Madiambal Diagne "Trouver Kéba Keinde à Dubaï est aussi facile que repérer la Tour Burj Khalifa, le plus haut édifice du monde"

MADIAMBAL DIAGNE
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Affaire Sudatel : Un banquier dévoile ses comptes. Trouver Kéba Keinde à Dubaï est aussi facile que repérer la Tour Burj Khalifa, le plus haut édifice du monde, qui scintille dans le ciel de la ville sur ses 830 m de hauteur. Kéba Keinde est un banquier d’affaires, installé sur la place financière depuis une dizaine d’années.  Il y dirige la Mille­nium Finance Corpo­ration, une société qui a pignon sur rue à la Dubaï International Financial Centre (Difc) et qui a déjà réalisé plus de 50 milliards de dollars d’investissements.

Le jeune Séné­galais ne fréquente pas que les têtes couronnées des Emirats du Golfe, son téléphone portable est dans les répertoires de la plupart des membres de la communauté sénégalaise à Dubaï.

D’ailleurs, «à chaque fête de Tabaski, nous nous retrouvons chez lui», assure Mouhamed Magassouba, un ressortissant Sénégalo-Mauritanien. Kéba Keinde s’est installé avec son épouse Adja et ses quatre enfants, Marie, Serigne, Diaraf et Djicouné, dans le quartier «The Palm», ultra chic, dessiné sous la forme d’un palmier. Les lots d’habitations sont disposés sous la forme de feuilles de palmier. Ce quartier a été conquis sur la mer dans le cadre des projets pharaoniques de réalisations d’infrastructures urbaines que conduisent les autorités émirati. Plus de 100 hôtels cinq étoiles sont implantés sur le site. La vue aérienne est un régal.

Kéba Keinde a hésité à parler, il était même frileux et  pour cause ! La clameur le poursuit pour une affaire de pots de vin payés par la société de téléphonie Sudatel à des autorités sénégalaises dans le cadre de l’opération d’acquisition en 2007 d’une licence de téléphonie mobile. Kéba Keinde dit avoir perdu le sommeil depuis que son nom a été cité dans cette affaire, mais surtout depuis qu’il a appris faire l’objet d’un mandat d’arrêt international lancé par le Doyen des juges d’instruction du Tribu­nal régional de Dakar, Mahawa Sémou Diouf. Kéba Keinde se montre nerveux, il a envie de se confier mais se retient.

Il inspire fortement, se lève et semble se donner de la contenance. Cet homme qui avait claqué une position enviable à la Bnp Paribas pour taquiner le destin en tentant une «aventure folle (?)» de s’installer à son propre compte sur la place financière de Dubaï, mesure sa réussite. Depuis une salle du 42ème étage du Shangri La Hotel, Le Quotidien l’a rencontré, il pointe du doigt l’immeuble d’un hôtel concurrent, le Dusit, où il squattait le wifi à ses débuts à Dubaï. Cela semble l’amuser. «J’ai fait du chemin» déclare t-il, avant de lâcher : «Parlons de cette affaire qui me tombe sur la tête et Dieu sait que je n’ai rien à voir avec tout ça.»

A l’en croire, c’est à cause d’un fâcheux quiproquo qu’on le lie à cette affaire qui a valu à Thierno Ousmane Sy, ancien conseiller spécial chargé des Ntic à la présidence de la République, de garder prison depuis plusieurs mois. Pour autant, il ne renie pas son amitié avec Thierno Ousmane Sy, qu’il dit avoir connu du temps de Maths Sup en France.

Après plus d’une heure d’entretien. Kéba Keinde se lève, l’air soulagé. Il peut retourner à sa vie de banquier d’affaires. C’est ainsi qu’il nous introduira auprès d’un membre de la famille royale d’Abu Dhabi, Sultan Abou Sultan, qui dirige la Barclays Bank de Dubaï, l’une des plus grandes banques du Golfe. Kéba Keinde devait finaliser pour le compte de cette institution financière, un investissement d’un milliard de dollars dans un pays d’Afrique de l’Ouest.

Kéba Keinde n’oublie pas son pays, le Sénégal. Pour le compte d’une grande institution financière américaine, il a déjà fait une offre au gouvernement sénégalais pour mobiliser un premier financement de 750 millions de dollars américains. Le ministre de l’Economie et des Finances, Amadou Ba, confirmera l’offre dont l’opération pourrait être bouclée avant le 30 novembre prochain. Kéba Keinde nourrit de grandes ambitions pour le Sénégal.

«Nous pouvons réaliser chez nous ce que les Emirati ont réussi. Ils sont presque comme nous, sans grandes ressources naturelles et le Sénégal a l’avantage de disposer de meilleures ressources humaines que les Emirats arabes unis.» Il témoigne : «Il y a dix ans de cela, il n’y avait rien de tout ce que vous voyez ici. C’était un désert à perte de vue.»

Kéba Keinde a un autre violon d’Ingres ou une autre facette. Il est musicien dans l’âme. Avec des copains de l’école d’Ingénieurs des Télécoms de Paris, il avait sorti dans les années 90 un tube qui avait fait fureur à Dakar. Le disque avait été vendu à 40 mille exemplaires. A Dubaï, il joue tous les soirs avec sa petite famille, avec son épouse pour seule spectatrice. Adja s’en amuse, se gaussant de la vantardise de son époux qui ambitionnerait de dupliquer l’expérience mythique des Jack­son Five en Amérique.

  • Écrit par  Madiambal Diagne

Lequotidien.sn

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