MBOUR ET SES MAIRES : La malédiction du sang de Demba Diop ?

La ville de Mbour, érigée en commune depuis le 04 décembre 1926, est située à 83 km de Dakar, la capitale de notre pays, et à 73 km de Thiès, chef lieu de région. Elle est bâtie en bordure de la mer (Océan Atlantique) entre la région du Cap-Vert et la Pointe de Sangomar. Cet emplacement lui confère de nombreux atouts liés aux activités de pêche, de transformation et de commercialisation de produits halieutiques. Depuis quelques années, sa dimension de ville touristique s’affirme de plus en plus.

Elle est traversée par la route nationale N°1 Dakar-Kaolack, les tronçons bitumés Mbour-Joal, Sindia-Thiès et l’autoroute à péage Dakar-Sindia et Dakar-Malicounda-Keur Balla Lô, facilitant les liaisons avec le reste du pays.

Implantée dans un site en demi-cuvette fermé à l’ouest par l’océan Atlantique et bénéficiant d’une plage linéaire et plate de sables fins d’une largeur de 100m, la commune de Mbour est ouverte à plusieurs activités et à une implantation humaine en constante progression.

Elle partage son climat avec le reste du pays : une saison sèche de 9 mois et une saison pluvieuse de 3 mois (juillet-août-septembre). Selon certains documents statistiques, la commune de Mbour compterait plus de 400 000 habitants. Cette population est composée majoritairement de Wolofs, Sérères, Mandingues, Pulaars. D’autres ethnies y sont recensées : Diolas, Soninkés, Balantes, Maures, Mankagne et Mandigos. Cette composition pluri-éthnique montre que la commune de Mbour est une ville de rencontres, une mosaïque.

Deux grandes religions, l’Islam et le Christianisme y sont majoritairement pratiquées dans un esprit de très grande tolérance et de dialogue fécond.

Si à l’origine, la population comptait à côté des pêcheurs de nombreux agriculteurs, aujourd’hui, cette population s’adonne à des activités de pêche, de transformation des produits halieutiques et à des activités de commerce.

Une commune toujours gérée dans le tumulte

Dans ce dossier, nous revenons sur les gestions des différentes équipes municipales qui ont présidé aux destinées de la capitale de la Petite Côte. De Ibou Kébé, son premier premier magistrat, à El Hadji Fallou Sylla, l’actuel maire, en passant par Demba Diop, El Hadji Doudou Samba Sow, Amadou Ly, Ameth Sarr, Abdou Mané, Moussa Ndoye, Ibrahima Soiré, Tafsir Demba Diouf et le libéral Mbaye Diagne. Dans le prochain dossier, nous scruterons la gestion, pour le moins catastrophique, des différentes délégations spéciales qui ont mis à genoux la Commune.

IBOU KÉBÉ (25 JUIN 1958-10 MARS 1966) : L’”ami” de Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy “Al Makhtoum”

C’est le premier maire pré et post indépendance (du 25 juin 1958 au 10 mars 1966). Durant près de huit ans, ce natif du quartier Téfess a présidé aux destinées de la ville. Son père Baye Abdoulaye Kébé, un distingué indigène, était délégué de quartier près de deux décennies durant. Ibou Kébé n’était pas en bons termes avec feu Cheikh Ahmed Tidiane Sy “Al Makhtoum” qui lui avait lancé la fameuse phrase “fofou nga toog di ree, di nga fa toog jooy” (Cette position d’où tu jubiles (Ndlr, du haut de la Mairie), tu vas en verser des larmes). En début 1967, il est impliqué dans l’assassinat Demba Diop, un peu après sa chute.

DEMBA DIOP (10 MARS 1966 – 03 FÉVRIER 1967) : L’espoir assassiné !

Celui dont un célèbre stade de football de la capitale immortalise le nom a été le deuxième maire de Mbour (du 10 mars 1966 au 03 février 1967). Il a été assassiné à la gouvernance de Thiès par Abdou Ndafakh Faye qui, lui aussi, a payé de sa vie ce meurtre. Ibou Kébé, Jacques d’Erneville et d’autres dignitaires Mbourois étaient impliqués dans ce complot.

Maire de la capitale de la Petite Côte durant moins d’une année, ce natif de Boghé, en Mauritanie, a marqué la marche de cette ville et du pays. Député à l’Assemblée nationale, il était le président du groupe parlementaire socialiste. Demba Diop a épousé Caroline Faye, cousine du premier Président sénégalais, elle aussi, première femme député et ministre. Demba Diop dirigeait un conseil municipal composé de 28 membres. El Hadj Doudou Samba Sow était son 1er adjoint et Mbaye Malick Diop, le 2e adjoint. Babacar Dièye était son secrétaire municipal.

EL HADJI DOUDOU SAMBA SOW (03 FÉVRIER 1967-22 FÉVRIER 1970) : La difficile succession

Du 03 février 1967 au 22 février 1970. Il termina le mandat de feu Demba Diop à la tête d’une équipe municipale composée notamment de Mbaye Diop Malick, 1er adjoint, Abdoulaye Dabo, 2e adjoint et Babacar Dièye, Secrétaire municipal.

AMADOU LY (22 FÉVRIER 1970-AU 11 SEPTEMBRE 1972) : L’éphémère magistère !

Du 22 février 1970 au 11 septembre 1972 avec comme équipe municipale : Ameth Sarr, 1er adjoint, Abdoulaye Dabo, 2e adjoint, Yatma Dièye, secrétaire municipal et un conseil municipal composé de 27 membres.

À partir de la gestion du maire Amadou Ly, il y eut une période transitoire assumée par une délégation spéciale dont le président était Amadou Latyr Ndiaye, préfet du département, du 11 septembre 1972 au 30 novembre 1972.

AMETH SARR (30 NOVEMBRE 1972-19 MARS 1978) : Une gestion sobre et vertueuse

Au sortir des élections de 1972 jusqu’au 19 mars 1978, Ameth Sarr a été maire de Mbour à la tête d’une équipe municipale dans laquelle on trouvait Joseph Malick Ndiaye 1er adjoint, Ndiamé Mangoné Ndir 2e adjoint et Yatma Dièye comme secrétaire municipal. Sa gestion fut particulièrement sobre et vertueuse et Ameth Sarr jouit, à ce jour, d’un immense respect dans toutes les contrées de Mbour.

ABDOU MANÉ (19 MARS 1978-24 NOVEMBRE 1990) : Le maire politicien

Au terme des élections municipales de 1978, Abdou Mané accède à la tête de la mairie. Son avènement se subdivise en deux temps : La première gestion du 19 mars 1978 au 12 mai 1981 suivie d’une délégation spéciale du 12 mai 1981 au 29 décembre 1984, dirigée par Sada Ndiaye, préfet du département (et plus tard directeur du Coud puis ministre du président Wade avant de porter la résolution débarquant Macky Sall de ses fonctions de président de l’Assemblée nationale !). Le préfet Sada Ndiaye avait Adama Guèye comme secrétaire municipal.

La deuxième gestion d’Abdou Mané s’est étalée du 29 décembre 1984 au 24 novembre 1990. Elle a été minée par des tendances politiques explosives au sein de sa formation politique, le Parti socialiste.

MOUSSA NDOYE (24 NOVEMBRE 1990-26 JANVIER 2001) : A l’épreuve de la spéculation foncière !

Du 24 novembre 1990 au 26 janvier 2001. Une lutte fratricide avec son rival Khadim Tabet ponctua sa gestion. Ce dernier parvient avec la majorité des conseillers municipaux à faire rejeter son budget 1997. Son équipe était constituée, entre autres, de Ibrahima Souaré, 1er adjoint, Khadim Tabet 2e adjoint et Djiby Sy, secrétaire municipal. Soixante six (66) membres composaient alors le Conseil. La majorité empêchait Moussa Ndoye de dérouler à sa guise. La spéculation foncière fut à son comble pendant son magistère. Il fut destitué par décret avant la fin de son mandat. Ibrahima Souaré assura son intérim du 26 janvier 2001 au 21 décembre 2001. Des élections sont par la suite organisées pour le remplacement de Moussa Ndoye. Khadim Tabet, en pôle position et candidat du Front de l’alternance, FAL, de la mouvance présidentielle fait face au socialiste Tafsir Demba Diouf. L’Alliance des forces du progrès, Afp, ne pardonnera jamais à Khadim Tabet, son ancien responsable, de l’avoir lâchée pour le Pds de Me Abdoulaye Wade. Les 09 conseillers “progressistes” voteront Tafsir Demba Diouf et une crise naquit au sein du FAL avec cette «trahison» de l’AFP de Mbour. Le rêve du FAL de Mbour se brisa et entraina, de facto, le limogeage de Moustapha Niasse, leader de l’Afp, de son moelleux fauteuil de Premier ministre du régime de Wade.

TAFSIR DEMBA DIOUF (27 février 2001 – 21 DÉCEMBRE 2001) : La transparence en mode de gestion

Fut maire de la capitale de la Petite Côte du 27 février 2001 au 21 décembre 2001 avant que le fameux amendement Moussa Sy n’eut raison de toutes les collectivités locales du pays. Le court magistère de Tafsir Demba Diouf était marqué par une grande transparence dans la gestion. A Mbour, une délégation spéciale fut mise en place présidée par le Dr Serigne Sougou Guèye, pharmacien, du 21 décembre 2001 au 1er juin 2002.

MBAYE DIAGNE (01 JUIN 2002 – 15 MAI 2008) : Le pantin de Badou Bâ

Premier maire libéral, du 1er juin 2002 au 15 mai 2008. Sous son magistère, le budget de la commune de Mbour a atteint, pour la première fois de l’histoire, 1 milliard de F CFA. Mbaye Diagne placera son mandat sous le signe de la jeunesse et effectuera sa première sortie publique le samedi 8 juin 2002 à l’occasion d’une marche contre “la prostitution et le Sida”. «Mbour a un maire jeune qui entend consacrer son mandat à la protection de la population surtout des couches les plus vulnérables constituées de la jeunesse et des femmes”, avait-il alors déclaré.

Message creux ! L’immixtion du tout-puissant Badou Bâ, à l’époque, dans sa gestion et l’explosion médiatique avec les autoroutes de l’information, lui a valu la navette des Inspecteurs généraux d’état à Mbour. Les scandales se multiplient sous son magistère. Du détournement de médicaments d’une valeur de 45 millions de FCFA, au partage illicite de plus de 1200 cantines vendues sous le manteau, en passant par le détournement d’un conteneur de la ville jumelle française de Concarneau offert à la Commune, entre autres scandales qui ont tous défrayé la chronique, l’équipe municipale de Mbaye Diagne ne se donne pas de limites. Votre serviteur, à l’origine des dénonciations de toutes ces malversations et détournements, preuve à l’appui, séjournera, injustement, 21 jours en prison, en 2004, en violation flagrante des dispositions pertinentes en matière de diffamation.

Une fois élargi, votre serviteur remet sur le tapis, dans un autre support, La Voix, en intelligence avec Khadim Tabet, les détournements en question et gagne, haut la main, son procès, aussi bien en première instance qu’en appel contre le maire de Mbour dévasté, en plus, par le témoignage d’un citoyen Mbourois hors du commun, Mademba Sène alias “Toxique”. Au cœur du détournement, il dénoncera devant la barre ses complices abasourdis. C’était là le premier revers historique subi par une équipe municipale dans la capitale de la Petite côte. L’affaire était cette fois-là jugée par le très rigoureux président Thierno Niang, alors vice-président du tribunal régional de Thiès, aujourd’hui président du tribunal de Grande Instance de Mbour. Le même juge qui a condamné récemment l’actuel maire, Fallou Sylla. Le président Wade, irrité par ce “matèye” de l’équipe de Mbaye Diagne, dissout le Conseil municipal à quelques encablures des municipales de 2009. Une délégation spéciale dirigée par Serigne Fall, Directeur des impôts et domaines de Mbour, poursuit la gestion libérale.

EL HADJI FALLOU SYLLA 06 MAI 2009 -2020) : `Le deuxième maire à perdre un procès

Du 06 mai 2019 à nos jours. S’il n’y avait pas de report des élections locales de 2019, El Hadji Fallou Sylla aurait déjà bouclé deux mandatures de cinq (5) ans. Il est arrivé à la tête de la commune dans un contexte où Mbour a atteint ses limites foncières. La gestion du socialiste, membre de Benno Bokk Yakaar, BBY, est ponctuée de conflits fonciers. Le contrôle citoyen avec “Mbour Justice” a déjà eu raison de lui, avec une condamnation de 2 ans de prison dont 3 mois ferme. Il est le deuxième maire de Mbour, après Mbaye Diagne, à perdre un procès de gestion devant la justice. En attendant le verdict de l’appel qu’il a interjeté, El Hadji Fallou Sylla est dans le sillage sinueux de ses prédécesseurs.

À cause du sang de Demba Diop, injustement versé, Mbour serait-elle donc devenue une ville maudite ?