Nous continuerons à vivre avec le virus de la non transparence

On reconnaît le bon mets à son fumet, dit un adage célèbre. À l’heure actuelle, avec la pandémie du coronavirus qui sévit dans le monde, tous les pays sont conscients des enjeux de l’heure et se préparent à en tirer des leçons une fois la page tournée.

Cependant, cela est loin d’être le cas au Sénégal où les choses ne semblent pas vouloir changer dans un bon sens. Ce qui est juste déplorable, d’autant qu’au regard de la situation au plan national et telle que la vivent les populations, nos autorités en charge des affaires publiques semblent ne reculer devant rien pour se remplir les poches. Toutes les occasions sont saisissables pour se faire des sous. L’attribution des ressources naturelles pétrole et gaz s’était faite sur fond de scandale avec l’affaire Petrotim. Il en est de même pour les ressources halieutiques où les acteurs du secteur dénoncent des pratiques mafieuses dans l’attribution des licences de pêche. Quant aux infrastructures comme le Ter et autres, elles font l’objet de surfacturations et autre marché de gré à gré. Même la pandémie du coronavirus qui devait être un grand moment d’introspection et d’empathie n’échappe pas à ce qui semble être une règle établie.

Ce qui est encore plus scandaleux est la nébuleuse qui entoure la gestion du fonds covid-19 censé venir en aide aux couches vulnérables. Hormis le scandale de l’attribution des marchés du riz et autre sucre, c’est le manque de transparence dans la gestion qui démontre encore une fois que les autorités en charge de ce pays n’ont que deux préoccupations : leur panse et leur poche. Rien n’arrête la boulimie de ces prédateurs d’un autre temps, qui n’hésitent même pas à spolier les couches vulnérables, de sorte que certains n’hésitent plus à parler de «corona business». D’ailleurs, la révélation du maire de Dalifort, Idrissa Diallo, concernant les bourses de sécurité familiales est tout simplement choquante. «S’il n’y avait pas ce covid-19, nous n’allions jamais découvrir le secret qui se cache derrière ces bourses de sécurité familiales où il y a un véritable bordel. Car dans un quartier, le père de famille est bénéficiaire, de même que ses deux épouses ainsi que ses enfants», dénoncent le maire de Dalifort. Le maire réclame d’ailleurs une enquête judiciaire, parce qu’il trouve inconcevable que ces bourses soient attribuées à des salariés et à leurs femmes au moment où les couches vulnérables sont laissées à quai. Et cette situation semble se répéter avec les kits alimentaires dont la distribution est décriée par nombre de personnes démunies.

Pourtant, les premiers signaux de mauvaise gestion, de manque de transparence et de concussion dans la gestion du «Fonds Force Covid-19» avaient poussé 14 organisations de la Société civile à hausser le ton contre le Président Macky Sall. Elles demandaient au président de la République de redresser rapidement la situation qui pourrait remettre en cause le consensus qu’il avait obtenu de la classe politique, de la société civile et des populations sur les mesures de riposte qu’il avait prises contre la pandémie du coronavirus. Ainsi, entre autres, les 14 organisations de la Société civile exigeait la mise en place rapide du Comité de pilotage chargé de la supervision du «Fonds Force Covid-19». Mais le Président Sall a fini par mettre en place un comité de suivi. Selon Habib Sy, membre démissionnaire de ce comité, cette structure n’aura pour rôle que de jeter un coup d’œil, mais pas de contrôler. Parce que, dénonce-t-il, «le rapport qui sera fait sera remis au président de la République et ne sera jamais public», a renseigné Habib Sy. Seulement, la question qui s’impose est de savoir si finalement le président de la République est un adepte de la transparence, car on ne comprend pas le fait qu’il puisse gérer le fonds covid-19 qui sont des ressources publiques à sa convenance en ayant de compte à rendre à personne.

Pour dire qu’avec ce pouvoir, on continuera de cohabiter avec le virus de la non transparence dans la gestion des affaires publiques.

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