Violence au Sénégal : Quand les hommes tuent, les femmes défigurent et ébouillantent à mort

Men pray next to a coffin during a burial in a cemetery in the regional capital Ziguinchor, southern Senegal on January 7, 2018 following an attack by armed men in the Bayotte forest. A ministerial fact-finding mission was headed to Casamance in southern Senegal on January 7, after 13 youths were killed in the first upsurge in violence in the isolated region in years. The youths were collecting wood in the Bayotte forest, 20 kilometres (12 miles) from the regional capital Ziguinchor, "when they were attacked by an armed band of 15 people", army spokesman Abdou Ndiaye told AFP. A source in Ziguinchor said that 13 were killed and two were able to escape, with Ndiaye adding that seven others were injured in the attack. / AFP PHOTO / SEYLLOU

– La violence semble définitivement s’installer dans les familles et dans les concessions au Sénégal. Une violence sous toutes les formes, accentuée par le semi-confinement rendant la cohabitation très heurtée et les nerfs à fleur de peau. Chacun y va désormais avec ses « armes ». Si les hommes continuent de poignarder, les femmes leur disputent désormais la palme de l’atrocité avec l’ébouillantage ou la défiguration. «L’Obs» revient ici sur les faits de violence les plus saillants au Sénégal pendant les trois derniers mois. Des faits classés par catégorie et localité.

A MI-MAI 2020 : CRIMES, MEURTRES ET HOMICIDES INVOLONTAIRES

KOUNOUNE : Khady Diouf meurt de brûlures après avoir été ébouillantée par sa belle-fille

Khady Diouf, 69 ans, est découverte morte dans sa salle de bains où elle a été traînée après avoir été ébouillantée par sa bru du nom de Souadou. C’était le vendredi 15 mai en début d’après-midi. Un crime d’une atrocité telle que toute la cité Air France de Kounoune, dans le département de Rufisque, s’est lancé aux trousses de la bru aperçue quittant les lieux quelques minutes seulement avant cette découverte macabre. Rattrapée, elle est ramenée sur les lieux où les voisins témoignent de l’acharnement au quotidien de la bru sur la belle-mère qui, pourtant, l’avait choisie toute jeune pour l’amener à ses côtés, la couver et la donner plus tard en mariage à son fils, ex-auxiliaire gendarme reconverti dans le business.

THIAROYE : Ébouillantée avec de la bouillie de riz « Sombi », Khalimatou Diallo trépasse

Vendredi 15 mai, Khalimatou Diallo, dans le coma, meurt à l’hôpital Idrissa Pouye de Grand-Yoff où elle a été évacuée quelques heures avant. Âgée de 30 ans, cette mère de famille d’origine guinéenne avait été ébouillantée huit jours plus tôt par Mariama Sall avec qui elle partage la même maison au quartier Touba-Thiaroye, dans la banlieue. A l’origine de ce crime, une cohabitation difficile entre deux dames qui en étaient à leur troisième prise de bec. Selon les autres colocataires qui partagent la même cour, toutes les deux traînent des blessures qui sont les séquelles de leurs multiples confrontations. Et chaque fois, le différend est réglé à l’amiable jusqu’à la date fatidique du vendredi 08 mai lorsque, dans l’après-midi, les deux dames soldent encore leurs comptes par un ébouillantage mutuel : soupe contre bouillie de riz («sombi»). «Khalimatou a déversé une soupe de pomme de terre sur Mariama qui esquive. Légèrement touchée, elle s’empare à son tour d’une marmite remplie d’une chaude bouillie de riz appelée ‘’Sombi’’ qu’elle déverse sur Khalimatou», ont témoigné les colocataires dont le père d’une fillette de quatre ans touchée par un jet de cette bouillie de riz. Gravement brûlée, Khalimatou meurt huit jours plus tard, soit le vendredi 15 mai. «Brûlures thermiques du deuxième degré sur environ 35% du revêtement corporel à la face postérieure du tronc et de la racine des membres supérieurs d’un sujet porteur d’une cardiopathie hypertrophique modérée», a conclu le médecin-légiste de l’hôpital Idrissa Pouye. Mariama Sall qui avait pris la fuite, a été traquée, puis retrouvée par la Police de Thiaroye.

AVRIL 2020 : L’axe du mal : Du sang et de l’eau chaude à Boulal, Gueule-Tapée et Koumpentoum
KOUMPENTOUM : Une fille de 13 ans jette sa sœur de trois ans au fond d’un puits

Mardi 28 avril, des recherches sont déclenchées à Koumpentoum pour retrouver F. Touré appelée affectueusement Adja, une fillette âgée juste de trois ans. Sa disparition constatée, toute la ville s’est mobilisée pour fouiller les coins et recoins de Koumpentoum. Des recherches auxquelles ont participé les forces de sécurité. Cinq jours plus tard, le corps sans vie de la fillette est retrouvé au fonds d’un puits profond de trente mètres, situé non loin du domicile familial. Les populations pensent à un accident, une chute malheureuse. Tout le contraire des enquêteurs qui soupçonnent une main humaine cachée derrière ce drame. Ils ont vu juste. Après avoir fait défiler dans leurs bureaux les membres de la famille Touré, ils retiennent Y.T, âgée de treize ans et grande sœur de la victime. Détails intéressant pour les enquêteurs : les mamans de F.T et Y.T sont des coépouses. Acculée, Y.T craque, avoue son crime et évoque les disputes fréquentes entre sa maman et sa coépouse, mère de la petite Adja, pour expliquer son geste. Un drame de la polygamie à Koumpentoum où on s’interroge encore.

LOUGA : Un couteau pour balafrer sa coépouse

Dans la région de Louga, au village de Maka Bra Guèye, une dispute éclate entre deux coépouses, le samedi 25 avril. A l’origine une bastonnade infligée à un jeune par son demi-frère plus âgé. Leurs deux mamans prennent le relais, se dressent l’une contre l’autre, échangent des propos malveillants, puis se jettent dessus. Une violente bagarre au cours de laquelle, M.D.T s’empare d’un couteau puis, d’un geste vif, lacère le visage de sa coépouse. Une balafre sur le côté gauche du visage que la coépouse va traîner pour le reste de sa vie. Arrêtée par la Gendarmerie, M.D.T a été déférée, puis placée sous mandat de dépôt à la Maison d’arrêts et de correction de Louga.

BOULAL : L’époux cocu égorge par méprise le frère de l’amant de son épouse

Une ressemblance fatale. Mardi 21 avril, cela fait deux semaines qu’un berger du nom de Abdoulaye Kâ tente de retrouver Assane, un individu qu’il accuse de l’avoir cocufié. En clair, il l’accuse de profiter très souvent de son absence pour roucouler avec son épouse. Un affront pour ce berger qui décide de le laver dans le…sang. Son sabre, il l’a toujours à portée de main. Ce mardi 21 avril, Abdoulaye Kâ ne se fait pas prier lorsque, dans un groupe d’individus, il pense apercevoir Assane. Il s’approche, aveuglé par la colère. Il pense tenir là, l’occasion rêvée de se venger de celui qui a osé le cocufié. D’un geste vif, il sort son sabre et frappe aveuglément. Un, deux, trois…les coups de sabre pleuvent sur le pauvre individu, incapable de se défendre. La violence des coups est telle qu’une large entaille fend la tête de l’individu, sans compter son bras presque arraché de son corps et la gorge ouverte. Il s’affale, se vide de son sang et succombe face à des témoins dissuadés d’intervenir par le sabre que Abdoulaye Kâ fait virevolter dans tous les sens. N’empêche, Abdoulaye Kâ sera arrêté par un groupe de jeunes, alors qu’il tentait de s’enfuir. A la Gendarmerie, Abdoulaye Kâ se rend compte de sa méprise lorsqu’on lui apprend que l’individu qu’il a charcuté n’est pas Assane qui l’a cocufié, mais plutôt le frère de ce dernier. «Leur ressemblance est frappante, je me suis trompé», reconnaît le mari-cocu

GUEULE- TAPEE : Elle ébouillante ses trois belles-filles

Des cris stridents, des filles qui hurlent de douleurs et courent dans tous les sens, le regard hagard. A la Gueule-Tapée, c’est encore frais dans les mémoires. C’était le samedi 18 avril. A la rue 63×64, une dispute éclate entre une dame du nom de Ndèye Maty Fall et ses belles-filles. Dans le quartier et dans les rues environnantes, on semble se lasser de ces disputes fréquentes entre Ndèye Maty Fall et ses belles-filles Oumy et Amy Ndoye. Sauf que cette fois, les voisins seront obligés de voler au secours des filles ébouillantées par leur belle-mère. En effet, belliqueuse comme il n’est pas permis, Ndèye Maty Fall choyée par son époux, père de ses belles-filles, ne rate aucune occasion pour leur montrer qu’elle règne en maître dans la maison. Cette fois, lorsqu’une dispute éclate à nouveau, elle s’empare d’une cafetière remplie d’eau chaude et n’hésite pas. Vlan ! Elle déverse l’eau chaude sur ses deux belles-filles. Le jet est si fort que Ndèye Fatou Sylla, petite-fille de son époux, est atteinte. 21 jours d’Incapacité temporaire de travail pour chacune des filles qui ont déposé une plainte à la Police de la Médina, précipitant ainsi l’arrestation de leur belle-mère Ndèye Maty Fall. Et le chef de famille dans tout ça ? Écartelé entre ses filles et sa femme, ce vieil homme de 82 ans dédramatise et se réfugie derrière son …chapelet. «Je laisse tout entre les mains de Dieu», confie-t-il.

MARS 2020 : COUPS DE COUTEAU POUR BALAFRER OU TUER
LOUGA : Avec un tesson de bouteille, elle lacère le corps de sa co-épouse

Encore une bagarre entre deux coépouses. C’était à Ndiagne, une localité située dans le département de Louga, le vendredi 20 mars. De sa chambre où elle s’est retirée en colère, F.D surveille la cour de la maison. Dans ses mains, un tesson de bouteille. Puis lorsqu’elle constate que les hommes ont quitté le domicile, elle sort vite, surprend sa coépouse et lui assène plusieurs coups. Des coups de tesson de bouteille qui laissent de vilaines blessures sur le corps de sa malheureuse coépouse. Déférée au Parquet, puis jugée, elle a bénéficié d’une liberté provisoire. Sûr qu’elle va rester sage jusqu’au verdict.

LINGUERE : Quand un mari n’est pas saint d’esprit et qu’il a toujours un couteau par devers lui…

Mercredi 18 mars, plusieurs coups de couteau à divers endroits du corps, visant particulièrement les bras et les côtes. Puis un corps inerte baignant dans une mare de sang. Quand les secours s’organisent enfin, M. Bâ avait fini de s’acharner sur A. Sow, son épouse. Sans le moindre remords, il jette un dernier coup d’œil sur son épouse et continue tranquillement son chemin. Mise sur une charrette, l’épouse est acheminée à l’hôpital Maguette Lô de Linguère où les blouses blanches ont pu la sauver. «Même si elle avait perdu beaucoup de sang», témoigne son père soulagé. Que s’est-il passé pour que l’époux s’acharne sauvagement sur son épouse. Jusque-là, M. Bâ, déféré au parquet, ne s’est pas expliqué. On sait juste qu’il «suivait un traitement à hôpital psychiatrique», ont soufflé ses proches. Pas saint d’esprit ? Cela ne l’a pas empêché de filer le parfait amour avec son épouse avec qui il a eu des enfants. Folie momentanée ? Ça arrive !

THIES : Un jeune marabout étrangle à mort une fille mineure qui serait enceinte

Dans la nuit du dimanche 15 mars aux environs de minuit, le corps sans vie de Khady Diouf est découverte à Keur-Saïb Ndoye, située dans la commune de Thiès-Nord. Elle a été tuée et jetée au bord de la route. Par qui ? Un jeune marabout qui aurait demandé à un de ses disciples de faire venir la fille cette nuit, est soupçonné. Devant les enquêteurs, Chérif Assane Fall (c’est le nom du marabout) déroule le film de la mise à mort de Khady Diouf : «Il l’a prise par la gorge et a serré jusqu’à ce qu’elle perde son souffle.» Mais il nie être l’auteur de la grossesse. Quelques jours plus tard, coup de théâtre : il n’y a jamais eu de grossesse. Le jeune marabout a tué pour une fausse grossesse.

THIES : Sa petite amie empoche ses trois millions de FCfa et refuse le mariage, l’émigré lui tranche la carotide

Un crime passionnel commis la veille d’un 8 Mars. Suffisant pour alimenter les discussions dans les chaumières à Thiès comme partout ailleurs. C’est l’histoire d’un émigré du nom de Assane Guèye, établi au Maroc et qui dit avoir, pendant tout ce temps, envoyé de l’argent à sa petite amie Marième Diagne qu’il a connue et courtisée à Thiès au quartier Médina Fall Extension. Lorsque, du Maroc, l’émigré apprend que sa petite amie a convolé en justes noces avec un autre, il quitte le Royaume chérifien, débarque au domicile de son ex, réclame des comptes et surtout son argent. «Trois millions de FCfa», dit-il. La famille tergiverse, l’époux établi à l’extérieur promet de payer, puis se ravise. Assane Guèye entre dans une colère noire et pense qu’on se moque de lui, surtout qu’on le traîne à la Police pour menaces de mort. Il alerte à son tour la Police. Le samedi 07 mars, il déjoue la vigilance de la famille Diagne, s’invite dans la chambre de Marième et lui tranche la carotide. On souffle que Assane n’avait pas toute sa tête. En allant au domicile de la fille pour lui ôter la vie, il n’avait que son passeport et sa brosse à dents dans ses poches.

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