Cigarette électronique. Une inquiétante maladie frappe les vapoteurs aux États-Unis

Les autorités sanitaires du Minnesota, aux États-Unis, ont annoncé vendredi le 5e décès d’un utilisateur d’e-cigarette, atteint d’un syndrome pulmonaire très grave. Depuis la mi-avril, 450 malades ont été répertoriés, la plupart du temps jeunes et jusqu’alors en bonne santé. Un tiers d’entre eux ont dû être placés sous assistance respiratoire. La cause de la maladie n’est pas établie, même si les soupçons portent sur des produits à base de marijuana, possiblement contrefaits.

Pourquoi cette soudaine inquiétude, aux États-Unis, concernant le vapotage ? 

Un syndrome pulmonaire d’origine inconnue a fait son apparition, ces derniers mois, qui semble toucher les utilisateurs de cigarette électronique. Un cinquième décès a été annoncé, vendredi, dans le Minnesota (nord), après des morts en Californie, l’Illinois et l’Oregon. 

Au total, les autorités sanitaires américaines ont recensé 450 cas suspects depuis mi-avril, tous chez des adeptes du vapotage. Elles commencent seulement à prendre conscience de l’ampleur et de la gravité du phénomène, à mesure que les malades sont signalés par les médecins et les hôpitaux des différents États. La moitié des 450 patients ont dû être traités dans des unités de soins intensifs et un tiers ont été placés sous assistance respiratoire.

Quelle est l’étendue du phénomène ?

Des cas ont été répertoriés dans deux tiers des États américains : 33 sur 50, plus un territoire associé aux États-Unis. Les plus touchés semblent, à ce stade, l’Illinois et le Wisconsin, dans le nord du pays. Les départements de la Santé de ces deux États ont mené ensemble une enquête approfondie sur 53 patients : « La gravité des atteintes et l’augmentation récente du nombre de cas de ce syndrome clinique indique qu’il existe un foyer inquiétant de maladie pulmonaire lié au vapotage », écrivent elles dans leur rapport.

En quoi consiste cette maladie ?

Le New England Journal of Medecine a publié ces derniers jours une série d’articles sur cette « tendance inquiétante ». Il décrit des cas d’utilisateurs de cigarette électronique hospitalisés pour de graves lésions pulmonaires, alors qu’ils étaient pour la plupart jeunes et en bonne santé. 

Selon le département de la santé du Minnesota, la cinquième victime, dont le décès remonte au mois d’août, avait plus de 65 ans. Il est mort à l’issue d’une « hospitalisation longue et compliquée ». Il souffrait de graves atteintes pulmonaires et, dans son cas, la maladie était liée au vapotage de produits illicites contenant du tetrahydrocannabinol (THC), le principe actif du cannabis responsable des effets psychotropes.

Selon le New England Jounal of Medicine, des médecins cliniciens de l’hôpital de l’Université d’Utah et d’autres en Caroline du Nord, ont indiqué avoir identifié, dans les poumons de malades, la présence de cellules immunitaires anormales, qui pourraient être un « marqueur utile » dans le diagnostic d’une forme rare de pneumonie, la pneumonie lipoïde. « Elles peut se déclencher quand des huiles ou des substances contenant des lipides pénètrent dans les poumons », a expliqué au Washington Post Daniel Fox, un pneumologue hospitalier de Caroline du Nord, qui a traité cinq patients. 

Aux États-Unis, au moins 450 vapoteurs ont dû être traitées depuis mi-avril pour de lésions pulmonaires sévères. Cinq patients sont décédés.

Quelle est l’origine de ce syndrome ?

C’est la grande question. À ce stade, le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), l’administration qui gère les épidémies au niveau fédéral, souligne qu’aucun produit de vapotage en particuler n’a été associé à ce trouble.

Selon l’étude menée conjointement sur 53 malades dans l’Illinois et le Wisconsin, 84% des malades ont utilisé dans leur cigarette électronique des produits à base de marijuana,14% des produits mêlant marijuana et nicotine. Les autres ont déclaré utiliser des produits contenant uniquement de la nicotine, mais les médecins ont des doutes, les adolescents rechignant à admettre qu’ils consomment des produits à base de marijuana.

L’Administration de l’alimentation et du médicament (FDA) a collecté plus de 120 échantillons des produits utilisés par les personnes malades et elle conduit toute une série d’analyses chimiques, recherchant notamment la nicotine, le THC (le cannabinoïde aux effets psychotropes présent dans la marijuana), mais aussi les produits auxquels ils sont associés dans les solutions.

Vers quoi s’orientent les soupçons ?

Les malades de l’étude ont utilisé des dizaines de produits différents et d’arômes différents. Ceux consommant des produits contenant du THC n’utilisaient pas tous la même marque, mais celui qui revenait le plus fréquemment est commercialisé sous le label « Dank Vape ». Il s’agit de produits vendus en ligne. Les marchands qui les écoulent réutiliseraient fréquemment des cartouches vides, potentiellement contaminées. Les autorités sanitaires ont indiqué concentrer leurs recherches sur des produits de contrefaçon ou des produits coupés.

Les autorités de la santé de l’État de New York s’intéressent également à l’acétate de vitamine E, parfois présent présent dans les solutions qui servent de base aux produits à vapoter, et qui pourraient être toxiques à haute dose.

Mais les autres pistes ne sont pas écartées. Si les aérosols produits par l’e-cigarette sont généralement considérés moins nocifs que la fumée de cigarette, ils conviennent leur lot de particules fines, de métaux lourds, etc. Et les aérosols produits par l’e-cigarette pourraient véhiculer des substances toxiques très profondément dans les poumons.