UNE SOLUTION NUMÉRIQUE DES MALIENS POUR VOLER AU SECOURS DES AGRICULTEURS AFRICAINS.

Comme dans de nombreux domaines, les Technologies de l’information et de la communication (Tic) se développent de plus en plus dans le secteur agricole, et cela en vue d’améliorer la productivité et maîtriser le coût des investissements. Cette transformation se fait à travers l’automatisation du processus de collecte, de traitement de données et de diffusion de l’information météorologique, agricole et végétale. L’objectif recherché dans cette démarche, c’est une meilleure prise de décision dans la conduite des activités agricoles, notamment le suivi des cultures, les points d’eau, le calcul des besoins en eau et de la consommation réelle des cultures en eau, la détermination des quantités d’eau nécessaires à l’irrigation ainsi que le moment précis pour mener cette activité.
Bourehima Coulibaly fait partie des férus des technologies de l’information et de la communication qui sont en train d’innover les activités agricoles dans notre pays. Après la fin de ses études en France, cet informaticien est rentré définitivement au pays pour créer une entreprise dénommée Société africaine des technologies agricoles et environnementales (SATGRIE S.A.S), basée sur IOT (Internet Of Things). «L’application E.sènè est mon produit phare. C’est un système IOT basé sur des capteurs qui analysent le sol afin de collecter les informations sur les besoins nutritionnels du sol (eaux, température, radiation, lumière, nutriments) en fonction du type de plante cultivé.

Ces données sont combinées à des informations environnementales et météorologiques afin de fournir et de déterminer la quantité exacte d’eau et de fertilisant nécessaire au bon développement des plantes», explique le jeune entrepreneur, ajoutant que ces capteurs peuvent être combinés à un système d’irrigation dans l’objectif de réduire le taux d’utilisation de l’eau et des fertilisants tout en assurant la multiplication des récoltes et la productivité.
Pour l’ancien consultant en ingénierie logicielle à CAPGEMINI (première entreprise de services numériques en France), l’idée du projet E.sènè est venue de trois questionnements : pourquoi l’exode rural augmente d’année en année au Mali ? Pourquoi les agriculteurs effectuent seulement une à deux récoltes par an ? Face au réchauffement climatique qui affecte les populations en zone rurale, quelle solution technologique pourrait améliorer leurs conditions de vie ?
«Le Mali est un pays agricole par excellence. Nous bénéficions d’un climat soudano-sahélien qui se manifeste par une saison sèche et une saison des pluies. Et la saison des pluies ne durant qu’entre 4 et 5 mois ne permet pas aux agriculteurs de produire suffisamment. Les paysans dépendent essentiellement de l’agriculture pluviale. Pendant les 8 à 9 mois restants, ils vivent des petits commerces et d’élevage. Les jeunes n’ayant pas de travail pendant cette période sèche pratiquent l’exode rural à hauteur de 80% », développe Bourehima Coulibaly.

Pour l’instant, la solution numérique E.Sènè n’est pas encore sur le marché. En effet, notre jeune entrepreneur et son équipe ont eu à créer deux prototypes de cette solution qu’ils ont déjà testés. Cette phase leur a permis de passer à l’industrialisation. «Une fois l’industrialisation terminée, c’est là qu’on commence à le commercialiser. A ce jour, le système E-sènè est utilisé par l’Institut d’économie rurale (IER) pour des recherches», affirme le jeune développeur, tout en précisant que la phase de test a été déjà validée, et que le système est bien fonctionnel. «Nous avons effectué les tests dans deux champs, un à Gouana et le second à Zougounè», révèle-t-il.
MODE DE FONCTIONNEMENT- Notre informaticien explique qu’il y a deux cas de figures dans l’utilisation de cet outil numérique. «Le premier cas de figure, c’est lorsqu’on se retrouve dans un champ avec un système d’irrigation. Une fois dans le champ, on analyse le type du sol et on essaye d’identifier le type de culture à utiliser. Une fois ces informations recueillies, on implante les capteurs dans différentes parties du champ, et chaque capteur va collecter le besoin réel en eau et en fertilisant du type de culture», dit-t-il. « Les capteurs transmettent ensuite ces informations à un boitier principal connecté à une pompe à eau submersible (qu’on peut mettre dans l’eau). Par la suite, le boitier fait un calcul de ratio et active la pompe en fonction des données reçues, distribue l’eau et les fertilisants aux cultures de façon autonome», explique le spécialiste en sécurité des services, serveurs et applications.

Pour le créateur de l’application E.sènè, le second cas s’applique lorsqu’on se trouve dans un champ sans un système d’irrigation. «Dans cette situation, l’outil est utilisé comme aide à la prise de décision. Les capteurs essayent d’envoyer les informations au boitier qui contrôle la pompe, envoie les infos sur un serveur, à travers lequel les agriculteurs peuvent avoir accès aux données », détaille l’expert. Avec ce processus, l’agriculteur saura ainsi quels sont les produits chimiques, les engrais organiques ou la composition de l’engrais, ainsi que la quantité d’eau qu’il faut pour son champ. « Aussi, grâce à un serveur vocal, l’agriculteur a accès à toutes ces informations en appelant un numéro et cela dans toutes les langues au Mali. En fonction de cela, il lui sera donné tous les conseils agronomiques en fonction des besoins de son champ en eau et fertilisants», indique le jeune informaticien.

Dans le cadre des activités dédiées aux startups, Bourehima Coulibaly et son équipe ont été primés à plusieurs reprises au niveau national et international. Sur le plan international, le jeune développeur a gagné le prix spécial du jury pour l’innovation à Marrakech en juillet 2017 lors de la Green Africa Innovation Booster (une compétition internationale). En 2016, la startup était parmi les lauréats du concours mondial de l’entrepreneuriat social de la zone francophone (France, Suisse, Liban et les pays francophones d’Afrique). Bourehima Coulibaly a aussi remporté Seedstar Bamako, ce qui lui a permis de représenter le Mali au Mozambique et en Suisse fin 2017. L’application E.sènè a été élue par Total en tant que meilleure startup malienne de 2019, et a remporté le prix du concours du Salon de l’entrepreneuriat jeune (SALEP), organisé cette année par le ministère en charge de la Promotion de l’investissement privé.