Un mort et huit blessés, dont trois graves, après une attaque à Villeurbanne

French police secure the area after one person was found dead and six others wounded in a suspected knife attack in Villeurbanne, near Lyon, central France, August 31, 2019. REUTERS/Emmanuel Foudrot

L’homme qui s’en est pris à des passants, samedi, à l’arme blanche, a été arrêté et placé en garde à vue. Les enquêteurs s’interrogent sur ses motivations.

Pour des raisons encore nébuleuses, un homme s’en est pris à des passants avec deux armes blanches, samedi 31 août après-midi à Villeurbanne (Rhône), près de Lyon. Le bilan est dramatique : un mort, huit blessés, dont trois grièvement atteints. Il a été maîtrisé par des usagers et des agents des transports en commun lyonnais (TCL), sur l’esplanade de la station Laurent Bonnevay, tout près du périphérique.

Placé en garde à vue, il fait l’objet d’une enquête préliminaire diligentée par le parquet de Lyon, pour « assassinat et tentatives d’assassinat ». Les investigations sont confiées à la direction interrégionale de police judiciaire de Lyon. Aucun élément immédiat n’a conduit à saisir les services antiterroristes de Paris, même si les enquêteurs s’interrogent sur ses motivations, son acte étant visiblement déterminé.

Selon les témoins et des images filmées par des téléphones portables, l’homme était armé d’ustensiles de barbecue : un long couteau et une fourchette de grand format. Il a attaqué des personnes qui attendaient un bus, en frappant avec « les deux armes en même temps », selon une personne présente lors de l’attaque. « Il avait le regard vide », poursuit une autre, qui affirme avoir croisé ses yeux au moment de l’attaque. « Il était déterminé à tuer, il a choisi ses victimes sur son parcours, il est revenu en frapper au sol », assure un agent qui était sur les lieux.

Victimes âgées de 19 à 76 ans

Un jeune homme de 19 ans est mort des suites de ses blessures. Originaire de l’Isère, il attendait le bus 83, à destination du festival Woodstower, un rassemblement musical qui a lieu au parc de Miribel-Jonage, à une dizaine de kilomètres au nord de Lyon. « J’ai parlé avec lui quelques minutes avant, il était tout content d’aller au festival, il me racontait qu’il allait dormir là-bas », raconte un habitant du quartier, qui était avec lui ce samedi. Une vieille dame a été blessée à l’oreille. Les victimes sont âgées de 19 à 76 ans et certaines sont touchées au thorax ou dans des zones artérielles, ce qui rend leur état préoccupant.

La scène s’est déroulée peu après 16 heures, au milieu de cette gare routière très fréquentée, d’où partent une quinzaine de lignes des TCL. L’homme, barbu, âgé d’une trentaine d’années en apparence, vêtu d’un sweat-shirt à capuche noir et d’un tee-shirt camouflage, a blessé plusieurs usagers en quelques minutes. Face à la résistance d’un passant, il a commencé à prendre la fuite vers la station de métro. Bloqué devant un ascenseur, il a jeté ses armes, face à un individu qui l’a fermement raisonné.

« Des jeunes ont voulu le taper, on les a empêchés en attendant la police », dit un habitant, présent sur place. A ce moment, selon le témoin de la scène, l’agresseur aurait répondu à ceux qui l’entouraient : « Ils ne lisent pas le Coran ! » Cette formule fait-elle écho à une inspiration islamiste ? Parquet et préfecture se refusent à toute supposition. Aucun autre élément n’a été communiqué.

Mouvement de panique

Au début de sa garde à vue, il s’est déclaré d’origine afghane, bénéficiant de l’asile politique, en fournissant un nom. Une identité et une situation non confirmées de source officielle. Selon le parquet, le suspect reste sous X, en attendant des vérifications. Des sources policières ont fait état d’opérations de perquisition dans la périphérie lyonnaise, laissant penser qu’un point de chute a été repéré.

Tout l’enjeu des investigations est de déterminer s’il s’agit de l’acte d’un déséquilibré ou d’un acte à connotation radicale, et de savoir si le suspect a bénéficié d’éventuelles complicités, dans une ville encore marquée par l’attentat au colis piégé du 24 mai, quand un homme apparemment de profil solitaire a fait exploser un engin artisanal dans une rue piétonne, faisant plusieurs blessés légers. « Ces profils indétectables sont notre grande crainte, ils peuvent surgir à tout moment », glisse l’officier d’un service spécialisé.

Lire aussi sur l’enquête de l’attaque du 24 mai : La vaste traque du poseur de bombe

L’attaque sanglante de samedi a provoqué un mouvement de panique. Une rumeur infondée, relayée par des médias, a fait état d’un deuxième agresseur en fuite, alors qu’un hélicoptère survolait les lieux. La station de métro a été fermée, les lignes de bus interrompues. Le parvis a été transformé en vaste scène de crime.

« Les premières exploitations des vidéosurveillances, ainsi que les premières auditions, permettent de confirmer la présence d’un seul agresseur », a tenu à rassurer Nicolas Jacquet, procureur de la République. Présent sur les lieux, le maire de Lyon, Gérard Collomb, a exprimé sa prudence sur les motivations possibles de l’assaillant. « A ce stade on ne peut pas se prononcer, il a attaqué les gens de manière indifférenciée, la police judiciaire met tout en œuvre pour élucider les circonstances », a confié au Monde l’ancien ministre de l’intérieur.

Richard Schittly (Lyon, correspondant)

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