Cocaïne, faux médicaments, concussion… La loi des trafiquants

La libération annoncée (et non démentie) de 4 protagonistes dans l’affaire de la cocaïne saisie au Port de Dakar en juillet dernier, donne une image catastrophique du Sénégal et fragilise ses institutions de lutte contre un fléau mondial. Pire, il inciterait les petits voleurs de poules et téléphones portables, souvent condamnés à de lourdes peines de prison, à rejoindre le business lucratif d’un secteur où la protection ne risque pas de leur faire défaut.

Il y a quelques semaines, le président de la République affirmait avoir été abusé (par qui ?) à propos de la libération frauduleuse d’un trafiquant de faux et vrais médicaments condamné par la justice sénégalaise, en compagnie d’autres complices. Avec des complicités actives au sommet de l’État sénégalais, Amadou Oury Diallo a ainsi pu quitter le territoire national et serait retourné dans son pays d’origine, la Guinée. On ne le reverra pas de sitôt !

Devant l’incompréhension populaire qui a suivi cette libération en cachette, le chef de l’État s’était engagé à ce que la lumière soit faite. Depuis, Macky Sall est passé à autre chose. Affaire classée, comme d’habitude.

Cette semaine qui vient de s’écouler, divers médias locaux ont annoncé la libération d’une cohorte de présumés trafiquants arrêtés au mois de juillet dernier après la saisie d’environ 1 tonne de cocaïne par la Douane sénégalaise au Port de Dakar. Il s’agirait de quatre étrangers : un couple de ressortissants allemands et deux Italiens. Leurs présumés complices, Sénégalais eux, ne seraient pas concernés par cet élargissement. Le parquet, en toute transparence, s’est emmuré dans un noir silence qui n’est pas loin d’être un aveu.

Qu’en pensent les Usa et l’Onudc ?

Le trafic de drogues (cocaïne et héroïne, notamment) est devenu un fléau mondialisé qui mobilise la communauté des nations, avec des instruments institutionnels.et opérationnels visant à contrecarrer le business des cartels de trafiquants là où cela est possible de le faire. L’exemple sénégalais qui a consisté à libérer en catimini des protagonistes, hors toute communication officielle, est donc un mauvais signal envoyé au reste du monde sur la (faible) détermination des autorités politiques à être au diapason du rejet universel de la criminalité transfrontalière en la matière.

Ce laxisme va inciter une puissance comme les États-Unis ou un organe comme l’Onudc à ouvrir des enquêtes parallèles aux fins de connaître les mobiles d’un rebondissement inattendu, ainsi que ses commanditaires éventuels.

Questions sans réponses

Cette libération en cachette de 4 protagonistes de l’affaire de la drogue saisie au Port de Dakar écorche l’image de notre pays sur l’échiquier international et laisse ouvertes de multiples questions sur ses tenants et aboutissants. Qui a fait libérer ces personnes ? Sur quelles bases l’ont-elles été ? Leurs arrestations relevaient-elles de méprises que le parquet s’est empressé de corriger ? Les ambassades d’Italie et d’Allemagne ont-elles fait pression sur le Sénégal pour obtenir l’élargissement de leurs ressortissants ? Y a-t-il eu chantages et menaces suivis de négociations ? Pourquoi la justice sénégalaise se morfond-elle dans un tel silence ? Les soupçons d’un deal entre politiciens et trafiquants présumés sont d’autant plus forts que, bien avant même cet épisode, la presse avait fait état à plusieurs reprises de pressions diverses visant à faire sortir de la prison de Rebeuss les 4 ressortissants étrangers en détention.

Dans le mystère ambiant, les principaux acteurs de la traque contre les trafiquants de drogue (douaniers, gendarmes, policiers, etc.) vont se poser des questions, les mêmes qu’ils se posent peut-être souvent en regard de la gouvernance ambiguë qui caractérise ce sous-secteur de l’économie et de la société. À quoi sert-il de faire un job si dangereux si l’impunité doit être institutionnalisée en fin de chaîne ? C’est ainsi que naissent les narco-États.

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