Choc des légitimités : les prémisses de la guerre de succession





L’Alliance pour la République est-elle rattrapée par les tares de la « structuration horizontale » qu’elle a érigée en dogme ? On peut le penser. On ne saurait parler d’ « armée mexicaine », car dans le cas du parti qui incarne le destin du Sénégal depuis le 25 mars 2012, il y a bel et bien un chef, qui se nomme Macky Sall. Le problème ici est que ce général est au sommet d’un organigramme déstructuré, où s’entrechoquent plusieurs légitimités historiques, familiales et technocratiques. Tant que le président Sall exerce le pouvoir et redistribue les privilèges, les lignes de fracture sont invisibles, mais, devant la perspective de son départ au terme de deux mandats, apparaissent les prémisses d’une guerre de succession où chacun craint de perdre ses acquis. Il y a une atmosphère de guerre totale, sur fond de reclassement politique. Il coule de source que les plus menacés sont les combattants de la première heure, la Révolution aimant manger ses enfants. Moustapha Cissé Lô, qui demande un retour sur investissement depuis plus de 7 ans en lorgnant le fauteuil de Moustapha Niasse, veut faire rendre gorge à Macky Sall. Il n’a pas le tempérament d’un Alioune Badara qui s’est retiré sur l’Aventin dès la première algarade. L’autre Moustapha, Diakhaté, rompu au combat politique depuis ses écolages au Rnd de Cheikh Anta Diop, se pose de plus en plus en porte-voix des « frustrés ». Pourtant, de Mor Ngom à Benoit Sambou, en passant par Marième Badiène, Mbaye Ndiaye, Harouna Dia et les autres, les combattants des années de braises ont presque disparu de la circulation au profit des nouveaux venus. Même Djibril War, qui s’attaque aujourd’hui à Cissé Lô, affectait reprocher au leader de l’Apr la part belle faite aux alliés. Cependant, toutes ces personnalités précitées n’ont pas occupé des stations à partir desquelles elles peuvent accroitre leurs moyens d’intervention politique pour pouvoir se constituer une base à même de menacer l’équilibre au sein de l’Apr. Les larmes de Youssou Touré qui sollicite de quoi se soigner indique que la dèche en frappé certains timoniers. En réalité, Macky Sall a divisé pour mieux régner et s’octroyer un nouvel attelage.
En sept ans, les positions qui confèrent une importante force de frappe financière ont été occupées ou par des membres de la famille ou par des technocrates inconnus du bataillon avant le 25 mars 2012. Ce n’est pas pour rien que dans le cadre des débats pour le vote du projet 2020, le député Mamadou Lamine Diallo évoque les ambitions présidentielles d’un Mansour Faye qui a hérité du super-ministère aux plus consistants moyens d’intervention sociale. Pendant longtemps, avant que la Bbc ne porte des rebondissements sur l’affaire PETRO-TIM, Aliou Sall a été perçu comme un potentiel successeur de son frère de président de la République. De toutes les façons, le silence de Macky sur la question de la limitation des mandats ajoute à la confusion le poids du soupçon. Il lui fait bien ce dauphin que Abdou Diouf ne voulut pas présenter aux Sénégalais, en laissant le Parti socialiste se déchirer au rythme de l’ascension météorite de Ousmane Tanor Dieng.
La nature ayant horreur du vide, des technocrates reconvertis politiques vont nourrir des ambitions, d’autant plus que l’Alliance pour la République, pour élargir sa base, a beaucoup misé sur les « fonctionnaires » aux dents longues, qui sont venus en politique avec un impressionnant arsenal.
En définitive, deux scénarii s’imposent au futur : ou Macky brique un 3e mandat, sous peine de susciter la colère de la rue dans un contexte marqué par des prix orientés à la hausse ou il se choisit un potentiel successeur au profil consensuel. Sauf que ce dernier est pour l’heure introuvable.