemagnes ont parfois tant de mal à se comprendre

Aujourd’hui, Klaus Grünzner est le maire de Töpen, la partie bavaroise de Mödlareuth jadis en Allemagne de l’Ouest ; Marcel Zapf, lui, est le maire de Gefell, la moitié du village autrefois en RDA.

Solidarnosc en Pologne, la « révolution de velours » en Tchécoslovaquie, la chaîne humaine des pays baltes, la chute du mur de Berlin, tous ces événements ont eu lieu la même année. Trente ans après, que reste-t-il de l’esprit de 1989 ?

Assez peu de choses, en termes de commémorations… On fête peu cette date, sauf en Allemagne. En Pologne et en Hongrie, très peu de choses sont organisées spontanément. Cela s’explique sans doute parce que l’héritage de 1989 subit une sorte de double logique : d’une part, un débat contradictoire – « qui a fait quoi et à qui a profité le crime » – ; d’autre part, cela paraît lointain pour ceux qui sont aujourd’hui à des postes de responsabilité.

Néanmoins, l’ombre de 1989 est toujours là, bien plus complexe que la métaphoredes dominos, qui consiste à dire que les différentes pièces seraient tombées les unes après les autres, quasi automatiquement. Il y a eu différents agendas. La Pologne a été précoce et a donc essuyé les plâtres. En avançant pas à pas, elle a envoyé le signal à d’autres pays qu’on pouvait aller plus loin et plus vite, avec des ruptures plus radicales. Ces temps différenciés font que l’héritage de 1989 est vécu différemment selon les pays.

Quels souvenirs ces transitions ont-elles laissés ?

La prudence des acteurs de 1989 de la Table ronde polonaise.

le monde.fr

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