CREI, Sonko, Abdoul Mbaye : guerre secrète pour le contrôle de la 3e voie





Le fait d’avoir, lors de la dernière élection, soutenu Idrissa Seck, qui fait partie pourtant du système qu’il critique, est un signal fort que Abdoul Mbaye envoie à Ousmane Sonko, son concurrent dans l’entreprise de conquête de la 3e voie. En préconisant le maintien de la CREI, l’ex-Premier ministre met en demeure le leader de Pastef, qui a peiner à justifier ses connexions supposées ou réelles avec Tahibou Ndiaye, dont la condamnation a été confirmée cette semaine par la justice sénégalaise.

Au cours d’une visite à l’imam Tafsir Ndiour de Thiès, l’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye s’est opposé à la suppression de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei), tout en préconisant des réformes. « L’origine de l’argent des politiciens est rarement licite », dit-il. Quand Abdoul Mbaye fait cette déclaration, le destinataire n’est pas forcément Karim Wade ou Idrissa Seck, ou encore Macky Sall. Il peut aussi viser un néophyte qui se sert du combat pour la transparence pour se frayer un chemin dans la 3e voie, alors qu’il a fréquenté le système dans une autre vie. On sait que l’ascension météorite de Ousmane Sonko porte ombrage à tous les autres opposants non classiques, mais ces derniers tiennent une arme fatale contre l’ancien inspecteur des impôts et domaines : ses connexions supposées ou réelles avec Tahibou Ndiaye.

Dans une de ses tribunes-Lundis de Madiambal-Intitulée « J’accuse Sonko sur des faits précis », le patron de Avenir Communication fait des révélations graves concernant Ousmane Sonko, qui avait pris la défense de l’ex-directeur du Cadastre, alors poursuivi par la Cour de répression de l’enrichissement illicite.

« Ousmane Sonko a été à la base de la création du Syndicat autonome des agents des impôts et domaines et a dirigé cette organisation de 2005 à 2012. Cette position lui a permis de s’ériger en terreur des différents responsables de son Administration. Cela lui a valu d’être systématiquement servi dans tous les lotissements qui ont été effectués. Ousmane Sonko a pu ainsi bénéficier de nombreuses affectations foncières. Nous détenons des copies de nombreux baux qui lui ont été attribués directement ou par le biais de prête-noms dûment identifiés ; des terrains qu’il a pu revendre. Les privilèges indus accordés à Ousmane Sonko avaient commencé par faire jaser au sein des services. La boulimie foncière de Ousmane Sonko l’avait poussé à être un garçon de courses de Tahibou Ndiaye, ancien directeur des Domaines. D’ailleurs, il avait cherché à voler au secours de Tahibou Ndiaye quand ce dernier avait maille à partir avec la justice. Il avait tenté en vain de mobiliser les travailleurs des Impôts et domaines pour servir de boucliers à Tahibou Ndiaye. Seulement, il n’avait pas compris que ces travailleurs ne pouvaient pas se sentir solidaires d’une prédation de ressources foncières qui ne leur avait pas profité », accusait, en janvier 2019, Madiambal Diagne ; poursuivant : « Dans le cadre de l’affaire Tahibou Ndiaye, Ousmane Sonko menaçait de faire sauter la République par des déballages. Il n’en fera rien. Tahibou Ndiaye finira par aller en prison. Je dois rappeler à Ousmane Sonko que c’était dans ces conditions qu’il avait demandé à me rencontrer, car il était au courant du fait que la famille et des proches de Tahibou Ndiaye m’avaient sollicité dans ce dossier en vue d’une «médiation pénale» pour permettre à Tahibou Ndiaye de sortir de prison. Nous nous étions vus au bar de l’hôtel King Fahd Palace en décembre 2013. Il était venu au rendez-vous, accompagné de Ismaïla Ba à qui il demanda de nous laisser seul à seul. Ousmane Sonko m’avait quitté ce jour en me témoignant de son «respect et de son estime». S’il en arrive aujourd’hui à m’insulter, c’est justement parce qu’il est en difficulté comme le montre éloquemment son amnésie subite, sur le plateau de la 2STv, le soir de la Saint Sylvestre. Il avait de la peine pour se souvenir jusqu’au nom de sa société Atlas. «Il y a des gens qui croient qu’il faut laver une injure dans le sang. J’ai horreur de cette lessive.» Je choisis de répondre aux insultes en opposant des faits précis et véridiques. Naturellement, faute de pouvoir y répondre, Ousmane Sonko aura l’insulte à la bouche. Pour la petite histoire, Ousmane Sonko était venu me voir en novembre 2017, toujours accompagné de Ismaïla Ba, dans le cadre des péripéties de la fermeture des écoles Yavuz Selim. Il avait promis de prendre en charge cette affaire. Il n’en fera rien. Peut-être c’est parce qu’il n’y avait pas de commissions à ramasser sur ce coup-là ».

Ainsi, l’on peut croire qu’à défaut d’apporter les preuves formelles qui le blanchissent devant l’opinion, au sujet de l’affaire des 94 milliards, le leader de Pastef convaincra difficilement son monde qu’il est hors du système qu’il se propose de déconstruire. Le sachant, un autre politique émergent, qui se fraie un chemin dans la troisième voie, peut surfer sur cette vague pour chercher à établir qu’il est blanc comme neige. Car, quoiqu’on puisse dire, la CREI offre ce certificat de virginité à tout aspirant à la présidence de la République qui ne se soit pas rendu suspect par ses connexions avec des hommes comme Tahibou Ndiaye.