ASSEMBLEE « SUCRERIES » DE NIASSE AUX DEPUTES, MAJORITE MECANIQUE ET POLITIQUE POLITICIENNE En quête de « rupture »

Assemblée nationale
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A l’épreuve de la « rupture », la 12ème législature qui focalisait toutes les attentes de Sénégalais en quête d’un nouveau dynamisme dans le travail parlementaire a montré un visage « énigmatique » hier, vendredi 11 octobre 2013, à l’ouverture de la session ordinaire unique de l’année 2013-2014.

Face à un président de l’Assemblée nationale qui a royalement « zappé » les attentes criardes de ses concitoyens, figeant son discours d’installation sur le bien-être des députés, en termes de bourses d’études et/ou d’hôtel pour les parlementaires, au retour de la politique politicienne pour débaucher des membres de l’autre camp (Rewmi) et l’empêcher d’avoir son propre groupe parlementaire, l’hémicycle a renoué avec la posture des législatures longtemps décriées au Sénégal.

Comme si, après une année seulement d’exercice parlementaire, d’ailleurs parsemée de zones d’ombres, la majorité reléguait la « rupture »…aux calendes grecques !

L’ouverture de la session ordinaire unique de l’année 2013-2014 n’aura pas été seulement l’occasion pour l’Assemblée nationale de reconduire le bail de Moustapha Niasse au perchoir, pour une autre année de présidence, et moins de renouveler le bureau de l’institution parlementaire. Elle aura surtout marqué les esprits par quelques actes assez significatifs pour montrer à quel point la « rupture » tant vantée par la majorité et le nouveau pouvoir apparaît encore comme un énorme… éléphant blanc.

Le discours du président de l’Assemblée nationale Moustapha Niasse, reconduit dans ses fonctions pour une autre année, vaut à lui, tout seul, le détour. Alors que les Sénégalais qui buttent contre les affres de la précarité, de la cherté de la vie, du sous emploi, du chômage et autres inondations, entre autres pénuries d’eau, attendaient des engagements forts du président de l’Assemblée nationale, en termes de vision innovante de l’action parlementaire, de projets de lois prenant en charge leurs attentes et préoccupations de l’heure, le chef de file de l’Afp (Alliance des forces de progrès) les a royalement zappés.

Pis, Moustapha Niasse s’est laissé aller dans une sorte de panégyrique fleuve pour « appâter » sans restriction ses collègues députés.Comme dans une sorte d’hymne à la bamboula, l’ancien Premier ministre de Wade a listé les avantages que les députés vont bénéficier s’il cela n’est pas encore effectif. Frais d’études pour les jeunes parlementaires doctorants, construction d’un hôtel du Parlement sur un terrain de plusieurs hectares en face de l’Assemblée nationale, installation des interprètes au sein de l’hémicycle pour un projet de 350 millions de FCfa.

Quand bien-même les parlementaires sénégalais doivent jouir de meilleures conditions pour exécuter de manière efficiente le travail parlementaire, force est de reconnaître que le moment n’était guère bien choisi pour étaler ces avantages qui détonnent singulièrement, en comparaison avec le mal vivre général des populations. Ces mandants des députés qui attendaient plutôt des actes forts montrant que la deuxième année d’exercice de la douzième législature est réellement celle de la rupture !

C’est dire dès lors à quel point les professions de foi attestant du recours systématique à un nouveau paradigme dans l’exercice du travail parlementaire ont été malmenées hier, à l’occasion de la session ordinaire unique (2013-2014) de l’Assemblée nationale. Et pourtant, Moustapha Niasse n’avait pas manqué, dans son intervention, de nous revendre cette « rupture » devenue hypothétique aujourd’hui pour beaucoup de citoyens.

Surtout dans une Assemblée nationale où les députés voient leur salaire augmenter, subrepticement, et sont dotés de 200 000 FCfa pour acheter un mouton à la veille de la tabaski 2013. Sur le dos du contribuable qui, lui, ne voit même pas le diable pour lui tirer la queue face aux urgences de la rentrée scolaire et de la fête de Tabaski !  « Nous sommes en train de mener ensemble des séries de ruptures. Rupture dans la pensée, rupture dans le comportement et les habitudes, rupture dans les espérances», a dit Moustapha Niasse. Les Sénégalais apprécieront.

DE LA MAJORTE MECANIQUE A LA POLITIQUE POLITICIENNE

Quid des manœuvres non plus souterraines mais ouvertes menées par la majorité parlementaire pour bloquer la disposition de Rewmi de créer son propre groupe parlementaire. Là également, la rupture dans « les pensées, le comportement, et les habitudes » semble avoir été reléguée aux calendes grecques. La mouvance présidentielle (Apr, Ps, Afp…) n’a pas seulement usé de sa majorité mécanique, comme au bon vieux temps, pour noyer dans l’œuf la propension du parti d’Idy de former son propre pôle parlementaire.

Des moyens de rétorsion, de pression et même de corruption (avec espèces fiduciaires) auraient été utilisés, selon Oumar Sarr de Rewmi, pour débaucher des députés (Mariama Diallo) de sa formation et empêcher la barque d’Idrissa Seck d’imprimer sa singularité au sein de l’hémicycle.

Or, selon beaucoup d’observateurs avisés, la multiplication des groupes parlementaires serait en tout point de vue bénéfique au jeu parlementaire, en termes de diversité d’opinions, de pluralité d’idées, de débats contradictoires au sein de l’Assemblée nationale.

En 1998, la neuvième législature forte de trois groupes parlementaires avec le Ps, le Pds et l’Urd de Djibo Kâ, avait été l’une des plus florissantes de l’histoire de l’Assemblée nationale, selon ces voix autorisées. Quarante-cinq députés de l’opposition avaient alors fait face au régime d’Abdou Diouf pour écrire l’une des pages les plus glorieuses de l’histoire politique du Sénégal indépendant.

La majorité parlementaire sous la douzième législature n’en a eu cure, elle, préférant verser dans la politique politicienne pour endiguer l’effet Rewmi à l’Assemblée nationale. Contre la rupture tant galvaudée sous le régime de Macky Sall et contre toute volonté de rabonnir le jeu parlementaire. Or, comme le demandent des analystes, qu’aurait risqué dans un tel schéma la coalition présidentielle, avec sa majorité parlementaire mécanique, forte de plus de 100 députés sur les 150 membres que compte l’assemblée nationale ?

Moctar DIENG Sudonline

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