TAMBA, AU COEUR DE LA DROGUE

La région de Tambacounda est-elle une zone de transit ou un pivot du trafic de drogue ? En tout cas, l’on enregistre de plus en plus d’importantes saisies de stupéfiants dans la zone par les Forces de défense et de sécurité. Dans cette région frontalière avec le Mali et la Gambie, le trafic de drogue est devenu intense avec le phénomène des motos-taxis Jakarta.

Plusieurs trafiquants se servent de ces moyens de transport pour réussir à emprunter des pistes inaccessibles pour des véhicules. Ce qui rend difficile la lutte contre ce fléau qui constitue un danger pour le pays. Selon des informations obtenues auprès de la Brigade régionale des stupéfiants de Tambacounda, les principales drogues saisies sont le cannabis, la cocaïne, le haschich et l’amphétamine. Le département de Koumpentoum et l’arrondissement de Missirah restent les contrées où le trafic de drogue est le plus dense dans la région de Tambacounda.

La question est très sensible. Rares sont les personnes ou autorités officielles qui acceptent d’épancher sur le trafic de drogue, malgré le fait d’avoir entrepris toutes les démarches nécessaires. Il constitue pourtant une menace à même de tuer l’économie du pays mais également un danger pour les populations surtout les jeunes. Pour certains qui acceptent d’en parler, le trafic de drogue gagne du terrain dans la région de Tambacounda. Située à l’Est du pays et composée de quatre départements dont Bakel, Koumpentoum et Goudiry, Tambacounda est une région frontalière avec le Mali. Du fait de cette situation géographique, elle est le pont de passage de vagues de camions et de véhicules de transport en commun en provenance ou en partance pour ce pays voisin. En plus de cela, Tambacounda qui est aussi frontalière avec la Gambie, se situe dans la même zone et quelques encablures de Kédougou ou «la Terre des Hommes». L’exploitation de l’or dans cette deuxième région du Sénégal Oriental (Kédougou) attire plusieurs individus de nationalités différentes, surtout avec l’installation de sociétés minières et des firmes d’exploitation. Outre cela, la région orientale fait partie des plus pauvres du Sénégal, avec un taux de pauvreté de 55%, selon l’Ansd et se caractérise aussi par l’absence d’infrastructures. Ces facteurs cités favorisent ainsi le trafic de drogues à Tambacounda. La drogue transite par cette région pour être acheminée vers Dakar, Thiès ou d’autres régions du pays.

QUAND LES MOTOS-TAXIS JAKARTA FACILITENT LA VENTE DE DROGUE

Les circuits routiers utilisés par les trafiquants, et qui constituent les principales entrées dans le pays pour cette partie orientale, sont les axes Kidira-Tambacounda et Moussala (Kédougou)-Tambacounda pour les transporteurs qui viennent du Mali et Bignona-KoldaTambacounda pour ceux qui quittent la Casamance. La libre circulation des personnes étant une réalité dans cette partie du pays, certains en profitent pour dissimuler la drogue dans les camions, les véhicules de transport en commun, les motos-taxis Jakarta qui la transportent. Malgré la répression contre le trafic de drogue, les dealers ne manquent pas de ruses: ils la cachent bien ou la camouflent dans d’autres produits. Parfois même, elle est emballée dans des sacs de voyage ou dissimulée dans une cachette sous forme de double fond à l’avant des camions. Même si les Forces de sécurité et de défense veillent au grain dans les postes frontaliers, cela n’a pas suffi à enrayer le trafic de drogue dans la région de Tambacounda. Ce, à cause des nombreuses pistes impraticables qui existent mais aussi au phénomène des motostaxis Jakarta, principaux moyens de transport dans l’Est du pays. Les trafiquants ont désormais recours à ces deux roux pour le transport de la drogue, compliquant ainsi la lutte contre le fléau.

10 MOTOS SAISIES EN 2018 ET 15 DEPUIS LE DEBUT DE L’ANNEE 2019

Ce qui a fait qu’en 2018, la Brigade régionale des stupéfiants de Tambacounda a saisi 10 motos des catégories Jakarta et Super. Mieux, depuis le début de l’année 2019, 15 motos ont été saisies (Jakarta, Super, Lifan), leurs propriétaires interpellés. «La région de Tambacounda est très vaste et il y a beaucoup de zones inaccessibles pour les véhicules. Du coup, les trafiquants transportent parfois la drogue sur les motos et empruntent ces pistes. Et c’est ce qui intensifie le trafic mais aussi rend difficile la lutte», nous explique une source policière. Si donc le trafic de drogue a atteint ces proportions dans le Sénégal oriental, c’est en grande partie à cause de ces motos-taxis. Comme exemple, notre source cite ce qui se passe dans la zone frontalière avec la Gambie. «Plusieurs personnes utilisent des motos pour venir se ravitailler au village de Saré Béla (Péka 12), situé à 30 km de la Gambie, avec des motos. Et les pistes sont inaccessibles, même si parfois on arrive à mettre la main sur eux une fois sortis de la zone», ajoute notre source. Ce qui souvent ne se fait pas sans risque, en ce sens que des conducteurs de motos, pardon des convoyeurs de droguer par motos, sont pour la plupart armés de pistolets automatiques, de fusils de fabrication artisanale ou moderne. Si on retrouve des postes de Police et de Douane pour le contrôle dans les grandes zones, et des points stratégiques, ce n’est pas le cas pour les petits villages. Plusieurs personnes préfèrent ainsi emprunter ces passages irréguliers pour éviter les contrôles policiers ou douaniers, même si elles seront refoulées une fois qu’on les voit. Car les Forces de sécurité se donnent aussi les moyens de traquer les trafiquants jusque dans leurs derniers retranchements au niveau de ces pistes impraticables ;

CONSOMMATION DE DROGUE CHEZ LES JEUNES : Les conducteurs de motos taxis Jakarta confirment

La consommation de la drogue continue de s’étendre à Tambacounda. Dans la ville, comme dans les zones rurales, beaucoup de jeunes s’y adonnent. Et c’est ce que confirment plusieurs jeunes interrogés. «C’est un secret de polichinelle de dire que les jeunes fument du chanvre indien ici. Mais ce n’est pas fortuit. A Tambacounda, il n’y a pas de travail pour les jeunes à part conduire les motos-taxis Jakarta qui ne rapporte presque rien du tout», dit un conducteur de motos-taxis Jakarta croisé au marché central. Un autre jeune rencontré juste à côté d’une station d’essence sur la route nationale embouche la même trompette. «Vous avez vu la ville, il n’y a presque rien pour notre catégorie. On dirait qu’on est faits pour conduire des motos-taxis Jakarta, un secteur qui est très désorganisé d’ailleurs. Les problèmes sont très nombreux et cela augmente le stress, des conditions de vie» difficiles, fait savoir le jeune homme. Même si la consommation de drogue est dense chez les jeunes, c’est rare de croiser les fumeurs dans les rues, dit-on. Pour éviter les patrouilles ou les check-points de la Police, ils se retranchent dans la brousse pour le faire et revenir. L’approvisionnement se fait auprès d’un semi-grossiste, qui habite à proximité, selon des quantités qui peuvent aller de la savonnette de 250 grammes à quelques kilos.

MONTEE EN PUISSANCE DU TRAFIC DE DROGUE : Koumpentoum et Missirah se distinguent

Selon cet agent de Police, les saisies de drogue les plus importantes dans la région de Tambacounda ont été effectuées dans le département de Koumpentoum et dans l’arrondissement de Missirah. La plus marquante en 2019 est celle d’un champ de 986 plants de cannabis détruit.

KOUMPENTOUM: 15 KG ET 986 PLANTS DE CANNABIS SAISIS EN 2018 ET 2019

En 2018, huit opérations ont été menées dans le département de Koumpentoum par la Brigade régionale de lutte contre les stupéfiants de Tambacounda impliquant huit trafiquants. Au total, 15 kg de cannabis ont été saisis lors de ces différentes opérations. Sur 10 opérations menées en 2019 dans le même département impliquant 17 trafiquants, on note une saisie d’un champ de 986 plants de cannabis à Niani. L’enquête a mené à l’arrestation de son propriétaire qui croupit en prison depuis lors. La drogue est cultivée dans la région de Tambacounda, même si c’est rare de saisir des plans de cannabis cultivés.

MISSIRAH : 14KG DE CHANVRE INDIEN SAISIS EN 2018 ET 19 KG EN 2019

En 2018, Missirah a été au centre de six opérations policières qui ont permis de mettre la main sur 14 kg de chanvre indien. Tandis que depuis le début de l’année 2019, sur quatre opérations menées dans la même zone, 5 personnes ont été appréhendées avec 19 kg de chanvre indien.

Par Mariame DJIGO (De retour de Tambacounda)

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