Un manifestant aurait bel et bien été étranglé par la BAC à Nantes, selon une nouvelle vidéo

Dans une nouvelle vidéo, on peut voir un agent de la BAC étouffer un manifestant préalablement arrêté, à Nantes le 3 août. Les images mettraient à mal la version des forces de l’ordre, qui évoquaient un problème respiratoire lié au gaz lacrymogène.

Une nouvelle vidéo dévoilée par Mediapart le 3 septembre semble contredire la version de la police nationale, pour expliquer l’état d’un manifestant, hospitalisé après avoir été retrouvé inconscient, dans la foulée de son interpellation lors d’une manifestation à Nantes le 3 août. On voit ainsi, sous un autre angle, l’interpellation musclée de Bruno Kaïk par des agents de la BAC lors de ce rassemblement contre les violences policières. Dans la séquence, on aperçoit en effet un agent de la Brigade anticriminalité (BAC) lui serrer la gorge et l’étrangler avec son bras.

Mediapart‏Compte certifié @Mediapart

La suite de la scène, où l’on voyait Bruno Kaïk menotté, en train de suffoquer au pied d’un agent, apparaissait dans des vidéos largement relayées peu de temps après la manifestation. Transféré inconscient à l’hôpital, l’homme était resté près de six heures en observation. Le Service d’information et de communication de la police (Sicop) avait justifié l’hospitalisation par le fait que Bruno Kaïk aurait été incommodé par les gaz lacrymogènes. La responsabilité policière ne serait donc pas engagée pour expliquer l’état du manifestant.

Une version qui avait été déjà en partie contredite par le CHU de Nantes qui, dans un rapport, notait qu’aucune substance toxique n’avait été détectée dans l’organisme de la victime. Une observation à laquelle adhérait Bruno Kaïk, lors de son témoignage sur RT France : «Après avoir été réanimé par les pompiers sur le lieu de mon agression par les forces de l’ordre, j’ai été hospitalisé pendant six heures au CHU de Nantes […]. J’ai été conduit au CHU à la suite des violences policières dont j’ai été victime.»

Bruno Kaïk, qui avait ensuite passé 24 heures en garde à vue après sa sortie de l’hôpital, avait d’ailleurs décidé de porter plainte contre toute la chaîne de commandement : de l’officier de la BAC jusqu’au président de la République.

L’IGPN et le parquet de Nantes saisis de l’affaire

Contactée le 3 septembre par Mediapart au sujet de ces nouvelles images, la police nationale tempère sa version initiale : «Un signalement fait par Bruno Kaïk auprès de l’IGPN [Inspection générale de la police nationale] est en cours d’instruction et des éléments complémentaires ont été demandés à la Direction départementale de la sécurité publique de Loire-Atlantique.»L’homme de 51 ans a effectué à la mi-août un signalement à l’IGPN, avec qui il a rendez-vous à Nantes le 9 septembre, selon son avocat David Libeskind. «Au niveau des éléments d’ordre médical, il peut justifier qu’il a été étranglé», a assuré celui-ci à l’AFP le 4 septembre.

En outre, le parquet de Nantes a ouvert une enquête préliminaire après la plainte déposée par Bruno Kaïk pour tentative d’homicide. «Une plainte a été reçue, l’enquête a été ouverte, les éléments de cette plainte donneront lieu à l’audition du plaignant et au vu de cette audition, nous préciserons les infractions qui peuvent être relevées», a expliqué à l’AFP le procureur de la République de Nantes, Pierre Sennès.

En amont de son interpellation, cet homme aux cheveux grisonnants avait affirmé avoir été provoqué par les forces de l’ordre qui reprochent, elles, un jet de bouteille dans leur direction. «Il reconnaît avoir jeté une bouteille vide à destination des forces de l’ordre» alors qu’il se trouvait à une distance de 30 mètres, selon son avocat.

«Si vraiment il y avait des éléments probants à son encontre, il aurait été déféré ou sa garde à vue aurait été prolongée», a-t-il ajouté, faisant valoir que son client avait été relâché après sa garde à vue.

Source