Avortement médicalisé : Le Sénégal au banc des accusés

« L’interdiction de l’avortement est une violation d’un droit fondamental et ce sont les femmes les plus démunies qui en souffrent », a affirmé Awa Tounkara de l’Association des femmes juristes sénégalaises (Ajs). Faisant son exposé sur l’argumentaire juridique pour l’autorisation de l’avortement médicalisé en cas de viol ou d’inceste lors de l’atelier de renforcement de capacités des journalistes spécialisés en santé des 14 régions du Sénégal, ce lundi, elle a fait savoir que le Sénégal a ratifié les conventions sur les droits de la personne humaine sans réserve, en 2014.

Du coup, le Protocole à la Charte Africaine aux Droits de l’Homme et des peuples relatif aux droits de la femme en Afrique dans son article 14 exige les Etats parties de protéger les droits reproductifs des femmes, particulièrement en autorisant l’avortement médicalisé, en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste et lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus. D’où son nom, le Protocole de Maputo. Mais, pour la Task force, il y a une contradiction entre les engagements internationaux et la législation interne.

« Le droit à l’avortement est un droit humain fondamental »

Awa Tounkara de soutenir que l’article 35 du code de déontologie médicale est trop contraignant, avec des conditions quasi impossibles à réunir dans certaines localités. De plus, l’article 15 de la loi sur la Santé de la Reproduction dit qu’il ne peut être procédé à un avortement thérapeutique que si cette intervention est le seul moyen susceptible de sauvegarder la vie de la mère. Pis, le code pénal prévoit des sanctions contre les auteurs d’avortement.

Sur ce, elle a indiqué que dans un Etat de droit, l’Etat doit respecter ses engagements internationaux et sa Constitution. « C’est l’obligation pour tout Etat de droit de ne pas porter atteinte, de sanctionner les atteintes, de vulgariser, de prendre les mesures nécessaires (budgétaires, législatives, administratives) pour rendre le droit effectif », souligne-t-on dans le document. L’Ajs estime que le droit à l’avortement est un droit humain fondamental, et toute femme se trouvant dans l’un ou l’autre cas indiqués dans le protocole de Maputo doit pouvoir jouir de ce droit.

« Les avortements clandestins tuent les femmes »

« Traiter l’interdiction de l’avortement comme une violation des droits de la personne met le Sénégal face à certaines responsabilités. Il est tenu non seulement de ne pas enfreindre ces droits, mais également de veiller à leur protection et leur réalisation dans leurs politiques et sur leur territoire. Non seulement les avortements clandestins tuent les femmes, mais ils altèrent aussi leur santé, souvent de façon irrémédiable », a-t-elle plaidé.

La Taskforce est un comité qui est chargé de mener des stratégies visant à informer les décideurs et le public sur la problématique de l’avortement à risque et parvenir à un changement social et à terme de la réforme de la loi sur l’avortement.