RESEAUX SOCIAUX ET VIOLENCES BASEES SUR LE GENRE : La Femme entre libertés et désillusions.

Ce qu’un peuple a plus de cher demeure sa gente féminine. La femme est partout considérée comme un levier essentiel de sauvegarde de la culture et de la dignité d’une communauté. Depuis la création du monde, elle a joué ce rôle qui a facilité même la survie des hommes et le maintien de la paix entre les individus. Son corps, gardé religieusement en était le symbole. Toutefois, depuis quelques années, on semble assister à un autre phénomène. Avec l’avènement des technologies de l’information et de la communication, surtout avec la prolifération des réseaux sociaux, la femme semble être utilisée comme un jouet, comme une œuvre destinée tout entière à la contemplation malgré les restrictions religieuses, sociales et culturelles qui la protègent.

Aujourd’hui, détenir un téléphone portable smartphone, une tablette numérique ou un ordinateur est presque une obligation pour tout individu. Au-delà de leur utilité communicationnelle, ces gadgets du troisième millénaire offrent à leurs usagers d’innombrables possibilités parmi lesquelles, le regroupement virtuel d’une large frange de la population dans des espaces numériques virtuels appelés « réseaux sociaux » qui pullulent depuis lors. Ce sont des espaces de rencontres, d’échanges et de partages qui ont pour objectif fondamental de rapprocher des personnes éloignées par la distance.

Par contre, ces réseaux sociaux semblent être utilisés à mauvais escient. En effet, en parcourant ces espaces, on a l’impression qu’il n’y a pas de limites dans la publication des images ou vidéos, parfois même des fichiers audio. Ces derniers mettent à nu toute la dignité de la femme à des fins aussi diverses que variées. On lit dans un blog cette question qui a attiré fortement notre attention et a suscité notre réflexion : « La mode, la publicité et le star-system ont fabriqué et fabriquent toujours des images stéréotypées du corps féminin : plus sexy, plus mince, plus jeune. Et si le rêve tournait au cauchemar pour votre amie, votre sœur, votre femme, votre fille, votre mère ? » (http://rqasf.qc.ca/blogue/vendre-du-reve).

La société de consommation a créé dans la tête des consommateurs des images telles que le corps de la femme est devenu un argument de vente. Partout, dans toutes les campagnes de communication à travers les réseaux sociaux des corps de femmes sont exposés pour exciter le besoin et attirer nouveaux consommateurs. D’autre part, cette hyper sexualisation et cette marchandisation du corps de la femme exposent les usagers de la toile à de nouveaux comportements qui, à cause de la mondialisation des informations, ne perdent pas une seconde pour affecter, pour ne pas dire infecter, les femmes de l’autre bout du monde. Dans son mémoire de Maîtrise en service social à l’École de service social de la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa, Paul Julianne montre que ce phénomène est une forme de violence psychologique subie par les femmes qui sont dès lors enclines à comparer leur apparence physique à des stéréotypes diffusés sur la toile. « Ils sembleraient que les femmes vivent tout de même des inconforts émotionnels lorsqu’elles se comparent aux personnalités publiques qui correspondent aux standards corporels, malgré l’impertinence de cette comparaison considérant l’écart des similitudes au niveau de l’apparence physique », remarque-t-il. Dans le même cadre, le conseiller d’orientation psychologue Adrien Théodore Diène estime qu’il serait difficile d’expliquer l’origine de ce problème sans se baser sur des études scientifiques mais de façon empirique on peut faire la typologie des cas de violences qui sont le plus souvent observés. Selon lui, « Ces images passent le plus souvent par la publicité de tel ou tel produit. C’est le cas notamment pour les produits cosmétiques dont la promotion passe par un usage à la limite de la décence du corps de la femme. »

Au Sénégal, la situation est du moins, des plus alarmantes. Souvent, les femmes sont victimes de leur propre utilisation des réseaux sociaux. Un jour on rencontre des femmes nues dans les statuts ou groupes whatsapp, sur un mur facebook ou instagram. Souvent postées par inadvertance ou à dessein par des ennemis, ses images de femmes font automatiquement le tour de la toile (effet recherché d’ailleurs). Cette forme de maltraitance de la femme par son corps et dans son âme, constitue un fléau moderne portant atteinte à la dignité du genre féminin et à la stabilité de la cellule de base qu’est la famille. Combien de femmes ont été expulsées de la sphère familiale à cause de leurs images de nudité surpris dans la toile ? Combien de femmes en ont payé les frais par leur mariage ? Ou par leur travail ? On a assisté à la manière dont une femme a été répudiée par toute sa famille parce que des vidéos la montrant à poils défrayaient les réseaux sociaux. Ces vidéos auraient été destinées à son fiancé dans toute l’intimité et la discrétion de leur relation. Tombées miraculeusement sur les mains d’un indiscret, elles ont été la cause d’une violence sociale exercée sur elle dans toute sa rigueur. Récemment à Mbour, une femme se prenait en vidéo à poil dans le but de l’envoyer à son amant. Tombées sur dans les mains d’un indiscret, ces vidéo ont fait le tour de la toile en un temps record. Ce qui lui a valu le rejet de toute sa famille respectée dans la ville.

Ailleurs, c’est une autre femme qui publie les images du sexe de la maîtresse de son mari retrouvées sur le téléphone de son mari envoyées par sa maîtresse. Prise par la jalousie et la dépression, elle décide de l’humilier au vu et au su du monde entier. Une autre forme de violence infligée à une femme par une autre.

Nous conviendrons donc, que le cyber harcèlement ne concerne pas uniquement les femmes exerçant un métier public, même leur statut de star les expose. Dès lors, n’importe quelle femme, de n’importe quel âge et n’importe quel statut est susceptible d’être prise pour cible. Dans cette lancée, on est tenté de se poser la question : les femmes jouissent-elles des bienfaits des réseaux sociaux ou souffrent-elles plus de leurs dérives ? Même si certains pensent que internet constitue le seul espace de liberté de la femme, car lui donnant les mêmes privilèges que l’homme, cette apparente liberté n’est qu’un beau mensonge. En effet, internet n’est rien d’autre que le prolongement technologique, de la réalité vécue par toutes les communautés. Les mêmes codes de conduites y sont reflétés, les mêmes pratiques y sont exercées selon les ères et les aires.

Pour le sociologue Diène, les impacts que ce phénomène sur notre société sont multiples : « les réseaux sociaux peuvent constituer une fenêtre par laquelle s’échappent les valeurs inculquées par les parents et par la même occasion laisser entrer des contre-valeurs qui viennent ruiner tous les efforts consentis par les parents pour l’éducation de leurs enfants ». Ensuite, montre-t-il : « Les réseaux sociaux, grâce à l’usage des pseudonymes est un endroit où les individus peuvent s’affranchir de toutes les contraintes sociales. Si cela a un bon côté notamment pour les praticiens des sciences humaines, cela peut tout de même porter atteinte aux fondements même d’une nation du fait de certains commentaires de nature à exacerber un sentiment de communautarisme », prévient le Psychologue-sociologue.

Finalement, les réseaux sociaux et Internet en général ne sont rien de moins qu’une réplique exacte de la vie réelle. Derrière l’écran, la vie existe ; après la publication, la vie continue.

Qu’en dit la loi sénégalaise ?

Docteur en Droit, Chargé de Cours à l’Université Cheikh Anta Diop, Papa Saer Gueye dit le droit sur la cybercriminalité.

La diffusion d’images et de données sur la toile est règlementée par la loi sénégalaise selon le Docteur en Droit Papa Saer Gueye, chargé de cours à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Pour lui, le constat premier à faire est l’existence du droit à l’information qui est souvent associé à la liberté d’opinion et d’expression qui sont des libertés fondamentales consacrées par notre charte fondamentale, la constitution en son article 10. « Si vous lisez cet article, rappelle-t-il, on vous dira que toute personne a la liberté de s’exprimer, d’avoir son opinion, de produire des images, d’informer et tout ce qui s’en suit ».

Toutefois, à la question ’’Est-ce qu’au nom de la liberté d’opinion et d’expression, au nom du droit à l’information, on peut diffuser des informations qui peuvent nuire à une personne lambda sur le net ?, le Docteur en Droit nous informe que le législateur sénégalais a prévu des textes. « Mais ces textes sont inspirés des conventions internationales qui existaient déjà. Si nous prenons par exemple la Charte africaine des Droits de l’homme et des peuples en son article 9 – 1, il prend en compte cela », confie Papa Saer Gueye. Avant de continuer : « il en est de même de la charte européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales qui également en son article 10 prévoit cela. Nous avons la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 en son article 19 – 2 qui prend en compte également cette protection », fait savoir le Docteur Gueye.

Dans cette lancée, il montre qu’au plan interne (c’est-à-dire au niveau du Sénégal, ndlr), nous avons 2 dispositions qui peuvent rentrer dans ce cadre de la protection ou de la violation des données à caractères personnels ou du droit à l’image. « Nous notons d’abord la loi 2008 – 11 du 25 janvier 2008 sur la cybercriminalité et la loi 2008 – 12 du 25 janvier 2008 sur les données à caractère personnel ». Selon cette loi, la cybercriminalité est le fait de commettre des infractions par l’utilisation du support électronique, par l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Donc, toute infraction commise à l’aide de ces outils peut entrer dans le cadre de la cybercriminalité, autrement dit, « il y a une sorte de dématérialisation des infractions de droit commun qu’on connaissait », précise Papa Saer Gueye.

C’est en cela qu’il faut partir du constat que si on viole les données à caractère personnel d’un individu, on tombe sous le coup de la loi parce que, explique-t-il, « la loi de 2008 sur les données à caractère personnel considère que toute personne morale, ou physique qui utilise les données d’une personne sans son consentement à des fins commerciales, de marketing ou autre (comme des films pornographiques, des photos intimes), tombe sous le coup de la loi », avertit le Chargé de Cours à l’Université Cheikh Anta Diop. « L’article 331 – 18 de la loi 2008 – 11 sur la cybercriminalité qui a été intégrée dans le code pénal sénégalais, stipule que quiconque aura, même par négligence procédé ou faire procédé à un traitement qui a fait l’objet de la mesure prévu au point 1 doit faire l’objet d’un emprisonnement d’un an à sept ans et d’une amende allant de 500.000f à 10 millions de francs CFA », renseigne Papa Saer Guèye.

A en croire Monsieur Guèye, ces peines ne sont pas dissuasives dans la mesure où la notion de crime implique des infractions très graves qui généralement font l’objet d’une peine d’emprisonnement de 10 ans et plus.

IDY NIANG

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.