Affaire Bateau au Tribunal Français: Non lieu sous l'indignation de Patrice AUVRAY

patriceJe viens d’apprendre le non-lieu décrété par la justice française dans le procès contre X du naufrage du Joola, sous prétexte que le naufrage s’est passé dans les eaux internationales.
Outre le simple fait qu’il ne faut pas douze ans de procédures pour s’en rendre compte, il apparait comme évident qu’il s’agit encore d’une victoire de la diplomatie des “grands” sur la justice des “petits”.
Je voudrais ici vous faire part de mon profond écoeurement quant à cette décision, qui nous fait retomber, nous rescapés et les nombreuses familles de victimes, 12 ans en arrière, alors que nous sollicitions du gouvernement sénégalais une justice pour les 2000 victimes de ce crime, qui nous apparait maintenant de plus en plus comme un crime d’état. En effet, les familles françaises et moi-même, seul rescapé français, nous avons porté plainte en France dès la fin 2002 contre les responsables de ce naufrages, que nous avons désignés sous X puisqu’il appartient à cette justice de se prononcer sur les responsabilités. Mais les chefs d’états et leur gouvernement qui se sont succédés dans les deux pays, n’ont cessé de s’opposer diplomatiquement aux démarches des associations des familles de victimes, particulièrement Wade, qui n’avait pourtant pas été impliqué directement, malgré une responsabilité évidente dans ce naufrage et son absence de secours, et ses propres promesses faites, entre autres pour une vérité devant aboutir à l’établissement de la justice. Il avait alors fait clore le dossier au Sénégal dès la première année sous le simple prétexte que le capitaine du Joola était le seul responsable du drame et avait disparu dans le naufrage, ce qui n’a jamais été prouvé, et est contredit par certains témoignages au lendemain du naufrage, mais n’a jamais provoqué de réelle enquête pour le confirmer ou le contredire.
Les rescapés et les familles de victimes, françaises comme sénégalaises ou d’autres nationalités, ne peuvent que se sentir humiliées et profondément blessées par cette nouvelle atteinte à leurs droits, et l’histoire même du Sénégal comme celle de la France s’en trouve flouée et construite autour de l’intérêt des gouvernants, que l’on sait maintenant plus que jamais manipulés par des intérêts privés, avoués ou cachés.
La France, après s’être illustrée ces dernières années par des actions militaires dans différents pays d’Afrique visant à protéger ses propres intérêts économiques contre les populations, dans le plus pur style de la Françafrique, s’abaisse aujourd’hui une fois de plus en protégeant des dirigeants à l’origine du plus grand naufrage civil de tous les temps. L’histoire s’en souviendra, car si elle a réussi à masquer certains des nombreux méfaits particulièrement atroces de ces derniers siècles, dont un des plus graves depuis l’esclavage institutionnalisé se trouve être à l’origine du génocide Rwandais, il se trouve qu’à présent l’histoire du monde n’appartient plus aux manuels scolaires ayant ” lavé” la mémoire historique nationale, mais bien davantage aux échanges faits sur internet et à l’opinion publique échangée directement qui ne sauraient accepter cette même manipulation.
En tant que rescapé soucieux de témoigner de la vérité, je suis révolté par l’attitude de mon pays d’origine, qui se permet de réclamer une contravention pour un excès de vitesse de trois km/h sur la vitesse permise, d’expulser des familles entières “d’étrangers”pour un simple document administratif manquant, mais protège les responsables des pires crimes, que certains n’hésitent pourtant pas à qualifier de crimes contre l’humanité au vu des circonstances.
Je suis de plus en plus étonné de voir les ressortissants d’un tel pays cautionner ses pires actions en s’abaissant à applaudir ses victoires sur la justice plutôt que sur l’injustice, comme un simple résultat sportif, comme s’il allait de soi qu’étant français il fallait adhérer à tous ses abus, et qu’au levé des “couleurs”, il fallait se mettre au garde à vous.
Aujourd’hui plus que jamais j’ai honte d’être français, d’autant plus qu’hier j’étais au consulat de France de Dakar, et qu’on m’a demandé 5900 caf pour une simple légalisation de signature, c’est-à-dire quatre jour du salaire moyen sénégalais, ce même consulat qui raquette les prétendants à l’immigration de sommes énormes et non remboursées en cas de refus.
Il reste que la France a une belle langue, et que dans cette langue il y a un mot inventé pour illustrer ce que l’on ressent dans une situation de ce genre : MERDE

Patrice AUVRAY, Seul naufrage français du Joola.

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