Dialogue national : un consensus de façade

C’est officiel. Famara Ibrahima Sagna a été installé hier à la tête du Comité de pilotage du dialogue national lors d’une cérémonie tenue à la salle des banquets du palais présidentiel.

Clé de voûte de l’allocution du chef de l’État, Macky Sall, la recherche d’un consensus devra guider les travaux à venir, dont la conclusion est attendue dans trois mois. Le président de la République entend mettre tout le monde d’accord. L’objectif étant, à ses yeux, de réaliser un saut qualitatif, démocratiquement parlant, et de faire «converger toutes les forces vives de notre pays autour de consensus forts sur la voie d’un développement économique et social durable, pour un Sénégal prospère, uni et stable». «Ce n’est pas une sinécure», reconnaît le président.

Il se veut toutefois optimiste dans sa volonté d’aboutir à des conclusions unanimes : «Le défi est grand, mais plus grande doit être notre détermination à le relever ensemble. Je fais confiance au Comité de pilotage riche de sa diversité pour nous y aider en tant que cadre novateur qui facilite et catalyse les échanges sur toutes les questions qui rythment la vie politique, économique, sociale et culturelle de notre nation», laisse-t-il entendre ; non sans ajouter que : «Conformément au décret portant sa création, le Comité de pilotage a pour mission de conduire selon une méthode consultative et participative le dialogue national».

La tâche sera ardue, pour ne pas dire impossible. D’autant plus que, certains segments représentatifs de la société, notamment des partis d’opposition, ont opté pour la chaise vide. Du reste, le dialogue national intègre une variété de sujets, les uns aussi clivants que les autres, sur lesquels il est utopique -ou topique – d’aboutir à un « consensus » au plus tard dans trois petits mois. À vrai dire, « qui trop embrasse mal étreint »… Il n’est donc pas à exclure que la quête d’exhaustivité et d’inclusivité vire à la cacophonie. L’on peut d’ores et déjà parier ou s’attendre à un « consensus » chimérique sur, tenez-vous bien, les questions politiques, économiques et sociales, la gestion des ressources naturelles, l’environnement, le cadre de vie, la paix, la sécurité, la transparence, la lutte contre la corruption, la décentralisation ou encore la territorialisation des politiques publiques. Tout un programme ! D’ailleurs, Macky Sall himself ne s’y trompe pas, même s’il pense qu’il est important que toutes les questions de la vie publique essentielles pour le devenir de notre pays soient abordées. «La diversité, voire la divergence des points de vue, sont tout à fait concevables et participent même de la vitalité démocratique. Mais, comme l’a dit à juste titre un humaniste du 20ème, dans le dialogue, la règle d’or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon. Nous ne verrons qu’une partie de la vérité sous des angles différents», prévient Macky Sall.

Il s’engage, du reste, à mettre en œuvre toutes les conclusions consensuelles du dialogue : «Je souhaite que ces échanges se tiennent dans un esprit constructif et participatif, en toute liberté, mais aussi, en toute responsabilité… Parce qu’il s’agira non de débats crypto personnel, mais d’un dialogue « ouvert » et « sincère » sur les questions d’intérêt « national ». Au demeurant, suivant les dispositions pertinentes de la Constitution, il revient au chef de l’État investi de la confiance et du mandat du peuple de définir la politique de la nation. C’est le principe même de la démocratie qui le veut. Mais au-delà du formalisme constitutionnel et de la légitimité que confère le mandat populaire, il est dans nos traditions, de nous concerter sur des questions d’intérêt commun ; d’où le concept de « Disso », une de nos valeurs cardinales», ajoute le President Sall.

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