Alioune Sarr, président des cadres progressistes : «L’Afp ne peut pas avoir les mêmes positions que les autres partis»

Alioune Sarr, président des cadres progressistes
Alioune Sarr, président des cadres progressistes
Alioune Sarr, président des cadres progressistes

Dans le cadre de son bureau au ministère du Commerce, Alioune Sarr a voulu, le temps d’un entretien, remiser sa langue de bois, pour aborder avec Le Quotidien, les questions qui assaillent les Sénégalais. Si à toutes il n’a pas apporté des réponses, au moins, il n’en a occulté aucune, qu’il s’agisse de son cahier des charges à son département ministériel ou des tiraillements qui minent son parti. L’homme a levé un pan de son voile.

Monsieur le ministre vous venez d’être reconduit, avec le dernier remaniement, au ministère du Commerce, de l’Entreprenariat et du Secteur informel, ministère dont on a  remarqué que depuis l’arrivée au pouvoir de Macky, a toujours été occupé par l’Afp dont vous êtes le président des cadres. Est-ce une préférence de votre parti, ou l’Afp a-t-elle une ambition particulière sur le ministère du Commerce ?

Peut-être que l’Afp a d’excellents stratèges en manière de commerce intérieur et extérieur ! (rire). Mais, plus sérieusement, je crois que dans un gouvernement, toutes les missions sont liées. On ne peut pas se dire, quand on a fait l’option d’être homme politique et de servir son pays, qu’on a telle ou telle préférence. Les difficultés qui assaillent les Sénégalais sont multiformes et tout est lié. C’est pourquoi il y a une cohérence de l’action gouvernementale. Il y a également une totale synergie entre les différents acteurs membres du gouvernement. La seule préférence qu’a l’Afp, c’est d’apporter des solutions aux difficultés des Sénégalaises et des Sénégalais.

Dans ce secteur du commerce on a connu ces derniers temps beaucoup de remous.  Depuis que vous êtes là, avez-vous réfléchi à une stratégie particulière pour ce secteur, ou avez-vous mis au point un plan directeur pour l’action que vous voulez mener dans ce domaine ?

Absolument ! Quand nous sommes venus dans ce département, vous avez tous été témoins des difficultés qui étaient là. Vous connaissez les problèmes que nous avons eus sur le sucre,  avec la sur-offre qu’il y avait au mois de février, avec 143 000 tonnes de sucre sur le marché, alors que nous avions la compagnie sucrière qui avait 65 000 tonnes de sucre en mévente. Le risque de fermeture de l’entreprise était même réel, d’ailleurs. Heureusement nous avons pu, à travers une concertation avec les acteurs, juguler cette situation. La Compagnie sucrière a pu vendre son stock de sucre, et à ce jour, plus aucune tonne de sucre ne reste en souffrance, tout a été commercialisé. Nous avons également stabilisé le marché, en mettant un mécanisme de régulation qui a permis aux commerçants de pouvoir écouler le stock qu’ils avaient, mais surtout en permettant aux marché intérieur d’être approvisionné en sucre. Vous savez qu’un gouvernement doit mettre plusieurs contraintes ensemble. Vous avez les contraintes de l’industrie locale, qui emploie des Sénégalaises et des Sénégalais, et qui verse des taxes, contribue à la création de la valeur ajoutée, et qu’il faut donc préserver, comme le fait tout pays qui veut se développer. Et vous avez les contraintes du commerçant, qui veut importer et faire de la plus-value. Quand vous liez ces deux contraintes, il se peut qu’il y ait des contradictions, parce que c’est des intérêts qui sont souvent divergents. Mais l’Etat doit préserver l’intérêt général ; ce que nous avons fait, et ce qui nous a permis d’avoir d’excellentes relations avec les commerçants, mais aussi permis à notre industrie de fonctionner. Vous savez également que nous avions eu des difficultés sur la commercialisation de l’oignon local, qui a été fortement concurrencé par l’oignon importé du fait des dérégulations du système de protection qui avait été mis en place. Là aussi, nous avons, avec l’ensemble des acteurs, pu trouver un mécanisme qui a permis justement de vendre l’oignon local et aussi d’approvisionner le marché correctement. Il y a eu aussi le cas de la tomate, où en dépit du fait qu’il y a eu cette année une bactérie qui a attaqué la tomate de la Vallée, les 40 000 tonnes produites dans la Vallée ont été totalement commercialisées. Cela fait plus de 3,5 milliards de francs Cfa empochés par nos paysans dans la tomate. Cela a été une satisfaction, même si nous allons tout faire cette année, pour que les cultures soient mieux protégées sur le plan phytosanitaire. Donc, il y a eu un ensemble d’actions d’urgence qu’il fallait résoudre. Mais, évidemment, pendant ce temps, nous avons aussi travaillé sur la stratégie du département. Et voici devant moi, le plan stratégique que nous avons élaboré, qui à été réaménagé depuis le changement de gouvernement.
Ce plan s’organise autour de quatre axes stratégiques majeurs. Le premier axe concerne le renforcement de la sécurité et de la protection des consommateurs. Car l’une des premières missions de l’Etat, est de protéger le consommateur. C’est une stratégie très importante de notre département. Et dans cet axe numéro 1,  vous avez l’amélioration de la distribution et de la concurrence dans les marchés, parce que surveiller  les marchés sur l’étendue du territoire national, on a l’impression que c’est facile quand il n’y a pas de problèmes ; mais c’est veiller à ce que l’inflation ne dérape pas, c’est de suivre scrupuleusement les prix qui sont appliqués sur les marchés, et nous avons aujourd’hui une équipe de contrôleurs, de vérificateurs, extrêmement dévouée, qui fait un travail remarquable, surtout dans les zones frontalières, comme à Diaobé, où il existe toutes sortes de trafics. Le deuxième axe concerne le renforcement de l’intégration du Sénégal dans le commerce international. Vous savez, le Sénégal aujourd’hui exporte autour de 1100 milliards de francs de francs, alors que nous avons un déficit commercial de 1400 milliards. Ce n’est pas acceptable. Donc, si nous voulons amorcer le développement de notre pays, il est absolument fondamental d’améliorer notre commerce avec la sous-région, mais aussi d’améliorer notre commerce avec l’extérieur. C’est la raison de cette stratégie, qui permet à travers une politique d’exploitation pilotée par l’Agence sénégalaise  de promotion des exportations, de faire en sorte d’obtenir au moins chaque année une croissance de 100 milliards sur nos exportations,  pour pouvoir  en dix ans  résorber le déficit de la balance  commerciale. C’est là l’objectif  stratégique qui est assigné à l’agence.
C’est une stratégie bien détaillée dans le document, car elle porte entre autres sur l’Agoa, nos exportations dans les pays européens, qui sont en baisse pour certains produits, ainsi que le renforcement de nos exportations dans la sous-région. Là, le Sénégal est excédentaire. La moitié de nos exportations se fait dans la sous-région, et nous sommes bénéficiaires. Nous exportons pour près de 500 milliards et nous importons autour de 300 milliards. Il faut renforcer ce secteur, où nous avons une marge de  progression. Le Mali qui est notre premier client, avec près de 150 milliards de francs d’exportations, connaît une situation qui s’apaise, ce qui est bien pour nous. Le troisième axe concerne la promotion de l’entreprenariat privé et des  Pme /pmi. Ça, c’est une mission fondamentale que le président de la République nous a assignée, de faire en sorte d’assurer une promotion très active de la Petite et moyenne entreprise, parce que les Pme font plus de 85% du tissu industriel sénégalais et c’est là qu’on peut créer des entreprises. Là aussi, c’est un travail important que nous sommes en train de dérouler avec des services comme la Direction des petites et moyennes entreprises, l’Adpme, le Bureau de mise à niveau, entre autres.  Ces structures-là sont organisées pour assurer une promotion et permettre à nos Pme d’avancer.
Le dernier axe concerne le renforcement du cadre institutionnel  réglementaire. Les codes qui gèrent le commerce sont très anciens. Nous avons mis en place un comité qui travaille sur la réforme du code de la consommation, pour arriver à des textes plus adaptés à la modernité. Nous avons également des réformes que nous voulons effectuer, sur les chambres consulaires, pour faire en sorte quelles soient des leviers très, très, actifs du développement. Comme cela se fait depuis longtemps dans tous les grands pays. Toutes ces réformes sont en cours et naturellement, cela permettra au département de pouvoir assumer ses missions avec plus de clarté et plus d’efficacité.

On sait que nos Pme/pmi ont un taux de mortalité très élevé. De plus, beaucoup d’entreprises exportatrices se plaignent surtout de l’environnement économique dont elles estiment qu’il freine leur compétitivité. Cette stratégie que vous mettez en place, quels éléments elle a pour pouvoir remédier à cela ?

Le premier pilier de la stratégie de promotion, c’est l’accès des pme au financement, parce que leur principal problème, c’est l’accès au financement, pour financer leur capacité de production, mais également pour avoir des fonds propres afin de posséder une trésorerie leur permettant justement de pouvoir s’approvisionner convenablement sur le  marché, et d’acheter des matières premières. C’est également pour leur permettre de financer les crédits clients. L’autre aspect également, c’est de leur permettre d’avoir accès à des services non financiers, comme le foncier. Et là avec l’Aprosi, l’agence pour la promotion de sites industriels, nous sommes en train de travailler pour avoir des sites à Diamniadio, où nous allons pouvoir installer un bon nombre de Pme à des prix compétitifs, leur permettant de pouvoir orienter leur trésorerie vers des activités beaucoup plus importantes.
La promotion, c’est également tout ce qui se fait autour de la fiscalité, de l’amélioration du climat des affaires, du code des impôts, du code des investissements. C’est tout un environnement qui est en train d’être perfectionné, auquel nous travaillons en collaboration avec l’Apix. C’est de même, la possibilité d’avoir accès à des compétences régulièrement mises à jour. Et c’est l’occasion pour moi de saluer le travail qui est en train d’être fait par le ministère de la Formation et de l’Apprentissage. Sur l’accès au financement, nous allons aussi nous appuyer sur les deux fonds, le Fongip, le Fonsis, dans lesquels à eux deux, l’Etat a mis environ 8 milliards, en plus de la Bnde, sur laquelle nous allons nous appuyer pour renforcer nos Pme.

Au moment où vous élaborez toute cette stratégie, on voit que les Européens viennent d’adopter leur Politique agricole commune (Pac), dont on a noté  la belle part qui est faite aux subventions des produits d’exportation. Qu’est-ce que cela vous a inspiré ?

Je crois que la Politique agricole commune de l’Union européene que vous évoquez pose un certain problème à nos agriculteurs ici au Sénégal en particulier, et dans tous les pays moins avancés en général. Vous savez, quand la volaille est subventionnée en Europe, le résultat pour l’éleveur de volaille du Sénégal, c’est que la volaille arrive sur le marché sénégalais à un prix inferieur à son coût de revient. Donc, il est impossible pour l’éleveur sénégalais de concurrencer ce produit. Donc, cela favorise le dumping et crée un problème de concurrence, à la limite totalement inégal. Cela,  c’est un premier problème. La subvention par le biais de cette politique, de l’agriculteur et de l’éleveur  européens, fait qu’ils peuvent exporter leurs produits sur nos marchés à un coût inférieur à son coût de revient.
Le deuxième problème qu’il pose, c’est que nos produits d’élevage et agricoles, que nous devons exporter sur le marché européen, ne peuvent pas «compétir», vu que leurs concurrents sont subventionnés. Ce qui fait donc nous ne pouvons pas exporter et nous sommes fortement concurrencés. Le résultat est que l’ensemble de notre tissu agricole et de notre élevage  s’est totalement déstructuré. Les conséquences nous les connaissons, c’est l’exode rural et les problèmes que nous voyons dans la banlieue, ainsi que le développement du secteur informel. Nos jeunes, qui devaient se trouver en milieu rural comme éleveurs ou cultivateurs, sont obligés aujourd’hui, de venir en ville pour chercher à survivre.  Dans nos négociations  avec les Européens, nous avons dit que pour arriver à un accord sur les Ape, il est absolument fondamental qu’il y ait un programme d’accompagnement, un programme d’investissement pour mettre à niveau nos producteurs, et nos petites et moyennes entreprises pour qu’ils puissent supporter la concurrence. Si l’éleveur ou l’agriculteur européen est subventionné et que l’éleveur ou l’agriculteur sénégalais ne bénéficie d’aucun soutien de l’Etat, il y a un déséquilibre commercial et ça ne peut pas marcher. C’est la raison pour laquelle que nous insistons beaucoup sur le Paped qui est un programme qui permet justement d’accompagner notre tissu industriel et agricole, pour lui permettre d’être au même niveau de compétition. Donc la discussion est aujourd’hui ouverte. L’Ue a donné un certain nombre de pistes assez rassurantes, et elle est prête à soutenir les agriculteurs des pays les moins avancés, à accompagner le Paped avec 6,5 milliards d’euros. Nous, la Cedeao, demandons entre 10 à 15 milliards d’euros, et donc, les négociations continuent. D’autant plus que deux des pays de la Cedeao, le Ghana et la Côte d’Ivoire, ont déjà signé des Ape intérimaires.

Peut-on considérer que la réunion de Dakar des 25 et 26 octobre, sera la réunion de la dernière chance pour les Ape ?

C’est en tout cas, une réunion décisive, puisque tous les chefs d’Etat seront présents pour prendre une décision sur la question. Et nous travaillons sous la conduite du chef du gouvernement, pour que la rencontre soit une réussite, car il y va de la survie de nos économies et de nos entreprises, car il faut absolument que dans ces accords qui seront signés un jour, on pense à l’accompagnement des petites et moyennes entreprises (Pme), des entreprises africaines en général et sénégalaises en particulier.

Le Tec de la Cdeao a été adopté, certes, mais qu’en est-il de sa mise en œuvre ?

Oui justement ! Le Tec fait aussi partie des discussions que les chefs d’Etat auront le 25 octobre. Ces questions seront évoquées dans le but de dégager une vision consensuelle de sa mise en œuvre.

Où en êtes-vous avec la délivrance des Droits d’importation des produits alimentaires ?

Les Dipa sont en train d’être délivrées sans aucun problème. Nous avons seulement fait des réformes qui sont déjà en application aujourd’hui. Nous avons travaillé sur la durée de validité de ces Dipa, qui est maintenant de deux mois. Donc, ceux qui ont un Dipa sur le sucre et qui ne font pas les importations convenablement, la perdent à l’issue des deux mois. Cela se passe tout à fait correctement et il n’y a pas de soucis majeurs sur ce point précis.

On ne doit donc plus craindre que les gens amassent leurs dipa et les conservent ?

Non, il n’y a plus de risque, puisqu’à l’issue des deux mois, la dipa n’est plus valable. De plus nous avons notifié cela au ministère de l’Economie et des Finances, et la Douane que je salue du fait de son travail remarquable, veille au grain. Donc si vous avez un dipa dont la durée de vie est périmée, il ne passe certainement pas.

Venons-en maintenant à votre rôle de président des cadres de l’Alliance des forces de progrès. Nous avons noté le départ de Rewmi de la coalition Benno bokk yaakaar, qui a semblé remettre en cause l’existence d’un cadre de concertation entre les alliés au pouvoir. L’Afp a-t-elle le sentiment que cette coalition a besoin d’être réformée ?

Non. L’Afp, comme vous le savez, est un parti qui était tête de file de la coalition Bennoo siggil Senegaal. Cette dernière, il faut le rappeler, est une coalition de coalitions, dont le candidat est arrivé troisième au premier tour de l’élection présidentielle, en 2012. Autrement dit, si nous prenons les coalitions qui composent Benno bokk yaakaar, la coalition de l’Afp est la deuxième force politique, si nous regardons simplement les chiffres. Notre place dans cette coalition, nous ne l’avons pas empruntée, nous l’avons méritée parce que ce sont les Sénégalais qui l’ont validée en nous affectant 13% de leurs suffrages. Ce qui fait à peu près, 350 000 voix. Une très grande partie de ces voix est collectée dans le bassin arachidier. Cela veut simplement dire que le coefficient de Moustapha Niasse est très élevé dans cette zone. Et c’est exactement la même chose dans les autres régions. Pourquoi je fais ce rappel ? Il est important de replacer le contexte des discussions aujourd’hui dans Benno bokk yaakaar, dans le contexte politique où les Sénégalais ont exprimé leur voix. Parce que dans une démocratie, c’est la voix du Peuple qui est le référentiel à partir duquel on fait des analyses. Donc nous, Afp, dans cette coalition Bby, que nous soyons dans un gouvernement ou pas, que nous soyons à l’Assemblée ou pas, les Sénégalais nous ont mis dans une position politique qui ne nous donne pas l’autorisation de rester les bras croisés. Je rappelle que depuis quatorze ans, l’Afp a participé à toutes les compétitions et batailles politiques qui engagent le Peuple sénégalais. Cela dit, dans cette coalition-là, la liberté des coalitions est totalement respectée. Evidemment, j’aurais bien souhaité que cette coalition s’élargisse, au contraire. Un départ n’est jamais une bonne chose. Mais ce n’est pas la première fois qu’un parti quitte une coalition et ça n’a jamais empêché l’histoire politique du Sénégal de suivre son cours.  C’est dans la normalité des choses qu’un parti quitte. Cependant, je respecte la liberté de Rewmi et de tous les partis qui demain feront ce qu’ils veulent. Tout ce que je peux dire, c’est qu’au niveau de l’Afp, qui est membre fondateur de Bby, aujourd’hui dans l’action que nous sommes en train de mener, nous n’avons de leçons à recevoir de personne. Il faut que ce soit clair. Ensuite, l’Afp est l’alliée du Président Macky Sall sur le plan politique et notamment sur le plan des institutions. Le secrétaire général de l’Afp est la deuxième personnalité de la République. Donc, il ne peut pas avoir les mêmes positions que les autres partis politiques. Nous sommes fortement engagés dans la réussite du mandat du Président et nous le faisons avec loyauté par respect à cet engagement que nous avons souscrit avec le Peuple sénégalais. Parce que rappelez-vous que l’Afp a mené plusieurs combats, notamment celui contre la mal gouvernance financière. Et comment veut-on qu’après avoir milité pendant douze ans, on dise aux Sénégalais, non merci! Les Sénégalais ne le comprendraient pas. Donc nous sommes là pour apporter des solutions par rapport aux problèmes auxquels nos compatriotes sont confrontés et naturellement nous le faisons avec le Président en toute transparence, en toute loyauté et pour nous c’est une mission qui nous est confiée par le Peuple sénégalais et que nous exécutons en toute sérénité, et nous ne sommes pas du tout sensibles à toute cette agitation.
Vous pouvez néanmoins comprendre l’impatience de tous ceux qui, dans les partis politiques et en dehors, jugent que le rythme des changements promis est assez lent ?
Absolument ! Mais nous n’avons jamais dit que les difficultés du Sénégal seront réglées en un an ou deux. Même à l’issue du mandat de Macky Sall, il y aura des problèmes qui ne seront pas réglés. Quand vous avez des zones inondées depuis plus de trente ans, pensez-vous que déplacer des gens qui y vivent depuis ce temps, est une chose qui se fait en une année ? Et pensez-vous que les Sénégalais ne sont pas conscients de cela ? Par ailleurs, la question de l’énergie, sur laquelle le gouvernement de Abdoulaye Wade, le défunt régime, a avoué avoir mis 800 milliards sans la résoudre, comment le régime actuel peut-il vous affirmer en un an, que ces problèmes sont résolus ? En parlant de l’agriculture, dans la politique agricole commune de l’Europe, pensez-vous que c’est une bataille simple, alors qu’on subventionne fortement l’agriculteur européen, qui est capable de vendre son poulet beaucoup moins cher que le poulet du Sénégal, ce ne sont pas de longues discussions. Nous sommes en train de discuter des Ape depuis pratiquement plus de treize ans et des accords n’ont pas été trouvés. Cela a été dit aux Sénégalais, et les Sénégalais sont extrêmement éveillés. Donc,  quand on parle de rupture politique, cela équivaut à dire aux  Sénégalais que les difficultés sont là, voilà les solutions à y apporter et voilà le temps que cela doit prendre. Et ne pas s’engager dans une voie démagogique. De toutes les façons, le Pds qui est en train de parler de solutions, ils ont fait douze ans ; pourquoi n’ont-ils n’ont pas réglé les problèmes de l’électricité, de l’agriculture et de la santé, avant qu’on arrive ? C’est trop facile, après avoir fait douze ans sans régler ces problèmes, de venir parler. Et naturellement l’ensemble de l’équipe de Macky Sall et l’ensemble des institutions gouvernementales, nous sommes mobilisés pour apporter des solutions. Mais, il faut aussi savoir respecter le temps démocratique. Quand le mandat sera à sa fin, le Peuple sénégalais appréciera les efforts des uns et des autres. Macky Sall, Moustapha Niasse et toute leur équipe faisons absolument confiance au Peuple sénégalais. Et je pense que c’est ce respect qui peut nous amener à faire des réformes en profondeur de l’économie et de l’agriculture, et cela demande naturellement un certain temps. Naturellement, il y a des choses qui ont été faites ; donc il ne faut pas donner l’impression que rien n’a été fait. Quand  Macky est arrivé au pouvoir en mars 2012, les semences et les intrants agricoles pour la campagne de l’année dernière il n’y en avait pas, et il a fallu débourser près de 65 milliards que nous avons mis dans le monde rural. Les agriculteurs dans le Saloum, à Thiès, à Louga, partout, avaient tous des bons impayés. Mais, l’année dernière, le kilo de l’arachide a été vendu à 250 f voire 350 f. Plus de 150 milliards sont entrés dans les caisses des paysans, et pour cela les Sénégalais ont été très fiers de la campagne de Macky Sall, il faut oser le dire !

Aujourd’hui au Sénégal en plus des problèmes d’électricité nous connaissons des problèmes d’eau, à quoi imputez-vous cela ?

Je reviendrai sur les problèmes de l’eau, j’admets qu’il y a des difficultés, mais permettez-moi néanmoins, de rappeler quelques réalisations. Le kilo de riz en mars 2012, coûtait 350 à 400 frs,  et pourtant aujourd’hui il est à 260 frs. Le litre d’huile de 1 200 frs, est aujourd’hui ramené à 900 frs. Pour en rester au problème de l’huile, les principaux concurrents de nos huiliers sont des compagnies ivoiriennes. Or avec l’abaissement des protections tarifaires dans la sous-région, les produits de l’Uemoa peuvent circuler librement. Si ces entreprises que nous avons au Sénégal ne sont pas accompagnées pour améliorer leur compétitivité, elles vont avoir des difficultés, et c’est un chantier qui est extrêmement long. Donc il faut baisser les coûts de facteur de production ainsi de suite. Les choses peuvent donner l’impression d’être lentes, mais c’est des réformes en profondeur que nous sommes en train de mener. Si les réformes de l’électricité aboutissent, elles permettraient d’avoir le kilowatt heure entre 60 frs et 80 frs. Ce qui permettrait à nos entreprises d’être compétitives parce que quand vous allez dans certains pays de la sous-région, vous avez le kilowatt heure à 60 frs. Donc toutes ces reformes en profondeur permettent à notre économie d’être arrimée à celle de la sous-région et l’internationale.

Pour en revenir à l’Afp, la question qui se pose est, je n’ose pas le dire, celle de la survie du parti, avec un leader qui se trouve quasiment en fin de carrière. On se demande quel leader va émerger entre Alioune Sarr, El Hadj Malick Gackou et d’autres…

Le futur de l’Afp se conjugue au futur du Peuple sénégalais. La vie ou la survie d’un parti politique dépend de l’offre politique qu’il fait au Peuple. En démocratie, c’est ça, quelle est l’offre politique et quelles sont aujourd’hui les attentes des Sénégalais ? Parce que l’offre politique, c’est pour apporter des solutions à des problèmes vécus par un peuple. Les Sénégalais s’attendent aujourd’hui à ce qu’il y est plus de transparence dans la gestion des deniers publics. Quand on lit les sondages, on constate que la transparence et la bonne gouvernance viennent en premier lieu, avant même la baisse des denrées de première nécessité. Les Sénégalais ont envie d’être dans un pays juste, où un groupe ne s’accapare pas des biens publics. Moi qui vous parle, je suis un enfant issu de l’Ecole publique. Et s’il n’y avait pas l’Ecole publique, je ne serais pas là aujourd’hui. De quoi ont besoin les Sénégalais ? Je peux citer beaucoup de choses, mais je ne prendrai que trois ou quatre. Prenez l’agriculture. Nous sommes en train de parler de la politique agricole. Aujourd’hui, les domaines agricoles communautaires que le gouvernement envisage de mettre en place, nous permettraient de fixer une bonne partie de la jeunesse sénégalaise dans leur terroir.  Pour éviter d’inonder Dakar. Quand je dis inonder, c’est à la fois au sens propre et au sens figuré. Ce programme-là permettrait non seulement de satisfaire une demande intérieure. Parce que, figurez-vous que le Sénégal importe 1 million de tonnes de riz chaque année. Les simulations que nous avons faites nous montrent que si le million de tonnes de riz était produit au Sénégal, cela nous rapporterait 2 ou 3% de croissance. Et au lieu d’avoir 4% de taux de croissance, on aurait pu avoir 7% de croissance si le million de tonnes de riz été consommé au Sénégal. En plus, un million de tonnes, c’est pratiquement 200 milliards de francs Cfa qu’on met dans d’autres pays. Quand vous mettez 300 milliards dans un pays, ça crée de la croissance. Et ceci pour ne pas donner des éléments théoriques. Aujourd’hui, le gouvernement a engagé un vaste chantier pour l’autosuffisance alimentaire en riz pour 2017-2018. Evidement, cela cause un certain nombre de problèmes parce qu’il faut aller chercher les financements, aménager les terres, régler la question de l’eau… Et ce sont des chantiers extrêmement importants. Donc les sénégalais ont besoin de cela. Et nous, au niveau de l’Afp, nous allons travailler justement dans cette offre.

(A SUIVRE)

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