Le paracétamol, ce médicament prisé mais…risqué !

Le paracétamol est un médicament de référence contre la douleur, la fièvre, les maux de tête ou en cas de migraine. Ce médicament est très prisé par les Sénégalais. Utilisé à bon escient, le paracétamol est un médicament sûr et efficace. Cependant, ce médicament bien toléré présente des risques lorsqu’il est pris à forte dose et à long terme. Reportage !

D’un pas lent, presque traînant, Maïmouna Diop, lunettes de soleil vissées sur le pif, se protège des rayons solaires. Foulard noir sur la tête comme pour se protéger du soleil qui est au zénith, cette dame essaie tant bien que mal de se faufiler entre les véhicules s’étendant à perte de vue à la rue 6 de la Médina. La démarche paresseuse, elle rentre dans la pharmacie. Maïmouna ne restera que quelques minutes dans cette officine, le temps d’acheter un médicament qui, pour elle, l’aidera à calmer sa douleur insoutenable.

«Je viens de me procurer du paracétamol dans cette pharmacie, car j’ai des maux de tête vraiment atroces et de la fièvre. Ils sont causés par le temps qu’il fait et la chaleur qui est insoutenable», explique la jeune dame d’une voix aiguë. «Mais, avec ce paracétamol que je viens d’acheter, je suis sûre que je recouvrai bientôt la santé. J’ai l’habitude de prendre ce médicament parce que, pour moi, c’est le seul produit capable de me soulager quand j’ai une céphalée. Il suffit que j’avale deux à quatre comprimés par jour pour être en forme et reprendre des forces», confie-t-elle.

Tout comme Maïmouna Diop, nombre de Sénégalais utilisent ce médicament analgésique. Très prisé en cas de grippe, refroidissement, migraine ou courbatures, le paracétamol fait partie des médicaments les plus usités au Sénégal. Disponible sans prescription médicale, il peut être ingéré par l’enfant, la femme enceinte et également la personne âgée. Trouvé devant l’arrêt bus, Ibrahima Diatta est pressé. Le regard rivé pendant quelques minutes sur son téléphone, l’homme habillé en costume gris avec des souliers noirs, essaye tant bien que mal de cacher son impatience. De temps en temps, il se lève, scrute l’horizon et se rassoit, un peu déçu de ne pas voir débarquer sa ligne.

Fatigué, un peu déconcerté, il dit : «Le paracétamol est devenu un véritable médicament au quotidien. En cas de maux de tête, ou de fièvre, utiliser le paracétamol est souvent pour moi le premier réflexe. Je ne peux plus me passer de ce médicament. Je suis comme accro. J’en prends à chaque fois que je ressens la moindre fatigue ou douleur. Je prends deux comprimés par jour et je continue mes activités plus sereinement.» Des propos qui renseignent sur l’usage et la popularité du médicament. Les adeptes de ce petit comprimé blanc y trouvent le remède pour se débarrasser de la fatigue, mais également pour le traitement des formes légères et modérées de la douleur après une journée de dur labeur.

«Voici plus de 30 ans que j’utilise ce produit. Et depuis, aucun effet secondaire. Rien !»

L’engouement pour ce médicament est aussi manifeste. Chaque Sénégalais trouve les vertus personnelles du paracétamol. Saliou Diallo ne cache pas sa confiance pour ce médicament. Rencontré devant son étal, l’homme au teint clair sert courtoisement un client. Sur sa table, sont exposés beaucoup de fruits, tels que des bananes, pommes, ananas etc. sous une bâche rouge. Fourré dans un caftan vert avec un chapeau sur la tête, il confie : «Je suis vendeur de fruits, je passe le plus clair de mon temps dehors. Je suis tout le temps exposé à la chaleur et à la pluie. Donc, si j’ai mal ou si je ressens des douleurs, je prends deux comprimés de paracétamol et continue tranquillement mon travail. L’usage exagéré s’explique notamment par son efficacité et sa disponibilité sur le marché, mais également son coût abordable.

Trouvé devant sa boutique, éventail à la main, comme pour chasser la chaleur, Mamy Traoré est en pleine discussion avec une de ses clientes. Mamy Traoré, 60 ans, dit user de ce médicament pour son efficacité. «Le paracétamol soigne tout. C’est un produit très efficace et vous procure un soulagement rapide. Ce médicament a le don de soigner en un temps record le rhume, la fièvre, mais aussi la fatigue.» Elle poursuit, le sourire en coin : «Je l’utilise depuis plus de 30 ans et je me porte comme un charme. Aucun effet secondaire. Rien !»

Pour d’autres, l’usage du paracétamol s’explique par sa disponibilité. Croisé sur la ruelle qui mène au Casino de Sham à Fass, Badou Diagne cogne rigoureusement la porte du véhicule de transport «Ndiaga-Ndiaye». De grosses gouttes de sueur perlent le visage du jeune homme de teint noir anthracite criant à tue-tête «Ouakam, Ouakam», pour attirer le plus de clients. Habillé en jean bleu assorti d’un t-shirt immaculé de cambouis, il prétend utiliser le produit pour sa disponibilité et son prix abordable. «Le paracétamol est très accessible. On peut l’avoir facilement dans toutes les pharmacies et même dans la rue. En plus, il ne coûte pas cher. La tablette se vend à 150 ou même 100 FCfa. Vous voyez, c’est très abordable comme prix. Reprenant difficilement son souffle, le jeune homme, la vingtaine révolue, poursuit : «Dans ce pays, les médicaments coûtent excessivement cher. Il est difficile pour les familles qui n’ont pas de moyens de s’en procurer. Donc, le paracétamol constitue pour nous une aubaine. Car, il nous permet de faire des économies par rapport aux autres médicaments.»

«Médicament le plus vendu à part les préservatifs»

Au Sénégal, le paracétamol fait partie des médicaments que chaque famille garde en réserve dans un coin de son armoire, de sa valise ou dans sa boîte à pharmacie. D’ailleurs, selon certains spécialistes de la santé, ce médicament est l’un des plus vendus dans les officines du pays. Dans la pharmacie de la rue 6, le calme est plat. Tel un hôpital, l’atmosphère est terne. De l’intérieur, on n’entend presque pas de bruit. De temps en temps, une petite sonnerie retentit quand un client ouvre la porte.

A l’entrée, une grande vitrine remplie de produits parapharmaceutiques, notamment des produits de beauté, mais aussi des produits cosmétiques. Trouvé derrière son comptoir, le visage rayonnant, la jeune dame scrute scrupuleusement les ordonnances et fiches éparpillées ça et là sur le comptoir. Derrière elle, sont placés sur des rayons entiers, différentes boîtes de médicaments. Interrogée sur l’usage du paracétamol, la pharmacienne qui a requis l’anonymat, explique que c’est «le médicament le plus écoulé de la pharmacie». Elle annonce : «C’est un fait, le paracétamol a plus de succès que les autres médicaments. D’ailleurs, il est le médicament le plus vendu de notre pharmacie, après les préservatifs. Il est utilisé par beaucoup de Sénégalais parce qu’on peut s’en procurer sans prescription médicale et c’est disponible dans toutes les pharmacies du pays. En plus, c’est un produit efficace.» Une assertion corroborée par les données de la Direction de la Pharmacie et du Médicament qui chiffre à 370.049 boîtes, le nombre de boîtes de Paracétamol vendues entre 2018 et 2019. Tous laboratoires confondus !

«Un usage abusif peut entraîner de graves lésions au foie et une hépatite toxique»

Médicament antidouleur le plus vendu, la plupart du temps sans ordonnance, le paracétamol est recommandé contre de nombreuses pathologies douloureuses, aiguës ou chroniques. Il est considéré comme globalement moins dangereux que les anti-inflammatoires, également prescrits pour soulager la douleur. Cependant, même s’il est très rare que ce médicament soit à l’origine d’effets indésirables ou secondaires, lorsqu’il est bien utilisé, un usage abusif peut s’avérer dommageable chez certains patients. En effet, un surdosage en paracétamol peut provoquer de graves lésions du foie qui peuvent mettre la vie du patient en danger. Il peut entrainer une hépatite toxique.

Selon le docteur Abdourahmane Daff, «au delà de 6 grammes par jour chez l’adulte de plus de 50 kilos, le paracétamol peut être toxique pour le foie et, plus rarement, pour les reins». «Cet organe est chargé de détoxifier ce médicament. Il joue, entre autres, un rôle dans l’élimination de substances toxiques telles que l’alcool ou les médicaments, mais également dans le métabolisme énergétique. Or, en cas d’excès de paracétamol, les capacités épuratrices du foie sont épuisées et une hépatite fulminante potentiellement mortelle peut survenir. Ce risque s’accentue, si à cette surdose, s’ajoute une consommation d’alcool. Et souvent sur les boîtes la note, «surdosage égal danger» est notifié mais comme les Sénégalais achètent plus les tablettes génériques à 100F que la boîte, c’est aux pharmaciens de les avertir en leur faisant savoir que le surdosage peut être nocif à leur santé, explique le médecin généraliste au Centre hospitalier national de Fann.

Outre les problèmes hépatiques, le paracétamol peut être désavantageux pour les personnes atteintes de maladies rénales. «Ce médicament peut, en effet, augmenter le risque de progression de la maladie rénale. Donc, il faut espacer les prises d’au moins 4 heures, ne pas dépasser 3 comprimés par jour sans avis médical et surtout éviter de prendre un autre médicament contenant du Paracétamol», confie la blouse blanche. Même si la prise du paracétamol ne demande pas d’ordonnance, l’usage abusif du bien nommé «nioket (nom sénégalais pour désigner le paracétamol)» peut être dangereux pour la personne. «De ce fait, beaucoup de Sénégalais devraient éviter de l’utiliser à toute sensation de douleur. Car, tout excès est nuisible», termine Dr Daff. C’est dit !

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