Après l’attaque d’Ahvaz, l’Iran accuse tous azimuts

Après l’assaut ayant fait 24 morts dans le sud-ouest du pays, Téhéran pointe l’influence de plusieurs pays, ainsi que d’un groupe séparatiste arabe de la région. C’est dans ce contexte que s’ouvre lundi à New York l’assemblée générale de l’ONU.
Après l’attaque d’Ahvaz, l’Iran accuse tous azimuts
C’est un président iranien remonté contre ses ennemis, nombreux et divers qui arrive ce lundi à New York pour participer à l’assemblée générale annuelle des Nations unies. Hassan Rohani a en effet multiplié les accusations contre les pays qu’il juge responsables – directement et indirectement – de l’attaque de samedi, qui a fait 24 morts «Nous n’avons aucun doute sur l’identité de ceux qui ont fait ça», a déclaré le président de la République islamique. La revendication par l’Etat islamique de l’opération, menée par un commando de quatre hommes abattus au cours de la fusillade, n’est pas retenue par les autorités iraniennes. Celles-ci privilégient la piste d’un groupe séparatiste, le Front populaire et démocratique des Arabes d’Ahvaz, qui a également revendiqué l’attentat. Ce mouvement extrémiste a mené ces dernières années plusieurs opérations armées au Khouzestan, province pétrolière à la frontière irakienne, où vit une importante minorité arabe. «De quel groupe s’agit-il, à qui est-il lié ? Tous ces petits pays mercenaires que nous voyons dans la région sont soutenus par les Etats-Unis. Ils sont encouragés par les Américains», a dénoncé Rohani.
«Bataille».
Accusant l’Arabie Saoudite et un autre «petit Etat du golfe» d’être derrière «l’acte terroriste», le ministère iranien des Affaires étrangères a convoqué dimanche le chargé d’affaires des Emirats arabes unis à Téhéran. Il devait s’expliquer sur le tweet niant le caractère terroriste de l’opération d’Ahvaz et émis par un professeur de sciences politiques, Abdelkhaleq Abdallah. Celui-ci est connu pour être le conseiller du ministère de la Défense à Abou Dhabi. «C’est une attaque militaire et non terroriste. Porter la bataille au cœur de l’Iran est un objectif annoncé et qui va se confirmer dans la prochaine période», a écrit l’universitaire. Avant la mise en cause des Emirats, la diplomatie iranienne avait convoqué les représentants du Danemark, des Pays-Bas et du Royaume-Uni, qui abriteraient des membres d’un autre groupe arabe séparatiste, al-Ahvazieh, pour leur signifier son mécontentement.
«Les accusations iraniennes sont loin d’être infondées, note Vincent Eiffling, chercheur au Centre d’étude des crises et des conflits internationaux (Cecri) de l’université catholique de Louvain. L’Arabie Saoudite apparaît comme le commanditaire naturel d’une telle opération. Il existe cinq groupes différents d’autonomistes d’Ahvaz, tous soutenus par Riyad ou d’autres pays arabes du Golfe.» La minorité arabophone du Khouzestan, région iranienne pauvre et marginalisée alors qu’elle est riche en hydrocarbures, représente 5 à 10 % de la population iranienne. «Mais à l’instar des Kurdes, elle n’est pas homogène et reste divisée sur l’idée même de l’autonomie. Beaucoup se sentent profondément iraniens», précise l’expert. «L’attaque de samedi n’est pas la première et il y a eu des incidents précédents de la part de groupes séparatistes du Khouzestan, du Kurdistan ou du Baloutchistan. Mais cette fois c’est le mode opératoire qui donne à cette action une autre envergure, avec la présence de civils dans un défilé militaire et devant les caméras.»
«Vengeance».
Les déclarations agressives des responsables du Golfe – mais aussi des Israéliens et des Américains – visant à déstabiliser l’Iran de l’intérieur expliquent les accusations de Téhéran, qui a cité également le Mossad et la CIA. Lors d’un rassemblement d’opposants américano-iraniens à New York, peu après l’attaque de samedi, Rudy Giuliani, avocat et proche conseiller de Donald Trump, a évoqué les sanctions contre l’Iran comme pouvant mener au «renversement du régime des mollahs». Le conseiller à la sécurité nationale John Bolton, qui prônait un «changement de régime» à l’époque de la présidence George W. Bush, évoque lui aujourd’hui l’objectif de «changer le comportement du régime». «Les Etats-Unis condamnent toute attaque terroriste, n’importe où», a toutefois déclaré dimanche l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, sur la chaîne CNN. «Je pense que les Iraniens en ont assez et c’est de là que tout ça vient», a-t-elle ajouté. Les responsables américains parient désormais surtout sur un étranglement économique de l’Iran à travers les sanctions pour faire fléchir le régime.
De leur côté, Mohammed ben Salmane, le prince héritier saoudien, comme le chef du gouvernement israélien Benyamin Nétanyahou, ont émis l’espoir que les tensions économiques provoquent une explosion sociale et des manifestations contre le gouvernement iranien. «Les sanctions épuisent effectivement la population iranienne, confirme Vincent Eiffling. Mais l’attaque terroriste de samedi pourrait avoir un contre-effet en ressoudant la population autour du régime.» Le président Rohani a prévenu que la «réponse de la République islamique à la moindre menace sera[it] terrible», les Gardiens de la révolution promettant eux une «vengeance meurtrière et inoubliable» aux responsables de l’attaque d’Ahvaz.

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