Adji Mergane Kanouté, coordinatrice des femmes de BBY : «La Cour doit sanctionner…»

Adji Mergane Kanouté, coordinatrice des femmes de BBYLa coordinatrice des femmes de Benno bokk yaakaar vote pour la candidature unique de Macky Sall en 2017. Adji Mergane Kanouté estime que la Cour suprême, qui a cassé le bureau municipal de Kaolack et d’autres mairies pour non-respect de la parité, doit sanctionner aussi les Conseils départementaux et les préfets qui sont leurs «complices».

Que pensez-vous des manifestations de l’opposition ?
Ce sont des manifestations interdites. Et il faut dire que le préfet demeure l’autorité qui doit apprécier l’opportunité de manifester ou pas. C’est vrai que le droit à la marche est un principe fondamental consacré par la Constitution. Et avec Benno siggil senegaal et le M23, nous nous sommes âprement battus pour le respect des libertés démocratiques. Cependant, droit de manifester ne veut pas dire droit d’abuser.

Est-ce qu’il n’y a pas justement abus dans les interdictions ?
Non, je ne pense pas. On est quand même dans un pays civilisé et dans un Etat de droit. le Pds ne peut pas marcher de façon quotidienne. Et il faut dire que le Pds n’est pas dans une dynamique de reconquête du pouvoir, mais plutôt dans une logique de libération d’un détenu.

C’est Karim Wade…
Oui. Un parti qui se respecte doit avoir un projet de société, mais là nous assistons à un combat pour la libération d’une seule personne. Je pense que Abdoulaye Wade est en train de s’affoler au moment où des témoins mettent en cause son fils. Maintenant, je suis d’accord que si la justice n’a pas encore des preuves tangibles, après deux ans de détention, il n’y a plus aucune raison de le maintenir en prison.

Etes-vous pour une liberté provisoire en faveur de Karim ?
Tout à fait.

Est-ce que cette liberté provisoire pourrait apaiser cette tension politique ?
Oui je crois que cela pourrait ramener plus de sérénité dans l’espace politique. Et parce que je suis convaincue que l’ambitieux et pertinent Plan Sénégal émergent ne peut être déroulé sans un climat apaisé. Il nous faut aller donc vers un dialogue fécond.

Le Président se dit ouvert au dialogue, mais sans remettre en cause le principe de la séparation des pouvoirs ; donc sans discuter de l’affaire Karim Wade. A-t-il raison ?
Il a absolument raison. Ce que j’ai pu comprendre du message du Président Macky Sall, c’est que la libération de Karim ne peut être le soubassement d’un dialogue entre lui et l’opposition parce qu’il y a quand même des questions plus importantes. L’opposition doit être républicaine et constructive au bénéfice du Peuple. 

N’y a-t-il pas de querelles entre les femmes de Benno bokk yaakaar à l’image de la coalition où il y a des divergences sur le soutien à Macky Sall en 2017 ?
Absolument pas ! Nous sommes d’ailleurs la seule instance de Benno bokk yaakaar qui a toujours fonctionné ; ce que nous avons toujours déploré dans nos conférences de presse et communiqués. A l’instar des femmes, les leaders doivent avoir des cadres de concertation pour consolider la coalition. Aujourd’hui, la coordination des femmes de Benno bokk yaakaar n’a qu’un seul leader : le Président Macky Sall.

L’Afp a décidé de ne pas présenter de candidat, contrairement au Ps qui a réaffirmé qu’il en aura un. Que vous inspire ce débat ? 
Le Parti socialiste est le plus vieux parti du Sénégal et qui a donné naissance à tous les partis du Sénégal, que ce soit le Pds ou l’Afp. C’est lui manquer de respect que de lui demander de ne pas avoir de candidat. Même si Tanor se levait un beau matin pour dire «j’accompagne le Président Macky Sall», sans l’aval des instances du parti, cela ne se ferait pas. Donc, aménageons-nous des plages de convergence pour avoir un seul candidat consensuel en 2017. Sous ce rapport, je pense que Macky Sall présente un profil assez pertinent pour avoir porté la candidature de Benno bokk yaakaar en 2012 et fait des réalisations concrètes. Il est en train de mener le Sénégal vers l’émergence pour ne pas dire l’excellence. Et le Pse n’est qu’un prolongement de Yoonu yokkuté qui a été enrichi, budgétisé et présenté à des partenaires. Rien que pour cela, je pense qu’il serait bien que Benno bokk yaakaar ait un seul candidat : Macky Sall. 

Etes-vous d’accord sur une candidature plurielle au sein de Bby en 2017 ? 
J’ai toujours été pour une candidature unique. Même du temps de Benno siggil senegaal, j’ai toujours combattu la candidature plurielle. En 2012, si Benno siggil senegaal avait un seul candidat, c’est sûr que celui-ci serait aujourd’hui le président de la République.

Macky Sall était contre un candidat unique…
Il n’était pas le seul à être contre la candidature unique. De toute façon, il a eu raison, car tout le monde s’est porté candidat.

Macky est arrivé au second tour sous la bannière de Macky2012…
Moi-même j’étais la directrice adjointe des élections de Macky2012. Au-delà de Macky2012 donc, que ce soit Moustapha Niasse, Tanor ou Macky Sall, l’essentiel est que Benno siggil senegaal n’a pas échoué. Il faut rappeler qu’on avait un seul adversaire : c’était Abdoulaye Wade. Et je rappelle toujours que Abdoulaye Wade a été défait par Benno siggil senegaal. Mes amis de l’Apr pensent toujours que c’est leur parti qui a gagné les élections. Non, c’est un processus depuis le boycott des Législatives de 2007. Même si nous ne sommes pas à l’Assemblée nationale, cela nous a permis de mettre sur pied les Assises nationales, de dérouler un programme et de réfléchir à des stratégies comme la mise en place de Benno siggil senegaal.

Est-ce que vous ne regrettez pas alors que les réformes proposées par les Assises, aujourd’hui par la Cnri, ne soient pas appliquées ?
Oui, je regrette parce que ces conclusions ont été faites de façon inclusive. 

Et dont le Président Macky Sall est signataire…
Il est signataire et sans réserves.

Il a dit qu’il a signé avec des réserves…
Je suis désolée, mais personne ne peut signer la Charte de gouvernance démocratique avec des réserves. Ce n’est pas le Président Macky Sall qui l’a dit. Ce sont ses amis qui avancent cette théorie de réserves. 

Et vous êtes pour l’application de ces Assises ?
Absolument ! Mais je ne suis pas pour le régime parlementaire. Les Assises n’ont pas parlé de régime parlementaire.

Vous êtes conseillère départementale à Kaolack où le bureau municipal a été cassé pour n’avoir pas respecté la parité. Qu’est-ce qui s’est passé ?
Je suis montée au créneau pour dénoncer des irrégularités et je me suis même attaquée à l’Observatoire national de la parité (Onp) qui n’a pas joué son rôle de veille et d’alerte. Abdoulaye Wade est le théoricien de la parité et Macky Sall en est le praticien. C’est une loi révolutionnaire que nous devons protéger. L’observatoire doit informer, sensibiliser et orienter les femmes parce qu’il ne sert à rien d’être sur une liste paritaire et de dire un homme une femme. Donc, si les femmes ne sont pas dans les bureaux, cela n’a aucun sens. Et je me suis battue pour le respect de cette parité aussi au Conseil départemental dont je suis membre.

Est-ce qu’il y a eu parité au Conseil départemental ?
Il n’y a même pas eu de parité. Les préfets ont dit que les bureaux n’étaient pas concernés par la parité. Alors que la loi dispose que ce n’est pas seulement sur les listes, mais dans les bureaux et même dans les commissions. Et à Kaolack, ce qui m’a fait le plus mal, c’est que le maire est une femme et dans le Conseil municipal, on n’avait que deux femmes sur sept. Heureusement, la Cour suprême a cassé le bureau de Kaolack, comme d’autres à Dakar. 

Vous disiez que ce bureau non-paritaire de la mairie de Kaolack a été voulu par une femme. Qui est-elle ?
C’est le maire de Kaolack Mariama Sarr. Elle ne l’a pas voulu. Il y avait un problème de quotas qui a faussé le jeu politique et le concept de parité. C’est une coalition qui est partie aux élections et dont les composantes devaient se partager les postes de responsabilités. On dit que l’Apr a deux postes, idem pour l’Afp, le Ps et d’autres partis. Mariama Sarr est le maire. Elle est une femme. L’Apr va proposer un homme ; le Ps et l’Afp aussi. Du coup, le principe de la parité n’est pas respecté. J’ai même demandé la semaine dernière, dans un communiqué, que la Cour suprême aille plus loin en sanctionnant. C’est trop facile de se limiter à casser les bureaux. 

Qui doit-elle par exemple sanctionner ?
Il faut sanctionner les maires qui n’ont pas respecté la parité.

Dont Mariama Sarr ?
J’ai dit tous les maires. Mariama Sarr est un maire et, naturellement, elle en fait partie. La Cour suprême doit aussi sanctionner les présidents de Conseil départemental qui n’ont pas respecté la parité et les préfets qui sont complices. Il faut qu’on réfléchisse à des moyens de dissuasion. 

Est-il normal que l’Apr dirige la mairie et le Conseil départemental ?
Ah oui, à Kaolack, le schéma a été faussé. La commune devait revenir à l’Apr et le Conseil départemental à l’Afp. 

Y a-t-il eu trahison ?
Je n’irais pas jusque-là. En fait, à un moment donné, le candidat de l’Afp a préféré être sur la Proportionnelle. On sait que quand on est sur la Majoritaire, on est plus pressenti pour être maire que d’au­tres. Baba Ndiaye, qui était sur la Majoritaire, a abattu un travail colossal et a été désigné président du Conseil départemental. Et je précise que l’Afp avait deux candidats et l’Apr un seul. Mais je reste convaincue que si l’Afp avait un candidat, elle allait gagner parce qu’au premier tour, l’Afp avait plus de voix. Au second tour, un des candidats de l’Afp a soutenu celui de l’Apr, Mariama Sarr. Donc, c’est l’Afp qui a battu l’Afp à Kaolack. Néanmoins, ils auraient dû respecter ce qui avait été retenu entre Niasse et Macky Sall. 

Votre parti, l’Uds/Authen­tique, a-t-il été bien servi dans le partage des postes ?
Ce qui est important, c’est la façon de cheminer ensemble. Nous sommes un parti digne, même si nous avons des compétences. Notre parti a 7 ou 8 ans. 

C’est l’Uds/Innovation qui a été servie ou l’Uds/Au­then­tique ?
Je considère que nous sommes l’Uds/Authentique. Nous continuons à massifier notre parti et à travailler pour le Sénégal.

L’Uds/Authentique est née quand ?
Ceux qui composent l’Uds/Aut­hent­ique sont là depuis 8 ans. 

Est-ce qu’il y avait le mot «authentique» dans la dénomination ?
Bien sûr ! C’est l’Union pour le développement du Sénégal/Authen­tique parce que nous l’avons mis en place pour éviter ce qu’on voit présentement à Aj, au Rnd ou au Jëf-jël. 

Vous ne regrettez pas qu’au moment où on veut rationnaliser les partis politiques qu’il y ait Uds/Authentique et Uds/Innovation, Aj et Aj/Au­thentique, … ?
Tant que les partis n’ont pas réglé cette problématique de démocratie en leur sein, tant que la personne morale ne se prend pas comme un militant, ne reste pas une personne humble, et place l’intérêt du parti après l’intérêt familial, il y aura autant de «authentique».

Est-ce qu’il y a possibilité de retrouvailles de la famille Uds avec Zahra Hyane Thiam ?
Quelles retrouvailles ? L’Uds/Authentique est là. Ceux qui sont partis peuvent revenir s’ils regrettent et reconnaissent leurs erreurs. Maintenant, chacun peut créer quelque chose et avoir de nouveaux militants. 

Babacar Guèye DIOP & Hamath KANE

bgdiop@lequotidien.sn
hamath@lequotidien.sn

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